Schliemann, Mycènes , p. 25(j, fig. 264, 263 et
4. Schliemann ( Mycènes , p. 297, fig. 238). M. Schliemann (ibid., p. 69) voit dans cette tête de vache une preuve des influences persistantes de l’Egypte sur la Grèce. Ce serait, à son avis, la tête de Héra, ftoùnis, (forme grécisée de 1 ’Hator égyptienne) de Héra, la déesse tutélaire de Mycènes, à laquelle succédera plus tard, dans l’Attique, Athènè yXxmünn, représentée sous la forme symbolique d’une chouette.
A l’appui de sa thèse , M. Schliemann invoque des arguments tirés de la Mythologie grecque : dans la bataille des dieux contre les géants, Héra se transforme en vache; elle est représentée sous ce même aspect à Samos, qui possédait le plus ancien temple de cette divinité; enfin l’on sacrifiait des vaches blanches à Héra. Il rappelle aussi qu’Eschyle fait d’Isis une déesse grecque et lui donne Argos comme patrie.
DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.
plus essentiel à établir. Comme exécution, il se rapproche des œuvres des écoles assyriennes. Les poils, les yeux, les muscles sont traités exactement comme le sont les parties similaires du corps des taureaux placés à l’entrée des palais de Nimroud et de Khorsabad. La tête elle-même semble copiée sur les tètes d’animaux sculptées à l’extrémité des bras des fauteuils royaux.
Je donnerai, en traitant de la statuaire perse, les raisons bien aisées à déduire
Fig. 92. — Des fouilles de Mycènes.
de cette apparente anomalie; mais je puis déjà, en rappelant que les statuaires perses furent élèves des écoles ninivites, en faire pressentir la cause.
Je crains d’être accusé, depuis que j’étudie l’art perse, de rabaisser de parti pris les Chaldéens et les Assyriens. Telle n’est pourtant pas mon intention. Je ne nie point l’influence considérable des artistes et des ouvriers de Babylone et de Ninive sur les progrès de la fabrication et de la broderie des tissus, sur l’émaillage des terres cuites, sur le développement de l'architecture voûtée et de la sculpture en intaille et en bas-relief. Malheureusement, l'art monumental de la Chaldée reposait d'une manière exclusive sur l’emploi de la brique, et par cela même il ne répondait pas mieux aux aspirations des peuples qui, à l’exemple des Grecs et de toutes les nations riveraines de la Méditerranée, avaient fait d’abord du
poteau en bois et plus tard de la colonne et de la plate-bande les éléments essentiels de leur architecture, que la colonne de pierre ou de bois ne cadrait aux habi-
Fig. 93. — Oves et barillets
(Des tombeaux de Nakhchè-Roustem).
tudes des maçons de Ninive. N’est-il pas naturel, dans de semblables conditions, que les chapiteaux des colonnes de Dour-Saryoukin soient de provenance étrangère
Fig. 94. — Barillet (Des ruines de Sélinonte).
et que l’architecture grecque, et l'architecture des palais de Persépolis qui en dérive, reflètent plutôt les influences égyptiennes que ninivites ?
J’ai dû faire une incursion dans l’architecture de l’Égypte et de l’Assyrie, pour retrouver les origines des deux monuments caractéristiques du chapiteau persépo-
DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.
litain. Cette étude préliminaire terminée, il me sera désormais facile de donner la filiation exacte de tous les ornements perses.
Je suivrai dans leur description l’ordre donné par les monuments eux-mêmes.
Au-dessus de l’entablement des tombeaux, on voit une sorte de plate-forme, désignée par les Persans sous le nom de Takhte (Y)\. IV); le roi, placé en regard de l'autel du feu, occupe le plancher supérieur du piédestal.
(Des ruines de Sélinonte).
Les quatre pieds du Takhte reproduisent les pieds du trône royal (PI. XIX), emprunté lui-même au mobilier assyrien ou, plus exactement, au mobilier des antiques rois de l'Egypte (Fig. 3 1 ).
La traverse correspondant au plancher supérieur est terminée par une baguette. Cette dernière est formée par une succession de perles et de disques, tandis que des oves posés à plat (Fig. 93) ornent la partie verticale de la traverse. M. Hittorff a découvert le modèle exact de ce double ornement dans des monuments helléniques très anciens, et notamment à Sélinonte (Fig. 94, 95) r; dans quelques-uns de ces vieux édifices les oves étaient peints (Fig. 96) 2 ; ceux que M. Hittorff a exhumés des ruines des temples de la Sicile et ceux qui décorent les colonnes reproduites sur les vases grecs souvent fort antiques étaient imités de bas-reliefs que l’on a retrouvés dans les monuments égyptiens de l’ancien empire (Fig. 87).
