‹ L'art antique de la Perse; Achéménides, Parthes, SassanidesChapitre 55 sur 75 · DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNI DE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNI DE

Les Grecs ont inventé l'art de profiler une moulure. — Modénature égyptienne, perse, assyrienne. •— Origine présumée de la volute. — Influence des ornements égyptiens sur les arts de la Phénicie et de la Grèce. — Chapiteaux à fleurs de lotus, leurs transformations en passant en Phénicie et en Grèce. — Définition du chapiteau de l’ordre ionique. — Ivoires égyptiens trouvés à Nimroud. — Origine du chapiteau des grands ordres assyriens. — Origine du chapeau bicéphale des ordres persépolitains. — Influence de la Chaldée sur le développement des arts occidentaux. — Description des ornements des tombeaux des rois achéménides. Comparaison à établir entre ces monuments et l’Erechthéion, entre le tombeau de Cambyse Ier et le tombeau des Harpies. — Ornements des chapiteaux et des bases des ordres persépolitains, des rampes du palais de Darius. — Conclusion.

C’est aux Grecs que revient, d’une manière incontestable, l’honneur d’avoir compris les premiers le parti que l’on pouvait tirer d’une habile distribution des saillies et des creux, et, partant, des ombres et des lumières, soit pour séparer, soit pour mettre en valeur certaines parties des édifices.

La modénature égyptienne se réduisait à l’emploi d’une gorge; quant aux Perses et aux Assyriens, ils n’eurent jamais à leur disposition, au moins d’une manière usuelle, des matériaux susceptibles de se prêter à l’exécution des porte-à-faux et des saillies. A l’aide de la brique, on bâtit d’excellentes murailles et on tourne des voûtes résistantes; mais, à moins d’avoir recours à des artifices, on ne peut guère construire des corniches solides.

Dans ces conditions, les Assyriens durent prendre, je pense, à la Phénicie, qui la tenait de l’Égypte, la grande gorge utilisée dans le stylobate d’un petit édifice de Ninive (Fig. i3), tandis que les Perses, de leur côté, s’inspirèrent de l’art grec et de l’art égyptien pour tracer les moulures de l’architecture royale de Méchhcd-Mourgab et de Persépolis. Ces emprunts, on a déjà pu le voir, furent très limités. Les profils, imités de l’art ionien, dérivent tous de l’emploi de la ligne droite, du talon et de la baguette. La doucine, exceptionnellement employée, sert à engendrer les bases des colonnes, tandis que la corniche égyptienne couronne les portes et les fenêtres des palais.

Fig. i3. — Stylobate assyrien.

Dans aucune de ces moulures on ne constate de combinaisons savantes indiquant de la part des Orientaux une étude sérieuse de cet art de profiler qui fournit aux Grecs et aux maîtres des œuvres du moyen âge un moyen si simple et si puissant d’accentuer les divers membres d’une architecture. Il n’y a donc pas lieu, dans de semblables conditions, de se préoccuper plus longtemps de la modénature perse dont l’étude, à Persépolis au moins, ne saurait être d’un grand secours. Il en sera tout autrement de la sculpture ornementale.

De tous les ornements usités dans l’architecture grecque et adoptés par l’art perse, le plus caractéristique est la volute ionique, si gracieusement utilisée dans la décoration des chapiteaux persépolitains.

On a donné les explications les plus diverses des origines de la volute. On a cru les découvrir tour à tour dans les enroulements des serpents sacrés, dans les cornes des béliers sacrifiés, dans les ammonites fossiles, dans les copeaux détachés par l’ouvrier d’une pièce de bois.

On a même supposé qu’elles représentaient le suaire incombustible qui enveloppait les cadavres placés sur le bûcher.

Les premières fouilles exécutées autour de Mossoul, tout en rendant manifestes les analogies des bas-reliefs assyriens et des sculptures grecques archaïques, révélèrent que le chapiteau ionique était connu des Ninivites. Dès cette époque, il fut généralement admis que la Hellade, qui avait emprunté à Ninive les premiers éléments de la statuaire, lui était redevable des enroulements, et que la volute n’avait eu, en Assyrie, qu’une valeur linéaire dépourvue de signification'.

Cette interprétation des bas-reliefs de Khorsabad et de Kouioundjik ne m’a jamais satisfait. Il eût été bien étrange, en effet, de voir un pays où la colonne a toujours été employée à titre exceptionnel, une nation qui n’a jamais eu d'ornemanistes ingénieux, prétendre à l’invention du chapiteau le plus élégant de l’architecture grecque.

Mes pressentiments étaient fondés; j’espère montrer, en effet, que, si les enrou-

i. Je dois faire une exception toute particulière en faveur de M. J. Lange.

Dans un ouvrage publié à Copenhague en 1877 (Del ioniske kapitels Oprindelseog Forliistoric) , analysé par M. Maspero dans la Revue critique (1878, 2e semestre, p. 3^6), cet auteur a indiqué la véritable origine du chapiteau ionien, mais il n'a pu, faute des nombreux documents phéniciens et assyriens que j’ai pu consulter, faire l’analyse du chapiteau grec et donner la preuve d’une filiation qu’il avait pressentie.

