Polyb., Res Antiochi , lib. X, xxvn, § io
« Je dirai cependant que le palais a sept stades de tour et que la grandeur et la beauté des bâtiments particuliers donnent une grande idée de la puissance de ceux qui les ont élevés les premiers: car, quoique tout ce qu’il y avait en bois fût en cèdre et en cyprès, on n’y avait rien laissé ù nu. Les poutres, les lambris et les colonnes qui soutenaient les portiques et les péristyles étaient revêtus les uns de lames d’argent, les autres de lames d’or. Toutes les tuiles étaient d’argent. »
2. Diodore de Sicile, II, xm, § 6; Polybe, X, xxvm, § 5, 6, 7.
construction que les plateaux et les montagnes de la Médie. Il y a, dans l'interprétation du texte grec, cité plus haut, une confusion évidente, qui provient d'une connaissance imparfaite de la région dont Ecbatane était la capitale.
Les pavillons en charpente, cités par Polybe, avaient été probablement construits par les derniers Achéménides ou plus probablement encore par les Arsacides, leurs successeurs, à l'imitation des édicules élevés par les souverains de Babylone. Quant aux habitations privées d'Ecbatane et aux anciens palais mèdes, ils devaient au contraire, si l’on s’en rapporte à Hérodote ', ressembler à tous les édifices similaires de la Chaldée, de l'Assyrie et de la Perse.
D'ailleurs, si les palais en bois d'Ecbatane avaient été élevés par les rois mèdes, ils auraient eu, lors de l’expédition d’Antiochus, de six cents à huit cents ans d’existence, et auraient survécu à la conquête perse et à la conquête macédonienne.
Pour cela, il eût fallu que pendant près de huit siècles, des princes orientaux de race et d’origine différentes aient consenti à habiter ou tout au moins à entretenir les mêmes palais, et que les soldats de Cyrus et d’Alexandre aient respecté les lames d’or et d'argent dont on avait couvert les bois apparents et même les tuiles, hypothèses aussi inadmissibles l'une que l’autre.
En réalité, il en est de l'origine des colonnes comme de l’origine des baies.
En décrivant les portes et les fenêtres des palais, j'ai indiqué toutes les sources auxquelles avaient puisé les constructeurs perses, avant de les composer. Cette étude résume l'histoire de toute l’architecture persépolitaine.
La structure des colonnes est gréco-ionienne , les profils sont égyptiens, mais sont composés d'éléments décoratifs exclusivement empruntés, ainsi que j’espère le prouver plus tard, aux arts de la Hellade. Je ne parle pas seulement des volutes, des chapelets d’oves,de la base des colonnes des tombeaux, mais de tous les ornements répandus sur les chapiteaux et sur les bases. Tous avaient été reproduits à satiété , et suivant les formes devenues classiques, à Mycènes, à Ségeste, à Sélinonte, enAttiqueet en Ionie, bien avant l’avènement de Cyrus au trône de Perse.
L’architecture persépolitaine ne diffère donc de celle de Méchhed-Mourgab que par l’adjonction de motifs égyptiens traduits sur pierre par une école de sculpteurs imbus des meilleures traditions grecques.
i. Hérodote, I, 98 et 99.
DEUXIÈME DYNASTIE AGHÉMÉNIDE.
La preuve de ces faits me paraissant établie , je m’attarderai d’autant moins à suivre la filiation des formes décoratives adoptées dans les constructions de la plaine de la Merdach depuis le règne de Darius, que je serai amené àjraiter ce sujet avec les développements qu’il comporte dans la troisième partie de cet ouvrage consacrée à la sculpture persépolitaine.
La charpente des palais ne reposait pas seulement sur des colonnes, elle s’appuyait en outre sur des pilastres placés à chaque extrémité des porches, en prolongement des murs de l’habitation. Cette disposition, qui rappelle celle des antes des temples grecs, avait déjà été utilisée par les architectes de Cyrus. On retrouve deux pilastres en excellent état de conservation au-devant du petit palais de Darius (PI. XXII). Ils sont carrés, construits en porphyre et portent à leur sommet un texte trilingue 1 et des entailles en forme de gradins semblables aux excavations creusées à la partie supérieure du pilier de Méchhed-Mourgab 2. Ces entailles (Fig. 74), qui correspondent à la pénétration des différents membres
Fig- 74-
de l’entablement, m’aideront, par leur forme et leurs Extrémité des antes du palais de Darius, dimensions, à restaurer les plafonds et les toitures du Takhtè-Djemchid.
Je ne puis abandonner cette première description des monuments de Persé-
1. Oppert [les Inscriptions des Acliéménides). — L’inscription trilingue gravée sur les piliers nous apprend que le palais B a été construit par Darius, père de Xerxès. Elle a été rédigée par les scribes de la chancellerie de Xerxès.
« C’est un grand roi qu’Ormuzd; il a créé cette terre, il a créé le ciel, il a créé l’homme, il a donné à l’homme le bonheur, il a fait Xerxès roi, seul roi sur des milliers d'hommes, seul arbitre de milliers d’hommes.
« Je suis Xerxès le grand roi, le roi des rois, roi des pays bien peuplés, roi de cette vaste terre, qui commande au loin et auprès, fils de Darius, roi achéménide.
« Xerxès, le grand roi, déclare: Parla volonté d’Ormuzd, Darius, mon père, a construit cette demeure.
« Qu’Ormuzd me protège avec les autres dieux, qu’Ormuzd, avec les autres dieux, protège mon œuvre et l’œuvre de mon père, le roi Darius. »
Cette même inscription est reproduite sur le mur de soutènement de l’escalier particulier du palais et sur la robe du roi.
L’inscription des fenêtres ne nous indiquait pas auquel des trois Darius on était redevable du petit palais. Ce nouveau texte se réfère à Darius Ier, père de Xerxès.
1. On retrouve aussi sur la façade des tombeaux achéménides (T. I, PI. X) la trace très nette de l’intersection de l’entablement et de la face interne des antes disposés à droite et à gauche du porche.
L’Art antique de la Perse. II — 12
polis sans rendre hommage à la science des architectes chargés de la direction des travaux et à l'habileté professionnelle des ouvriers. Par le choix des matériaux, la précision des raccords, la netteté et la régularité parfaite de la taille des lits, des joints, des parements plans ou des moulures, les édifices de Takhtè-Djemchid devraient être placés à coté des plus beaux modèles de l'art grec. Les difficultés que les ouvriers avaient à vaincre étaient d’autant plus grandes que la majeure partie des palais étaient construits en porphyre d’une extrême dureté. J'ai décrit les précautions minutieuses que l’on avait prises à Méchhed-Mourgab pour lever et assembler les énormes blocs employés dans la construction des soubassements : c’était un indice du soin apporté dans la construction des édifices; mais je n’avais pu néanmoins, à cause de l’état de ruine de tous les édifices de la vallée du Polvar, apprécier la valeur technique des travaux, ainsi qu’il m’a été permis de le faire à Persépolis.
Je ne reviendrai plus sur cette question, ce serait m’exposer à de perpétuelles redites.
Fig 75. — Base des colonnes du petit palais de Suse.
TABLE DES MATIERES