Sur la traverse moyenne se voient des enroulements rattachés quatre à quatre par trois liens verticaux (Fig. 87). Cet ornement est assez mal composé, et, quoique formé d’éléments égyptiens, a été imaginé par le sculpteur assyrien et copié
1. Fig. 94 et q5. Hittorff, Architecture antique de la Sicile , pl. 77, fig. 2, et pl. 19, fig. i3 et 14.
2. Fig. 96. Hittorff, Architecture antique de la Sicile, pl. 5G, fig. 1 ; pl. 57, fig. 3 et 4.
par les artistes perses dans le but de varier les motifs de la décoration. L’architrave
Fig. 97. — Volutes
(Des tombeaux de Nakhchè-Roustem).
ne se signale par aucun détail saillant; la haute corniche, avec les animaux qui la
Fig. 98. — Anthémion (Des tombeaux de Nakhchè-Roustem).
garnissent, est une imitation certaine du zoophoron grec ou d’un bandeau assyrien ; les denticules présentent l’image de l’extrémité des chevrons.
DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.
La porte, située 'au centre de la façade (T. II, Fig. 18, et T. III, PL IV), est beaucoup plus intéressante que rentablement de l'édifice. Je ne parlerai pas du couronnement et de la baguette; j’ai déjà eu l’occasion de signaler à leur sujet la façon dont les artistes iraniens avaient compris la soudure des arts de la Grèce et de l’Égypte, mais je m’étendrai de préférence sur la description du cadre de la baie.
Les trois listels qui la composent sont ornés de ces fleurons (Fig. 98) qui décorent un grand nombre de constructions de la Hellade, et notamment à l’état
Fig. 99. — Linteau de porte ( Érechthéion).
d’ébauche, l’architrave du portique des Arrhéphores , et terminés, les listels de la porte du Pandroseion (Fig. 99). Il y a, dans’. ces emplois parallèles d’un même motif de décoration, autre chose qu’une ressemblance fortuite. L'analogie ne résulte pas précisément de l’usage simultané des fleurons; l’anthémion, on devait le prévoir, était connu des Égyptiens, il entrait d’une manière courante dans la décoration des bijoux de l’époque des Atrides 1 et des vieux tissus babyloniens.
Merodach-Wadin- Akhi (T. I , PI. IX) porte une tiare entourée à la base d’une couronne d’anthémions, des anthémions ornent sa ceinture, courent sur les galons placés autour du collet, des manches et des bords de son vêtement, et garnissent même le centre des hexagones dessinés ou tissés dans la robe et le manteau royal.
ï . Schliemann, My cènes , p. 178, fig. 1 65 ; p. 247, fig. 241 ; p. 222, fig. 25 1 et passim.
Les fleurons ont, suivant le cas, six, huit, douze ou seize pétales, sans qu'il soit possible d'établir entre eux une distinction basée sur la division des cercles. Ainsi, les fleurons de la tiare des rois babyloniens sont à douze pétales, ceux des broderies de la ceinture et du galon à huit, ceux tissés dans le corps de l’étoffe à six. Il est bien difficile de rechercher l’origine d’un ornement si communément employé par tous
Fig. ioo.
Fig. ioi.
Anthémions (Des fouilles de Mycènes).
Fig. 102.
les peuples anciens. Remonte-t-il à l’Egypte? Représente-t-il plutôt une copie de l’un des dessins le plus souvent reproduits par des tisserands élamites ou chaldéens ? Ce serait possible, car on ne peut attacher cette forme à aucune idée constructive. Quant au nombre variable de pétales, il révèle simplement que dès une très haute antiquité, les Chaldéens connaissaient les propriétés de l’hexagone régulier et celles du carré.
Dans de semblables conditions, il n’est pas surprenant de retrouver des anthémions sur des monuments perses et grecs, mais il est au moins étrange qu’ils occupent exactement la même place dans des édifices construits à Athènes et à Persépolis. J’ai déjà signalé des analogies frappantes entre les entablements des portiques des Arrhéphores et du palais des rois achéménides , entre les bases des colonnes des deux édifices, et, en général, entre toutes les moulures de l’Erechthéion et du Gabre Madérè- Soleïman (T. I, § 5). 11 semble donc que le temple de Neptune et le tombeau de Darius soient tous deux des interprétations différentes de monuments de même style. La copie perse est plus fidèle, l’imitation grecque est plus artistique '.
i. Les sépultures, lyciennes probablement, qui furent copiées par les architectes de Cyrus paraissent avoir été très connues des anciens habitants des rives de la Méditerranée. En outre du tombeau des Harpies, qui est une copie très ancienne du modèle primitif, on peut encore citer comme dérivant du même modèle les monuments funéraires de Palmyre ( Fig. 104) (je dois à l’obligeance de M. Rey la communication de la photographie de ces édifices) et le tombeau de Théron, à Agrigentc, tous formés d’une tour quadrangu-
DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE. 73
A Athènes comme à Persépolis, les architectes se sont préoccupés de satisfaire à des nécessités matérielles et de produire un effet harmonieux , aussi leur pensée est-elle toujours clairement traduite; mais, si elle est exprimée avec quelque brutalité dans le tombeau perse, elle revêt, au contraire, dans l'Erechthéion, toutes les élégances de l’architecture grecque.