J’ajouterai, car ce détail a quelque importance au point de vue de la thèse, que j’ai été amené à conclure spontanément à l’origine égyptienne du chapiteau ionique, et bien avant de connaître les travaux de M. Lange.

lements ont été employés dans l’orfèvrerie des anciens peuples méditerranéens, les Égyptiens paraissent être les premiers qui les aient appliqués à rornementation des chapiteaux qui aboutirent, après une série de transformations aisées à suivre, d’une part, aux chapiteaux des ordres ionique et perse, et, de l’autre, aux chapiteaux assyriens \

Ce fut d’abord sous forme d’œuvres légères et peu volumineuses que les arts plastiques franchirent les frontières de chaque peuple et se répandirent dans le monde ancien.

Les Égyptiens, dès les premières dynasties, exportaient en énorme quantité de menus objets en bois et en terre cuite analogues à ceux qui garnissent les vitrines de nos musées: cuillères à parfum, boîtes, amulettes ou bijoux1 2. Comme tous les articles bon marché, ces objets, généralement faits en bois de sycomore ou en terre cuite, péchaient par l’exécution des sculptures ; ils n’en reproduisaient pas moins une grande quantité de motifs de décoration empruntés à l’architecture égyptienne (Fig. 26, 27, 28, 29, 29 bis, 3o et 3obis). Quant aux personnages représentés, ils ne pouvaient en général donner une idée juste de la haute valeur artistique de la statuaire.

Tout autres étaient les intailles sumériennes. Les cylindres, laits en pierres dures et précieuses au moins dans le pays où elles étaient mises en œuvre, devaient être toujours confiés à des graveurs de talent; aussi les hommes et les animaux étaient-ils rendus avec une extrême habileté; il en eût été de même des décors; mais la vieille plastique chaldeenne, j’en ai donné la raison, ne semble pas en avoir comporté: Sargon l’ancien, Naramsin, ou les ancêtres de Goudea, eurent à leur cour de grands constructeurs et des graveurs en intailles d’une habileté consommée; mais les maîtres des œuvres, forcés par la nature du sol de la Chaldée à n’élever que des temples massifs et des palais de briques, ne fournirent pas de motifs de décoration aux arts industriels.

Ce n’est que très tard, sous le règne d’Assour-Nasir-Habal ou peut-être même

1. M. Layard avait déjà remarqué que le lotus et scs enroulements n’apparaissent pas en Assyrie avant le VII0 ou le VIII0 siècle, c’est-à-dire avant l’epoque où les monarques ninivites envahirent la Phénicie et occupèrent l’Égypte ( Ninive , t. II, p. 212, note 1 ). A titre général, l’observation est fort juste; exceptionnellement, il y aurait peut-être lieu de reculer cette époque. Sur le petit monument chaldéen reproduit (Fig. 61) se trouvent des volutes; mais, en tout cas, ce monument est lui-même postérieur de cinq à six cents ans à la dix-huitième dynastie égyptienne et semble, par ses ornements, constituer un cas particulier.

2. Rayet, Monuments de l'art antique, livraison 1 : Cuillère de toilette en bois (Maspero).

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de ses successeurs, que s’élevèrent sur les rives du Tigre les premières colonnades mais il ne saurait encore être question des Assyriens : ils étaient à peine constitués en corps de nation distincte aux temps reculés où nous reporte cette étude 2.

Les vêtements eux-mêmes, à en juger d’après les vieilles sculptures et les peintures de Beni-Hassan \ étaient fort simples. Tissés avec des laines de couleurs différentes donnant par leur mélange des dessins qui rappelaient les imbrications des mosaïques de briques, ils se terminaient par de longues franges comme un grand nombre d’étoffes originaires de l’Orient.

Au contact des œuvres venues d’Égypte et de Babylonie, il se forma en Phénicie, où se réunissaient les objets fabriqués sur les rives du Nil et de l’Euphrate, une école de sculpture qui empruntait aux représentations symboliques des deux religions les sujets les plus usuels, mais s’inspirait exclusivement de l’architecture décorative de l’Egypte, par cette raison majeure que seuls les objets d’origine pharaonique comportaient des décors empruntés à l’art monumental h

A cette école hybride se rattachaient les bas-reliefs ciselés sur les urnes et sur les plus belles armes que possédaient les héros des épopées homériques -,

1. Il est fait mention très souvent, dans les inscriptions cunéiformes des expéditions en Syrie des souverains chaldéens ou ninivites; mais nous voyons déjà Assour-Nazir-Habal (87 5 ) , maître des montagnes du Liban, occuper ses soldats à abattre des cèdres et des cyprès qu'il lait transporter à Ninive pour construire le temple de la déesse Istar (Oppert, Histoire des empires de Chaldée et d Assyrie, p. 69-104).

2. L’Assyrie affirme la première fois son indépendance et sa puissance sous le règne de Touklat- Adar Ier (vers i23o). Ses luttes avec la Chaldée occupèrent tout le XIIIe et le XIIe siècle. Le règne brillant de Touklat-Habal-Azar I (vers 1 i3o) est bientôt suivi d’une longue période de décadence. L'Assyrie se relève sous les règnes de Touklat-Adar II , Assour-Naztr-Habai et Salmanazar III (880- 820), retombe de nouveau et inaugure enfin, avec Touklat-Habal-Azar et les Sargonides, une des périodes les plus brillantes de son histoire (740) (Oppert, Histoire des empires de Chaldée et d'Assyrie ; Rawlinson, The jivc great Monarchies ; Lenormant, Histoire d'Orient; Menant, Annales des rois d’ Assyrie). C’est dans la période qui commence avec Touklat-Adar II (880) que les arts prirent leur entier développement.

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