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Fig. 87. — Couronne décorée d’oves.
Giseh (Ve Dynastie ).
personnelle des ornements égyptiens qu'il n'est pas trop de tous les monuments exhumés des fouilles entreprises sur les rives du Nil et du Tigre pour remonter d'une façon certaine à l'origine de la plastique décorative des ordres dorique et ionique 2.
ï. Je choisis un des exemples les plus contestés.
La frise fleuronnée provenant d’un seuil de Kouioundjik ( Fig. 81 ) et que l’on s'est plu à considérer comme le prototype de l’ornement grec correspondant, remonte au VIIIe s’ècle.
Le modèle exact de cette même frise comportant non seulement les fleurs ornementales (Fig. 79), mais aussi leurs liens communs , a été reproduit sous les formes les plus variées en Egypte dès le XVIIe siècle (Fig. 78).
Chacun des éléments dont se compose la frise est emprunté à la flore égyptienne. Aux fleurs épanouies succèdent des boutons, c'est-à-dire les types essentiels et caractéristiques des deux chapiteaux égyptiens, chapiteaux dont j’ai suivi la tradition jusqu’à la quatrième dynastie. Les cercles entrecoupés sont également reproduits sur de très vieux plafonds de Thèbes et de Saqqarah ( Fig. 80 ), mais la signification de ce dernier décor est moins nette, parce qu’il ne comporte pas une filiation aussi précise que les ornements lotiformes.
2. M. Sayce fait remonter la prédominance des influences babyloniennes dans la Méditerranée au'
DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.
Le chapeau bicéphale du chapiteau persépolitain a la même origine que le
règne de Naramsin d’Agadé, fils de Sargon l'Ancien (Lettre à M. Schliemann, Fouilles de My cènes , p. 448), c’est-à-dire à l’an 36oo, si l’on s’en rapporte aux données fournies par le cylindre de Nabou-Hanid.
Ce seraient, d’après l’assyriologue anglais, les Phéniciens et les Khittites, dont la capitale, Karkhémish, était située dans les environs de Birajik, sur l’Euphrate, qui auraient répandu les produits de l’industrie babylonienne.
Je considère que M. Sayce exagère singulièrement l’influence chaldéo-babylonienne. Il est peut-être dans le vrai s’il se borne à parler des intailles chaldéennes, mais il aurait tort de généraliser sa théorie. Les découvertes des statues de Goudea et des œuvres de l’époque de ce prince, sans même s’arrêter aux arguments que j’ai développes, viendraient en effet contredire, au point de vue des ornements, la remarque de M. Sayce. Habiles à tailler la pierre dure à l'image de l’homme et des animaux, les habitants de la Chaldée, Sémites ou Touraniens, furent et restèrent des ornemanistes sans imagination.
D’ailleurs, si l’influence des Babyloniens eût été prépondérante en Syrie et en Asie Mineure dès le quatrième millénaire avant notre ère, le nom de Babylone eût été universellement connu de tous les riverains de la Méditerranée deux mille cinq cents ans plus tard , c’est-à-dire à l’époque probable de l’Iliade et de l’Odyssée. 11 semble pourtant qu’il n’en était pas ainsi : tandis que l’Egypte et sa capitale Thèbes aux cent portes jouissaient d’une sorte de renommée fabuleuse bien propre à accroître le prix et la valeur des objets qu’elle importait dans la Hellade , la Babylonie n’était pas connue des géographes homériques. La seule objection que l’on pourrait faire à la théorie des origines égyptiennes de la plastique ornementale de la Grèce serait basée sur les rapports qui s’établirent dès la plus haute antiquité entre les peuples situés à l’est et à l’ouest de l’isthme de Suez.
Dès la douzième dynastie, des conquérants égyptiens pénétraient en Asie, puis vinrent l’invasion des Hyksos et, à une époque beaucoup plus rapprochée de nous, les conquêtes de la reine Hatasou et de ses successeurs. Huit cents ans après, les Assyriens, à leur tour, se jetaient sur l’Egypte.
Ne faudrait-il pas en conséquence attribuer aux Chaldéens l’invention de motifs qui d’Egypte auraient passé en Phénicie ?
C’est là la théorie défendue par M. von Sybel ( Kritik des œgyptischen Ornaments. Marbourg, i883), qui fait remonter au deuxième empire thébain l’influence prédominante de l’Assyrie sur la création de la plastique égyptienne.