Fig. io3. — Tombeau des Harpies (D’après le modèle en relief duBritish Muséum).
Considérons, par exemple, l’entablement et la porte de chacun des deux édifices hellénique (Fig. 99, et T. II, Fig. i7/,/5et 52) et iranien (T. II, Fig. 18, 53, et T. III, PI. IV). Fes décorateurs avaient à utiliser les plans successifs et les jeux d’ombre et
lairc, au sommet de laquelle se trouve la chambre sépulcrale. Ces monuments sont de style ionique et se rattachent aisément à un type initial très voisin de la tombe du Chien (T. I, PL VII et Fig. 21).
Je donne ces exemples afin de bien montrer, ce que j’avais d’ailleurs établi sur des preuves nombreuses, que l’origine de ce mode de sépulture était asiatique, et non perse, et que la tour de Méchhed- Mourgab avait une destination funéraire.
L’Art antique de la Perse.
de lumière que donnaient la superposition et l'encorbellement des poutres du modèle original : les Perses laissèrent le bois à vives arêtes; les Grecs, sans dissimuler le principe de la construction, décorèrent de moulures et d’ornements délicats la frise et la corniche. Ceux-là couvrirent uniformément d’anthémions les trois listels composant le cadre de la porte ; ceux-ci ménagèrent ces ornements et diversifièrent les moulures et la décoration du cadre extérieur.
Fig. 104. — Tombeau des rois ( Palmyre ).
11 faut dire à la décharge des artistes et des ouvriers perses, que forcés de mettre en œuvre dans les monuments Takhtè-Djemchid des matériaux nouveaux pour eux, ils furent enclins, par cela même, à suivre de très près des modèles étrangers.
J’ai eu l’occasion de citer le monument connu sous le nom du tombeau des Harpies, à propos de la tour funéraire de Méchhed-Mourgab (T. I, p. 17, note 1). 11 existe entre ces deux édifices les mêmes différences et les mêmes analogies qu’entfe l’Érechthéion et le tombeau de Darius, avec cette distinction que les deux premiers procèdent de constructions en bois bien connues dont les tombes lyciennes
DEUXIÈME .DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.
îwiis ont conservé le type, et que le tombeau des Harpies lui-même fort anci
Fig. io3), est encore rude dans ses formes si on le compare aux temples d’É 'chihée
ou de la Victoire Aptère. Je cite, néanmoins, ce nouvel exemple de parallélisme architectural, d'abord parce que ces exemples sont rares, et aussi afin de bien faire comprendre, en montrant tout à la fois le modèle et les deux copies, le sens de la transformation qui s’opéra sous l'influence particulière du génie de la Perse et de la Grèce dans les constructions en bois des rives de la Méditerranée.
Le chapiteau persépolitain (Fig. io5), dont je suis amené à parler de nouveau en décrivant les ornements variés qui tapissent sa surface, reproduit, je l’ai fait observer, un amoncellement de motifs caractéristiques de l’architecture légère des bords du Nil 1 ; mais il faut aller chercher en Grèce les détails de son ornementation. C’est un nouvel exemple du phénomène que nous avons constaté en étudiant les portes des palais.
Fig. io(). — Chapiteau ionique (Des ruines de Ségeste).
La volute, par exemple, est née du lotus; les habitants de la Hellade, mieux que les habitants de la vallée du Nil, peuvent néanmoins revendiquer les enroulements perses, car ce sont les Grecs qui ont donné à cet ornement la forme correcte reproduite sur les chapiteaux persépolitains : la liaison des enroulements, le gland,
i. J’ai donné, dans la deuxième partie de cet ouvrage (p. 83, fig. 58 à 63), l’explication de la forme du chapiteau persépolitain. Ce chapiteau, à vrai dire, n’est que la traduction matérielle des images égyptiennes. Les décorateurs qui clouaient sur des poteaux de bois les fleurs de lotus et de papyrus pouvaient à leur gré les échafauder les unes au-dessus des autres. Ils ne se doutaient pas que l’on essayerait plus tard de tailler en pierre leurs légers découpages. Et cependant les Égyptiens eux-mêmes se méprirent sur le sens de ces représentations, et dès la Ve et la XIIe dynastie (Lepsius, Denkm., Abth. I, Bl. 27; Abth. I, Bl. 60)
DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE. 77
1 œil de la volute (Fig. 106 à 108) caractéristiques des vieux chapiteaux helléniques, en un mot, tous les détails du couronnement classique de la colonne de l'Ionie ont été scrupuleusement copiés. Il n’est pas utile, je le pense, de discuter à ce propos la question de priorité ; elle est tranchée en faveur de la Grèce, puisque les volutes
Fig. 107. — Chapiteau ionique ancien (Athènes).
