‹ L'art antique de la Perse; Achéménides, Parthes, SassanidesChapitre 1 sur 75 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Quand Darius, après la révolte de l’Ionie et l’incendie de Sardes, déclara la guerre à Athènes, la Perse avait acquis la suprême puissance, présage en Orient d’un prochain déclin-, les États de la Grèce, au contraire, étaient, malgré leurs divisions et leur jeunesse, en pleine possession de leur force. Aussi, quelle que

fût la disproportion des armées en présence, l'issue finale de la lutte ne pouvait être douteuse : les Asiatiques furent complètement défaits à Marathon. Cette bataille mémorable ouvrit une longue période de luttes, et, pendant plus de mille ans, les Achéménides et leurs successeurs furent en guerres incessantes avec les Grecs ou les Romains.

Toutes les recherches se rattachant au passé d’un peuple intimement lié, dans nos souvenirs classiques, aux destinées des deux plus grandes puissances de l’Occident peuvent devenir intéressantes, mais celles qui se rapportent à l’Iran puisent une valeur nouvelle dans les communautés d’origine qui unissent les races latines au grand rameau aryen, et surtout dans l’antiquité de la nation persane, qui, depuis le IXe siècle avant notre ère, n’a cessé de constituer une unité politique distincte. Suze, Babylone, Ninive, ont disparu, Byzance a succombé; l’Egypte elle-même, malgré sa prodigieuse vitalité, a oublié sa langue, sa religion, et s’est laissé définitivement conquérir par les Sémites. De tous les grands empires, la Perse seule a su se garantir des influences étrangères et conserver ses traditions, le génie de sa langue et, jusque dans la religion nouvelle qu’elle a été forcée d’adopter, une forme spéciale, nettement distincte du culte professé par les Sémites et les Touraniens musulmans.

L’Art antique de la Perse. I — i

Elle traversa sans en éprouver de contre-coup la crise terrible qui bouleversa l’humanité au choc des Huns et des Wisigoths, et, dans les premières années du VIIe siècle, alors que Mahomet commençait ses prédications, la civilisation sassanide jetait encore un si vif éclat que le Prophète se glorifiait d’être né sous le règne d’Anouchirvan le Juste, et que les khalifes ses successeurs empruntaient aux palais de ces idolâtres, qu’ils convertissaient le cimeterre en main, les modèles des temples qu’ils consacraient au culte d’Allah. La Perse vaincue subissait la loi de la force, mais répandait en même temps dans les pays musulmans les arts et l’architecture orientale dont elle était restée la seule dépositaire depuis l’écroulement des grandes monarchies asiatiques. C’est à la même source d’inspiration que Byzance avait déjà puisé lorsque le siège de l’empire fut transporté par Constantin sur les rives du Bosphore.

Malgré tout l’attrait qui s’attache à la connaissance approfondie de la Perse, c’est, de tous les pays de l'Orient, le moins visité. Il n’est donc pas étonnant que, faute de documents précis, quelques côtés de son antique civilisation soient restés douteux, que d’autres soient mal interprétés; pour bien comprendre le passé de l’Iran, il est nécessaire de bien connaître la Perse moderne.

La configuration des hauts plateaux, limités par des déserts ou de hautes chaînes de montagnes impossibles à franchir ailleurs qu’en de très rares points déterminés par le relief du sol, précise les itinéraires des invasions et les routes d'étapes des armées de Darius, d’Alexandre ou de Chapour.

L’étendue et la topographie d’une vallée, la présence d’un simple ruisseau, fixent l’emplacement des grandes cités.

La constitution géologique des montagnes et du sol impropres à retenir les eaux explique la rareté des arbres, de même que le défaut de bois de construction aide à comprendre la forme et la constitution des habitations voûtées que les premiers émigrants furent forcés de construire pour se soustraire tour à tour aux rigueurs des hivers et aux ardeurs du soleil de la Perse.

Ces conditions particulières du sol et du climat donnèrent naissance à une architecture spéciale, et, en s’opposant au développement de toute importation étrangère qui n’eût point été appropriée aux exigences locales, exagérèrent en Perse 1 immutabilité, cette loi traditionnelle imposée, dirait-on, par le destin à tous les peuples de l’Orient. Ainsi j’ai rencontré dans le Fars et dans l’Elam, que j’ai eu 1 heureuse fortune de pouvoir le premier explorer en détail, de nombreux monu-

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