M. von Sybel, dans ce travail comparatif fort ingénieux d’ailleurs, s’appuie sur des monuments assyriens d’une période récente et remonte par induction à des monuments plus anciens. La méthode est fort dangereuse. Le sens du courant qui se serait établi, au dire de l’auteur allemand, entre l’Assyrie et l’Égypte ne pourrait être déterminé qu’en s’appuyant sur des documents certains et réels. Tel n’est pas le cas. D’après M. von Sybel, par exemple, les métaux jouent un rôle prépondérant dans l’invention des ornements. Or, l’Égypte, dit-il, n’avait pas de métaux à sa disposition et les travaillait mal. Les Chaldéens, au contraire, pouvaient facilement se procurer des minerais. Ce fait est-il bien prouvé? Les montagnes du Kurdistan appartinrent fort tard aux Chaldéens; l’Égypte, en revanche, recevait dans ses ports les minerais de Chypre et possédait les filons du Sinaï, qui devaient être bien précieux, puisque les Chaldéens en convoitèrent toujours la possession; ce qui prouve, soit dit en passant, combien ils comptaient peu sur les mines du Kurdistan. Quant à l’habileté des métallurgistes égyptiens, elle était remarquable. Au point de vue de la technique, les superbes statues des quatrième et cinquième dynasties acquises par le Louvre en i883 sont des œuvres beaucoup plus parfaites que les bronzes de lello.
J’aurai bien aussi à invoquer contre M. von Sybel toutes les raisons tirées de 1 étude du sol et de l’architecture qui militent en faveur d’une école nationale égyptienne; mais ce serait m’exposer à de perpétuelles redites. Si j’ai longtemps insisté sur l’influence prépondérante des matériaux dans la genèse des ornements et sur les grandes distinctions qui existent a 1 origine entre la plastique décorative et la statuaire, c’est afin de prévenir cette objection en remontant aux origines primordiales de chaque ornement.
Les monuments archaïques, aujourd’hui très nombreux, contredisent également la théorie de M. von Sybel. Comment se ferait-il, par exemple, que sur aucun des objets rapportés par M. de Sarzec, sur aucun cylindre chaldéen, ne se retrouve encore d’enroulements ou de volute, alors, au contraire, que l’on rencontre des enroulements sur les monuments pharaoniques les plus anciens, et qu’en Égypte on suive la volute depuis son état embryonnaire jusqu’à son complet développement?
Le mélange des influences égyptienne et babylonienne ne s’est pas opéré en Égypte, mais dans un
tailloir à volute de l’architecture grecque. C’est une autre forme de l’ornementation du plateau posé entre la sablière et l'extrémité de la colonne (Fig. 88 et Sq ).
Fig. 88. Fig. 8r).
On s’est vainement efforcé de chercher à donner une signification emblématique aux animaux représentés. 11 se peut que 1 image du taureau ou plutôt de la vache ait eu en Phénicie, comme en Égypte, une interprétation symbolique ; toutefois il ne semble pas qu’il en ait été de même en Perse.
Les Iraniens, je serais porté à le croire, ont adopté cet ornement parce qu’il couronnait heureusement la colonne et s’harmonisait avec les images des taureaux androcéphales placés aux entrées de leurs palais.
En résumé l’ornement n’est pas perse, les bœufs n’ont jamais prospéré sur les maigres plateaux de l’Iran; comme la volute, il est probablement d'origine égyptienne. Le premier indice de cette filiation se trouve dans le mode d'accolement des animaux, car les Egyptiens paraissent être le seul de tous les peuples
pays neutre que ne liaient pas à tout un passé glorieux des traditions artistiques ou religieuses, c’est-à-dire en Phénicie.
Qu’il me soit permis de mettre quelques dates en parallèle; elles aideront à trancher le différend. La grande efflorescence de l’art ornemental correspond , en Egypte, à la dix- huitième dynastie, soit au XVIe siècle. La première volute connue apparaît en Chaldée sur une stèle du Xe siècle ; elle orne un chapiteau de forme franchement égyptienne. A partir de cette epoque, la Babylonie et l’Assyrie sont en luttes incessantes. Au règne de Touklat-Habal-Azar (vers ii3o) succèdent plusieurs siècles de barbarie interrompus à peine par quelques années glorieuses : mauvaise époque pour l’épanouissement de l’art ornemental, le plus riche et le plus tranquille des arts. On est ainsi conduit à Assour-Nazir-Habal (880) et à la grande renaissance sargonide.
Sous ces princes, l’Assyrie régénérée est maîtresse du monde ancien et accumule dans ses puissantes cités le butin de l’Asie et de l’Afrique. Sous les Sargonides également deviennent d'un emploi général les ornements dont l’origine pharaonique est incontestable, tel que le soleil ailé , la volute, les méandres et les frises fleuronnées. Tous ces ornements, à cette époque, apparaissent simultanément , et tous sous la forme définitive que depuis plus de huit cents ans ils avaient prise en Egypte, après une longue et patiente élaboration.