perses remontent au règne de Darius, et que les volutes retrouvées à Sélinonte font partie d’un monument exécuté deux cents ans avant les palais du grand roi.
Au-dessous des volutes, on rencontre, compris entre deux rangs d’oves, disposés chacun sur une demi-baguette, un chapiteau emprunté aux grands ordres pharaoniques, mais couvert d’ornements ioniens. Seule, la tige du lotus, gravée dans le milieu des arcatures, a conservé une forme qui se rapproche des dessins originaux.
La campanule renversée servant de base à cet échafaudage compliqué est ellemême ornée, malgré sa forme caractéristique, d’oves allongés du goût hellénique le plus pur 2.
La forme des cannelures des fûts et leur mode de raccord, conséquence
firent poser des plafonds sur des fleurs de pierre. Il n’est donc pas surprenant que les Perses aient surenchéri sur la faute de leur maître et aient essayé de composer à Persépolis des chapiteaux analogues à ceux qui sont représentés Fig. io5. L’histoire du chapiteau ionique et des chapiteaux assyriens aide à comprendre cette singulière méprise.
1. Ces types anciens des chapiteaux ioniques ont été donnés par M. Hittorff ( Archit . ant. de la Sicile, pl. 10, fig. 3, et Restitution du temple d’Empe'docle , pl. i3, fig. 1, et pl. 6, fig. 4). L’un (Fig. 106) provient des ruines de Ségeste; les deux autres (Fig. 107 et 108), de fouilles entreprises au pied de l’Acropole. (Mycènes).
z. On trouve déjà des oves allongés sur les vases de Mycènes (Fig. 109). (Schliemann, p. 3 1 3, fig. 3qq.
Fig. 108. — Chapiteau ionique ancien (Athènes).
naturelle de l’épannelage des colonnes1, doivent être, si Ton s’en réfère aux supports extérieurs de Beni-Hassan (T. II, p. 48, Fig. 36) d’origine égyptienne ; mais je crois cependant que les Perses rapportèrent des colonies grecques ces motifs de décoration. En tout cas la cannelure dorique était connue des Grecs dès les plus anciens temps : les fouilles de Mycènes nous en fournissent la preuve (Fig. 1 10) 2.
Je m’exposerais à des redites monotones en parlant avec quelque détail des bases (T. 11, Fig. 57, 64, 72, 73, 75). 11 semble pourtant que dans la composition de cette partie du support l’artiste perse ait fait preuve d’une véritable originalité. Bien que le style général de la décoration soit franchement étranger, les sculpteurs ont montré dans l’arrangement des oves, des stries et des rais de cœur une personnalité dont on regrette de ne pas rencontrer plus souvent de manifestations, car toutes les bases, et surtout les bases des colonnes de l’apadâna susien (T. II, Fig. y3 et 75), sont d’un goût parfait. Il n’est pas jusqu’à l'inscription cunéiforme, placée sous les yeux du visiteur, qui ne complète un ensemble décoratif fort élégant.
J’arrive enfin aux escaliers (Fig. 111). Par une anomalie fort étrange, les détails de la main courante sont inspirés de l’un des motifs les plus caractéristiques des palais assyriens. Je ne connais ni dans l’architecture égyptienne, ni dans l'architecture grecque, d’autres degrés extérieurs que les gradins formant le soubassement des temples. Faute de trouver chez leurs maîtres habituels un modèle qui s’adaptât à leurs escaliers, les Perses copièrent-ils la rampe assyrienne? C’est possible. Quoi qu’il en soit, les créneaux et les nierions placés au-dessus de la main courante trahissent, par leur forme imitée du couronnement des fortifications en brique, l’esprit belliqueux de la nation qui emprunta la première à l’architecture militaire un motif de décoration. Les Perses n’auraient pas été satisfaits s’ils n'avaient pas tenté d’habiller à la grecque cet ornement guerrier; c’est pourquoi ils
Fig,
Fût cannelé (Mycènes),
1. Viollet-Le-Duc, Entretiens sur l'architecture , vol. I, p. 49.