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(Pysiakada), villes qui furent toutes capitales de la Perse, se rencontrent dans cette grande vallée, à des altitudes variant entre 2,000 et 1,600 mètres.
Au delà de Darab et des montagnes du Par, qui barrent au sud le grand canal dont il vient d’ètre fait mention, les alluvions s’abaissent brusquement. On sent
DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.
que les eaux, maintenues par une succession de chaînes de montagnes, se sont péniblement fait jour à travers les masses rocheuses et ont tour à tour comblé les vallées étagées en gradins les unes au-dessous des autres. Cet état particulier du sol, qu’il serait trop long de décrire en détail, est suffisamment indiqué par les coupes géologiques (fig. 2, 3 et 4), faites suivant les lignes tracées sur la carte (fig. 1 ).
La flore de l’extrême sud de la Perse, d’accord avec le baromètre, atteste ces brusques variations de niveau : à Chiraz, on cultive les mêmes plantes et les mêmes arbres que dans le midi de la France, tandis que dans la vallée de Férachbad, située à cinquante kilomètres au sud-ouest de la capitale du Fars, il existe déjà des forêts de palmiers rivalisant en vigueur avec les plus belles plantations de la haute Égypte.
Le relief du sol ayant rejeté les grands courants dans la direction d’Hamadan et des monts Zagros, il ne pénétra dans la Perse centrale qu'une faible partie des eaux. Elles s’écoulèrent librement vers le sud-ouest, et, se répandant en grandes nappes, se maintinrent à un niveau très inférieur à celui qu’elles durent atteindre dans la vallée d’Ispahan. C’est au moins ce que semble indiquer l’altitude des déserts du Khorassan et de la Kirmanie, situés à mille mètres environ au-dessous du niveau moyen de la vallée des capitales.
Quelle que soit, d’ailleurs, la nature du phénomène géologique auquel se rattache la formation des plateaux, il importe seulement, pour la suite de cette étude, de constater les effets que le comblement des vallées a eus sur le régime des eaux 1 .
Les alluvions ayant profondément enterré la base des soulèvements, les pics
1. M. Reclus ( loc . cit., p. 1 7 3 et seq.) s’est occupé du comblement des vallées de la Perse, et s’exprime ainsi à ce sujet :
« Les espaces déserts enfermés de tous les côtés par des montagnes furent certainement une mer intérieure à l’époque où fumaient encore les volcans qui se dressent au nord de la plaine. Les strates observées par de Filippi prouvent que le comblement s’est fait à une époque relativement récente. Ce sont les décombres de l’enceinte, transportés probablement à une époque neigeuse contemporaine de l’époque glaciaire des Alpes, qui ont fini par combler en entier la Méditerranée persane. Puis les vents ont continué l'œuvre du comblement en transportant les matériaux les plus légers dans les cavités du plateau, en couches de siècle en siècle plus épaisses. »
Cette théorie, que M. Reclus avait déjà développée à propos de la formation des terres jaunes de la Chine, n’est pas en parfait accord avec les faits observés; elle n’explique pas, notamment, que dans toute la Perse, et à toutes les profondeurs fouillées, le sol soit uniformément composé des mêmes cailloux roulés bien que la constitution géologique des montagnes diffère d’un point à un autre. Ce système, d’ailleurs, n’est en opposition que par le mode d'action des eaux avec celui que j’avais développé, avant l’apparition de l’ouvrage de M. Reclus, dans les Annales des Ponts et chaussées (27 octobre 1882. publié en x 883, 6e série).
et les plus hautes crêtes, naturellement abrupts et escarpés, s’élèvent au-dessus du sol des vallées comme un rocher émerge des flots-, de telle sorte que de la plaine on passe, sans transition, dans des gorges sauvages dont les flancs inclinés, impuissants à retenir les terres végétales, sont, par conséquent, incapables de porter des arbres ou même des mousses. Les eaux pluviales, que n’arrête aucun obstacle, s’écoulent le long des parois imperméables des montagnes, et s'infiltrent en totalité entre les rochers et le sol, pour aller s’emmagasiner dans de profondes vallées souterraines.
Aussi , bien que le sol de l'Iran soit, à l’exception des déserts du Khorassan et du Kirman, extrêmement tourmenté et qu'il pleuve et neige en Perse pendant l’hiver, il n’existe pas un fleuve dans l’ancienne Médie. C’est à peine si, dans l'Azerbeïdjan, on peut signaler deux petites rivières : l'Adji-Sou, le Kisilou-Sou, et, dans l’Irak, leKara-Sou et leZenderoud; encore ces deux dernières se perdent-elles dans les sables avant d’arriver à la mer. Legrand massif del’Ararat lui-même, malgré ses immenses glaciers, ne donne naissance à aucun cours d’eau.
Le climat se ressent naturellement de cette absence de rivières, de l’altitude et de la nature perméable du sol. L'air, privé d'humidité, est tellement sec l’été et l'automne, que si l'on abandonne des objets en acier sur une terrasse, le brillant du métal n'est pas terni après deux ou trois mois d’exposition. La nuit, en caravane, il m’est arrivé de voir jaillir des gerbes d’étincelles, toutes les fois que les chevaux se frappaient les flancs avec leur queue, et souvent aussi, en déchirant lentement une feuille de papier, j’ai produit de brillantes traînées de lumière L
C'est à l’extrême pureté de l’atmosphère 1 2 qu'il faut également attribuer les écarts de température que j'ai constatés entre le jour et la nuit : au mois de juillet, le thermomètre marquait, au soleil, 62° à huit heures du matin3; avant le lever de l’aurore, il atteignait à peine i3°.