Malgré les erreurs et les exagérations qu’il renferme, l’ouvrage de M. von Sybel peut être consulté avec fruit, et quelques remarques sont parfois très judicieuses; celle-ci, par exemple : les animaux composés parles Assyriens sont toujours affrontés; les animaux égyptiens, au contraire, se tournent le dos. Cette règle est sans exception en Assyrie et en souffre très peu en Égypte.
de l'antiquité qui ait placé dos à dos les animaux et les figures que les Babyloniens et les Assyriens mirent toujours en regard1. Quelle que soit la valeur de cette observation, elle ne serait pas convaincante, si l’on ne retrouvait, dès la cinquième dynastie (Fig. S5 ) % dans les palais des grands feudataires égyptiens, parfois seul, souvent superposé à la fleur de lotus, un assemblage de tètes de bœufs
Fig. 90. — Du portique des Cornes (Delos,.
ou de lions ayant dans leurs dispositions des analogies avec les taureaux perses. Ces figures, empruntées an Panthéon pharaonique, se transmirent d'àge en âge, tantôt sous leurs formes emblématiques, tantôt sous la forme de la tète humaine d’Athor, comme le démontrent deux des chapiteaux en ivoire (Fig. 56 et 57) trouvés à Nimroud, où la tète d’Athor est surmontée de la fleur de lotus.
J’ai déjà expliqué longuement la transformation que subit sur les rives de la Méditerranée la fleur de lotus, il ne me paraît pas nécessaire de rappeler que,
1. Voir à la fin de la note 2, p. 62, la remarque due à M. von Sybel sur le mode de réunion des animaux.
2. Les bucranes apparaissent dans les plafonds thcbains ; mais, bien avant le règne d’Hatasou et de Toutmès, ils entraient dans l’ornementation des chapiteaux.
On rencontre des chapiteaux ornés de tètes de bceufs dans une peinture remontant à la cinquième dynastie (Lepsius, Abth. II, Bl. 14). Cet exemple est décisif et montre en outre que les tètes de boeufs employées plus tard dans la composition des chapiteaux perses étaient, dès l’antiquité la plus reculée, utilisées au même usage par les Égyptiens.
L’Art antique de la Perse.
dans les pays riches en bois, les nécessités de la construction contraignirent les décorateurs à graver sur les faces du chapeau les profils des représentations architecturales de provenance égyptienne. Cette adaptation força les ornemanistes à ajouter à la tète de l’animal une partie de son corps, et c’est, en effet, sous cette nouvelle forme, qu’apparaît le taureau sur un grand nombre de monnaies archaïques et de monuments phéniciens l
Les Grecs eurent connaissance de cette forme architecturale; ils ne l’adoptèrent pas néanmoins. Peut-être ne voulurent-ils pas introduire dans l’architecture des figures susceptibles de lutter avec le sujet représenté sur les métopes et sur les frontons. On retrouve cependant, dans leurs monuments, quelques souvenirs du symbole égyptien. Je citerai notamment le portique des Cornes et le portique des Taureaux (Fig. 90)1 2 du Téménos d’Apollon à Délos, où la bête, agenouillée comme l’animal persépolitain, remplit dans la construction le même rôle que ce dernier. M. Schliemann a également découvert dans le trésor des Atridesdes épingles (Fig. 01 )3
Fig. 91. -Des fouilles ° r VDJ/
de Mycènes. ayant de grandes analogies de style avec la stèle phénicienne du Louvre et les chapiteaux persépolitains, et enfin des tètes de vaches en or repoussé (Fig. 9e)4, que l’on doit rattacher, comme origine, à l'art égyptien. Ces têtes ont même cela de particulier, qu’elles portent sur leur front cette rosace connue des Grecs sous le nom d’anthémion, rosace qui servit aussi à orner le collier passé autour du cou du taureau perse.
Considéré dans ses formes générales, le chapeau bicéphale aurait donc une origine en tout semblable à celle de la volute ionique. C’était là le point le
1. Je citerai en premier lieu une stèle phénicienne du Musée du Louvre reproduite dans l’ouvrage de MM. Perrot et Chipiez (Histoire de l’art dans l’antiquité , Phénicie, p. 117, fig. 54), puis une stèle cypriote (ibid., p. 2i3, fig. 1 5 1 ). Quant aux monnaies, je renverrai au médaillier du British Muséum.
2. Stuart et Rewet, Antiquités de l’Attique. Tome IV, chap. vi , pl. XLVII.