VI. CONCLUSION
La nécropole de Nakhchè-Roustem. — Description de l'un des tombeaux des rois de la deuxième dynastie achéménide. — Atech-ga de Nakhchè-Roustem. — Antiquité de ces monuments.
La paroi de rochers connue en Perse sous le nom de Nakhchè-Roustem (dessins de Roustem) (T. 1, PI. II) est située sur la rive droite du Polvar, visà-vis du Takhtè-Djemchid , à la base de la chaîne de montagnes jetée comme une barrière entre la vallée de Méchhed-Mourgab et la plaine de la Merdach.
Aux temps de la prospérité des Achéménides , la ville d’Istakhar devait couvrir la vallée qui s'étend du Takhtè-Djemchid jusqu’au pied de cet escarpement, que Darius a rendu célèbre dans l’histoire des Perses en y faisant creuser son
L’Art antique de i.a Perse.
III — i
tombeau définitif, exemple suivi plus tard par trois de ses successeurs L C'est aussi à Nakhchè-Roustem et en face de la nécropole achéménide que s'élevait le dakhma royal dont j'ai donné la description dans la première partie de cet ouvrage1 2.
Les monuments funéraires des monarques de la deuxième dynastie diffèrent en tous points des tours carrées d'origine lycienne adoptées par Cyrus et les princes de sa famille pour leur servir de sépulture. Us sont entaillés à la suite les uns des autres dans une paroi de rocher à peu près verticale (PI. I - 1 1 1 ) et reproduisent à l'extérieur, ainsi que les hypogées de Beni-Hassan (T. Il, Fig. 36), la façade d'un édifice sculpté en bas-relief. Le tombeau de Darius fut commencé peu d'années après la conquête de l'Egypte; l'idée première du monument perse pourrait donc, comme les modèles des portes et des chapiteaux persépolitains, avoir été empruntée par les vainqueurs à l'architecture des Pharaons.
Il est impossible d’accéder de la plaine à l'un quelconque des hypogées. On est obligé d’envoyer des hommes sur le haut de la montagne, et de se faire hisser au moyen de cordes jusqu’au niveau du seuil de la chambre funéraire. Ce procédé était déjà employé à l’époque de Darius. Nous savons, en effet, par Ctésias3, que Darius, très fier des travaux exécutés dans les rochers de Nakhchè-Roustem, invita son père et sa mère à venir visiter la nécropole royale et confia aux mages le soin de faire -atteindre à ses vieux parents la plate-forme disposée au-devant delà porte du sépulcre.
1. En outre des quatre hypogées de Nakhchè-Roustem, il existe derrière les palais du Takhtè- Djemchid trois tombes identiques aux sépultures de la grande nécropole. Les trois premiers successeurs de Darius se firent sans doute inhumer auprès du chef de leur dynastie; lorsque la superficie plane du rocher fut garnie, les derniers monarques achéménides ordonnèrent de creuser leurs chambres sépulcrales dans un nouvel emplacement, et choisirent à cet effet les rochers du Takhtè- Djemchid. Il est donc présumable que les hypogées de Nakhchè-Roustem sont ceux de Darius I , Xerxès I, Artaxerxès I et Xerxès II. Ceux du Takhtè-Djemchid, au contraire, ont contenu les cendres de Darius II, Artaxerxès II et Artaxerxès III. Quant à Darius Codoman, il n’eut pas le loisir de faire préparer sa sépulture.
2. Puisque je suis amené à reparler des tours funéraires, qu’il me soit permis de revenir sur un détail de la glissière du tombeau provisoire de Nakhchè-Roustem.
En tête de la glissière, on remarque une excavation longitudinale dont j’ai omis de déterminer le rôle.
Ce canal servait à emmancher les tourillons des vantaux en pierre dans les crapaudines.
On amenait les portes en biais (T. I, g III, PI. XI et Fig. 19) au-devant de l’ouverture; puis, quand les tourillons étaient engagés dans la rainure, on redressait les huisseries et on les mettait en place. Il suffisait alors, pour empêcher les tourillons de quitter les crapaudines, de fermer l’excavation longitudinale avec une dalle de pierre qui portait au droit des crapaudines une entaille demi-circulaire; il existe un grand nombre de constructions en pierre, je citerai notamment les anciennes maisons du Hauran, et, dans l’architecture perse, le Cabre Madérè-Soleïman, qui ne présentent pas de trace d’une semblable disposition ; mais, dans ces derniers monuments, les portes de médiocres dimensions étaient mises en place avant le linteau supérieur.