1. « L’air qui repose sur les plateaux iraniens est d’une extrême siccité; Khanîkov reconnut que l’humidité relative de l’air était seulement de i i ,2 p. 100 ; c’est le plus fort degré de sécheresse qui ait été reconnu jusqu’à maintenant à la surface de la terre. A Kirman, au milieu des cultures, elle varie encore de 16 à 20 p. 100 » (Reclus, loc. cit., page îSç).
a. Pendant les nuits sans lune, les planètes et les étoiles ont un éclat incomparable : Jupiter est si lumineux que les corps opaques exposés à ses rayons et placés sur une feuille de papier blanc portent une ombre très nette.
3. « La chaleur estivale est souvent aussi forte que dans le Sahara d'Afrique ; près de Méched (au nord de la Perse), les provisions de stéarine et de sulfate de soude furent liquéfiées par la chaleur de l’air (ce qui suppose une température de 65°, 5 dans l’intérieur des coffres où elles étaient enfermées) >* (Reclus, loc. cit., page 179).
DEUXIEME DYNASTIE ACHEMENIDE.
La sécheresse à peu près absolue de l’air et du sol, étant la conséquence de la constitution géologique du pays, rend aujourd'hui la Perse, comme elle l’a rendue de toute antiquité, absolument rebelle à la culture forestière. On peut affirmer, sans être taxé d’exagération, que l’on ne rencontre pas, dans le nord ou le centre de l'Iran, un arbre venu spontanément, et que, dans les temps préhistoriques, ces mêmes régions étaient entièrement dépourvues de verdure. L’homme n’a pas détruit les forêts; il doit, au contraire, à son énergie et à son industrie persévérantes, les vergers et les rares ombrages à l'abri desquels il élève sa demeure *. Il est impossible, en effet, de faire pousser des arbres dans une contrée naturellement sèche, brûlée par le soleil , où l'humidité de la terre n’est entretenue ni par les pluies d’été ou de printemps, ni même par les rosées.
Si l’on franchit la barrière naturelle qui ferme le sud de la Perse, on constate que les plateaux s'abaissent; la base des montagnes se découvre, et l’on trouve alors seulement, dans les vallées devenues moins arides à mesure que leur altitude diminue, de rares cours d’eau le long desquels prospèrent à l'état sauvage des buissons et la plupart des arbres fruitiers de nos contrées.
Il est aisé de reconstituer, d’après ces données, l'état de la Perse avant l'apparition de l'homme : de vastes steppes caillouteuses, recouvertes, après la saison des pluies, d'herbes dures et piquantes; perdues dans ces déserts, de rares oasis d'une surprenante fertilité. Tels étaient les points saillants du tableau, il n'était pas riant.
Les Aryens trouvèrent cependant, établies au nord et au sud de la Perse, des hordes nomades qui leur disputèrent longtemps, si l’on en croit les récits légendaires, la possession du pays : c’est que le sol de la Perse, si pauvre en apparence, est, au contraire, d’une étonnante fertilité, quand on parvient à l’arroser. Pour suppléer aux eaux si rares des rivières, les premiers habitants de l'Iran durent s’efforcer de capter les sources souterraines, et apprirent bientôt à les amener à la surface du sol au moyen de galeries à faible pente. Ces travaux, que la nature résistante du terrain permettait d’exécuter sans danger pour les ouvriers, furent progressivement prolongés jusqu’au pied des montagnes; ils se développaient
i. Tout ce que je viens de dire au sujet du manque de forêts ne s’applique qu’à la Perse proprement dite (Fars et Médie). L’étroite bande de terre qui longe la Caspienne est, en revanche, riche en eau et en bois de charpente. Malheureusement le massif du Damavend qui sépare les plateaux des plaines du Ghilan et du Mazenderan est si difficile à franchir que l’on ne peut exploiter au profit de la Perse les richesses forestières des basses terres.
parfois, comme on peut le constater à Hamadan, sur cinquante et soixante kilomètres de longueur, et atteignaient, à leur origine, une profondeur supérieure à cent mètres.
Si je cite en particulier les 'aqueducs d’Hamadan, c'est que, même au point de vue historique, leur antiquité ne saurait être contestée. Diodore de Sicile 1 2 en attribue l’exécution à Sémiramis, la reine légendaire de Babylone; Polybe, de son côté, raconte qu'ils avaient été creusés sur l'ordre des premiers rois mèdes % et que l’armée d’Antiochus faillit périr de soif en approchant d'Ecbatane, parce que Arsace avait donné l'ordre, avant de quitter sa capitale, de combler les aqueducs si anciens et si longs que les habitants du pays ne connaissaient pas eux-mêmes la source des rivières souterraines dont ils buvaient ies eaux. L'arrivée inopinée de la cavalerie d'Antiochus empêcha le roi parthe de donner suite à ses desseins, et sauva l'armée d’une destruction complète. Polybe ajoute, en effet, que les aqueducs étaient très nombreux autour d'Ecbatane, mais qu’il n’existait pas dans toute la région, naturellement aride et sauvage, une seule source superficielle 3.
L'eau était trop chèrement et trop difficilement acquise pour ne pas être réservée, avant tout autre emploi, à la culture des céréales et des arbres fruitiers; quant aux essences forestières, on ne songea pas tout d’abord à les irriguer et à les multiplier. Des herbes sèches coupées après les pluies d’hiver, de la bouse de chameau mêlée aux menues pailles, servaient de combustible; la terre, façonnée en briques, suffisait à élever et à couvrir des constructions appropriées aux climats si variables des hauts plateaux.