‹ L'art antique de la Perse; Achéménides, Parthes, SassanidesChapitre 60 sur 75 · XV · texte numérisé non relu

XV

Fig. 3g. — Du temple de la

Victoire Aptère.

Fig. 40. — Couronnement lotiforme ( Lékythe athénien du Musée du Louvre).

Fig. 41. — Anse du vase d’Amathonte (Louvre).

Cet abaque, nécessaire en Égypte quand il s’agissait de créer une transition entre le fût et l’architrave qui s’appuyait d’une manière fictive sur des ornements légers et rapportés après coup, n’avait point sa raison d’ètre le jour où l’on sculptait dans la masse du chapiteau un décor qui ne l’amaigrissait point1; mais comme il était impossible, au vu de l’image d’un chapiteau gravé sur une plaque de bois ou d’ivoire, de faire le départ entre les parties massives et adventives des ornements pharaoniques, les copistes commirent une nouvelle erreur et admirent sans discussion l’abaque supplémentaire.

La nécessité d’écraser la fleur de lotus est bien la cause réelle de la modification introduite par les Grecs au modèle original : quand la volute couronne une colonne décorative, elle conserve ses formes traditionnelles (Fig. 40). Au-dessus de l’ovaire et des deux pétales s’étale même parfois la large palmette égyptienne (Fig. 72 à 76) que l’on signale, également associée à des volutes, dans

1. On ne pouvait invoquer, pour rétrécir le tailloir, le peu de solidité des volutes; le tailloir du chapiteau corinthien déborde largement des motifs bien plus délicats que la volute.

les anses du vase d’Amathonte (Fig. 41) ', dans le chapiteau des antes de Sélinonte (Fig. 42), et dans les délicates sculptures placées aux angles des larmiers du temple de la même ville1 2. Il reste donc établi que tous les éléments dont la réunion constitue la caractéristique du chapiteau égyptien se retrouvent dans le chapiteau ionique.

Fig. 42. — Chapiteau trouvé à Sélinonte.

En résumé, je verrais dans le chapiteau ionique une transformation du chapiteau de Mycènes opérée sous l'influence de la plastique d'Égypte transmise par la

Fig. 43.

Des fouilles de Mycènes et de Troie.

Fia

Phénicie et les colonies grecques, quelque chose comme un habit égyptien fait par les mains délicates des Grecs à la mesure du chapiteau protodorique. On comprend sans peine maintenant que les Grecs ne se soient fait aucun scrupule

1. La palmette reproduit de trop près la silhouette et les détails du flabellum maintenu audessus de la tête du pharaon pour ne pas en être une imitation. Voir d’ailleurs, à ce sujet, infra , fig. j5, 77, et p. 61, note 1 .

2. Fig. 37. Hittorfï, Architecture antique de la Sicile, pl. 77, fig. 1. — Les palmettes du larmier sont reproduites pl. 6, fig. 6 du même ouvrage.

DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.

d’associer aux entablements à denticules ou à triglyphes un chapiteau à volute ou à tailloir.

Cette dernière précision complète la démonstration de ce théorème, qu’il

n’existe en réalité qu’un ordre grec, ou plutôt que les ordres dorique et ionique

remontent exactement à un même type initial.

Les origines de la volute ionique me semblent claires et difficiles à contester. Je ne disconviens pas, cependant, que l’enroulement, une des formes décoratives les plus simples, n’ait été connu des peuples primitifs et n’ait eu peut-être une influence secondaire sur les transformations des chapiteaux à volute. Les fouilles entreprises par M. Schliemann ont amené au jour des poteries archaïques, des

Fig. 49.

broches, des épingles à cheveux, ornés d’enroulements (Fig. q3) '. Ces objets, provenant des couches moyennes d’Ilios ou du tombeau des Atrides, n’étaient point apparemment des copies de modèles étrangers et 11e correspondaient pas

1. Fig. 44, 45, 4G, 48, 49 (Schliemann, Mycènes,\ p. 249, fig. 246; p. 178, fig. 1 65 ; p. 278, fig. 3o3; p. 273, fig. 295 à 3oo; p. 167, fig. 1 53 et passim , \ IV).

Fig. 47. Troyanische Alt , pl. 59, n° i 3 56.

L’Art antique de la Perse.

toujours, dans leur ornementation, à une idée précise ’. Leurs formes ont-elles eu pourtant une influence sur la transformation des chapiteaux à volute et l’élaboration du tailloir ionique? Je n'y contredis pas; mais cette influence a dû, en tout cas, être bien précaire, car le chapiteau est un membre trop essentiel de la construc-

Fig. 5o. — Ivoire décoré d’ornements iotiformes trouvé à Ninive ( British Muséum ).

tion pour que les Grecs aient songé à l’imiter d’une épingle à cheveux ou de la grossière image des sourcils et des yeux de la chouette troyenne (Fig. 47).

