‹ L'art antique de la Perse; Achéménides, Parthes, SassanidesChapitre 36 sur 75 · II · texte numérisé non relu

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bois, dont la durée était naturellement très limitée, par des colonnes en pierre, et laissèrent en général subsister, comme un témoin de l’origine ligneuse de la colonne, la base du support.

Ils avaient renoncé depuis de longs siècles à employer du bois dans les monuments religieux quand les Grecs adoptèrent sinon le lût de la colonne de pierre

Colonnes des Hypogées de Béni -Hassan.

cannelée désignée sous le nom de protodorique (Fig. 38 et 3q), mais au moins le caractère imposant et impérissable des ordres pharaoniques.

11 est difficile de déterminer à la suite de quelles circonstances les Grecs firent cet emprunt à l’Egypte L En tout cas, les ordres pycnostyles n'étaient pas usités au temps des Atrides, toutes les colonnes remontant à cette époque sont lisses et élancées comme les antiques supports ioniques.

En transportant dans leur patrie un modèle d'origine étrangère et en le

i. La création de l’ordre dorique coïncida peut-être avec le règne de Psamétik. C’est ce Pharaon qui ouvrit le premier l’Égypte aux étrangers (De Rougé, Revue archéologique, 1867). Avant cette époque les Grecs connaissaient fort mal la vallée du Nil (Diodore de Sicile, 1. I, lxvi. — Héro-

DEUXIÈME DYNASTIE ACHEMÉNIDE. 5i

construisant de prime abord en marbre, opération qui ne dut présenter aucune difficulté pour des ouvriers déjà habitués à tailler des colonnes de pierre, les Hellènes ne furent nullement tenus de respecter les formes hiératiques de supports qui rappelaient aux Égyptiens le poteau de bois originaire, et supprimèrent tous les ornements inutiles du modèle, et notamment les bases. Ainsi firent les Perses quand ils copièrent les tours funéraires de la Lycie ou quand ils dotèrent leur architecture du couronnement des portes pharaoniques.

La différence du climat de l’Égypte et de la Grèce impliquait également une profonde modification des toitures. Aux terrasses horizontales en pierre furent substituées les couvertures à deux égouts usitées dans les contrées pluvieuses, et exécutées avec les beaux bois de construction qu'il était encore facile de se procurer en Grèce au temps de Platon1. Ces toitures étaient naturellement supportées par les empilages de bois, caractéristiques des charpentes dont je viens de donner une définition sommaire. Le temple dorique ainsi constitué aurait donc été à l’origine une construction mixte. J’expliquerais de la sorte la contradiction apparente que l’on signale entre les formes des supports consécutives à l’emploi de la pierre et les dispositions de l’entablement et de la toiture qui semblent au contraire empruntées à un édifice de bois.

L’ordre grec par excellence serait donc né de la substitution à la colonne légère de la lourde colonne en pierre importée d’Égypte, tandis que la Hellade serait redevable aux arts méditerranéens de la colonne grêle ou proto-ionique , dont l’apparition précéda de beaucoup sans doute la formation de l’ordre dorique.

On commet donc une égale erreur lorsque, trompé par l’apparente simplicité des dispositions des édifices doriques, en les donne comme les aïeux des monuments ioniques et la traduction directe de constructions exclusivement exécutées en bois, ou lorsqu’on s’efforce de démontrer qu’ils ont été de prime abord conçus en pierre.

dote, 1. II, cliv ). M. Chipiez également ( Histoire critique des ordres grecs , p. 238) fait observer, avec beaucoup de raison, en s’appuyant sur les témoignages les plus sérieux, qu’aucun auteur ne fait remonter au delà du VIIe siècle les temples doriques les plus anciens. La plupart des colonies grecques qui construisirent ces édifices s’établirent ou s’élevèrent à ces époques. La date la plus reculée que l’on assigne à la colonie de Pæstum est la fin du VIIe siècle. C’est aussi la date de la fondation de Sélinonte (Raoul Rochette, Histoire de l’établissement des colonies grecques , III, P- 247-324). La colonie achéenne de Métaponte remonte à la fin et Agrigente au commencement du VIe siècle (Beulé, Art grec avant Périclôs , p. 145. R. Rochette, loc. cil., 111, p. 3G3).

1. Platon. Il existe un texte du Critias où Platon attribue aux forêts indigènes les bois qui servirent à construire les vieux temples d'Athènes (Ottfr. Muller, Archaeol., n° 107).

Ces deux théories diamétralement opposées ont été défendues avec un égal savoir par d’éminents archéologues. Je résumerai, avant de développer ma pensée, les arguments présentés dans l'un et l'autre camp.

Pendant de longs siècles, et en s'appuyant sur l'autorité de Vitruve et sur l’opinion des plus grands architectes de la Renaissance1, on avait admis sans conteste que le temple dorique était une copie exacte d'un édifice en charpente.

Cette transformation, qui impliquait de la part des Grecs un illogisme apparent fort difficile à expliquer, fut combattue pour la première fois par Hübsch 2, en Allemagne, et par Viollet-Le-Duc ', en France.

D'après ces auteurs, le temple dorique est en quelque sorte sorti tout en pierre du cerveau des Grecs et ne comporte dans sa filiation aucun aïeul en bois. La pierre seule suffit à expliquer toutes les dispositions architecturales et constructives, tandis que l'emploi du bois n'est compatible ni avec la forme du chapiteau ni avec la hauteur de la frise, ni avec la présence du larmier sous le fronton et des triglyphessur les petites faces de la construction. Les défenseurs de cette nouvelle théorie s'étonnent que dans l'hypothèse admise parleurs prédécesseurs, il n’existe pas sur le fronton un ornement rappelant les extrémités des pannes bien mieux placées audessous des rampants que sur l'architrave. Ils sont surpris également de ne pas découvrir au-dessous de la corniche ce cours de denticules qui, dans les monuments lyciens et ioniques, figure les abouts des chevrons du plancher supérieur.

M. Hittorff4 5 a repris pour son compte la thèse classique et a essayé, avec le scrupule qui distinguait cet éminent architecte, d’expliquer, en se référant à un modèle en bois, les formes du temple dorique. Quoique la théorie nouvelle de l’origine du fronton, des mutules, des triglyphes, de leurs stries et de leurs gouttes, soit peut-être trop minutieusement présentée, elle mérite néanmoins d'être prise en sérieuse considération ; car les objections des auteurs allemands ne doivent pas nous faire dédaigner l’enseignement de Vitruve, qui avait eu entre les mains les ouvrages de Silénus sur l’ordre dorique et d’Ictinussur le Parthénon 3.

i. Vitruve (IVe livre), Brunelleschi , Alberti, Bramante, Giocondo, Peruzzi, San Gallo, Vignole, Scrlio, Palladio.

i. Hübsch Die Gescliichte der Baukunst bei den Alton. Voir aussi De Klenze, Aphoristische Bemerkungen gesammelt an f einer Reise nach Griechenland.

3. Viollet-Le-Duc, Entretiens sur l'architecture. Deuxième entretien. T. I, p. 43.

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