Il se peut que les premiers décorateurs se soient inspirés des bijoux pour couvrir d’un ornement élégant un bandeau ou un corps de moulure, mais ils n’auraient pas appliqué ces principes à l’ornementation du couronnement de la colonne, et la preuve de cette assertion, c’est que les colonnes contemporaines des Atrides,c’est-

t. 11 n’est même pas certain que dès l’époque des AtriJes les influences de la volute égyptienne ne se soient pas fait sentir en Grèce. Un dessin conservé sur un fragment de poterie (Fig. 43) (Schliemann, My cènes, p. ie3, fig. 3q) a toute l’allure d'une mauvaise copie des enroulements Iotiformes. On retrouve en effet sur cette poterie tous les caractères distinctifs de la volute égyptienne : ovaire, enroulements latéraux, liens de volute, liens rattachant les feuilles au fût.

DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.

à-dire d’une époque où les enroulements étaient employés d’une manière fréquente dans la joaillerie, ne sont pas couronnées de volutes, mais du tore et du tailloir carré constituant par leur superposition la plus vieille forme du chapiteau méditerranéen.

La démonstration des origines de la volute ne serait pourtant pas complète, si l’on n'avait pas exhumé des fouilles entreprises en Assyrie les modèles originaux

Fig. 5 J. — Fenêtre à balcon orné de balustres

Fig. 52. — Fleurs et ornements.

Ivoire trouvé à Ninive (British Muséum).

Ivoire trouvé à Ninive (British Muséum).

dont s’inspirèrent les sculpteurs d’Europe et d’Asie. Cette lacune a été heureusement comblée par la découverte, dans les ruines des palais de Nimroud, d’ivoires de style égyptien, mais d’origine phénicienne (Fig. 5o à 59). Leur provenance me paraît prouvée par le caractère général de la sculpture et la forme des chapiteaux et des encadrements des ouvertures rappelant de très près les motifs similaires de la petite maison cypriote conservée dans les galeries du Louvre (T. II, PI. XVIII). Je verrais dans ces ivoires des objets d’un style comparable à celui de ces belles patères phéniciennes reproduites dans l’ouvrage de MM. Perrot et Chipiez. Ils ont même avec ces objets un point de contact des plus intéressants. Au nombre des ornements d’origine égyptienne gravés sur l 'ivoire et sur le bronze, se distinguent

les colonnettes légères’ et les chapiteaux en fleurs de lotus, caractéristiques de l’architecture pharaonique (Fig. 60)

Chapiteaux. Ivoires trouves dans les ruines de Ninive (Hritish Muséum).

Au reste, il importe peu que les ivoires et les bronzes de Nimroud aient été i. Voir supra, Fig. 16 à 3o, et p. 41.

DEUXIÈME DYNASTIE ACHEMENIDE.

sculptés en Égypte ou en Phénicie. Ils ne sont pas l'œuvre d’artistes ninivites, ont été en conséquence importés de l’étranger et sont composés dans leur ensemble et leurs détails de motifs copiés sur une architecture égyptienne; ce sont les seuls faits que je désirais constater 1 , le grand intérêt qu’ils présentent ne résidant pas dans leur origine précise, mais dans leur ornementation et dans la preuve indiscutable et directe qu’ils nous offrent de l’influence persistante des arts industriels de l’Égypte sur l'art ornemental de la Grèce et de l’Assyrie.

Quelques-uns de ces ivoires reproduisent en bas-relief le bouton du lotus (Fig. 55), d'autres, la fleur épanouie des grands ordres religieux (Fig. 53, 5q) ou

Fig. 6o. — Chapiteau et entablement, patène de bronze trouvée à Ninive.

Fig. 6i. — Stèle de Sipara ( Xe siècle avant J.-C.) ( British Muséum ).

des ordres civils (Fig. 5o, 5i, 52, 58 et 5g), et la superposition de motifs particuliers à la sculpture décorative et à l’architecture ligneuse des bords du Nil (Fig. 5i, 56, 5 7, 6o), tous donnent la tradition des chapiteaux à volutes grecs, chaldéens et assyriens.

C’est ainsi que le chapiteau de Golgos (Fig. 3 2) et le chapiteau ionique ( Fig. 3g)

1. Telle est aussi la conclusion de M. Perrot (Hist. de l'art dans l'antiq , l'Assyrie, Vases de métal, p. 733).

sont nés de l’agrandissement de motifs analogues à ceux qui sont donnés (Fig. 5o 52, 58, 5q).

Fi

(British Muséum).

D’autre part , le couronnement et la base des hampes soutenant la toiture des légers’édicules représentés sur la stèle de Sipara (Fig. 61 ), les portes en bronze de

Fig. 65. — Des palais de Kouioundjik.

Belawat ou les bas-reliefs de Kouioundjik (Fig. 63 et 65)' et de Khorsabad (Fig. 66) 2

1. Layard, The Monuments of Ninieveh. Kouioundjik, pl. 40. et Perrot, Assyrie, p. 140, note 1.

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