LIVRE PREMIER
aux symboles du paganisme, métamorphose ses basiliques en églises et ses panégyries en processions, et... tout est dit. Sans plus d’hésitation, son art devient l’interprète de cette mascarade étrange : imitatif, il continue de même qu’auparavant à ne s’attacher qu’à l’extérieur des choses, à la vie corporelle et présente, sans jamais chercher à rendre une pensée ou un sentiment; et, introduit ainsi dans l’église chrétienne, s’épuise en redites banales, sans même s’apercevoir que la religion a changé.
Dire ce que fut l’école copte m’entraînerait en dehors des limites de l’art arabe. Elle naît du byzantin aux premiers temps de l’empire d’Orient, mais bientôt le mysticisme égyptien se réveille dans le christianisme : l’église d’Alexandrie se sépare de Byzance et avec elle l’art copte, qui, à dater de cette heure, ne reflète plus que ses aspirations.
Aujourd’hui, l’Egypte entière est jonchée de ses ruines. Bon nombre d’églises et de monastères des vie, vne, vin® et ixe siècles sont debout qui attendent l’archéologue qui daignera s’occuper d’eux.
Par malheur, une opinion très fausse, mais très répandue, a déjà induit en erreur maints critiques d’art et maints architectes. Tous ont supposé, à priori} que les conquérants arabes avaient rasé les monuments chrétiens d’Egypte, et il n’est pas jusqu’à Viollet-le-Duc qui n’ait écrit quelque part : « Il ne reste rien des monuments de l’école d’Alexandrie : les armées d’Omar détruisirent les monuments chrétiens de la vallée du Nil, de même que les bibliothèques. » Or, pour ma
part, j’ai relevé plus de vingt églises coptes et de douze monastères. L’Ouady-Natron renferme quatre couvents fondés au vie siècle : les fondations fort reconnaissables de quinze à vingt autres gisent à l’entour, comme autant d’exemples de l’architecture alexandrine. Au Fayoum, j’ai compté jusqu’à quarante chapelles éparses au milieu des ruines des villes ptolémaïques; et du Caire à Assiout, d’Assiout à Thèbes, de Thèbes à Assouan, d’Assouan au dernier point où il soit possible d’accéder en Nubie, il n’est guère de localité qui n’ait son deïr — couvent — plus ou moins écroulé. C’est le deir en nakhlé — le couvent du palmier, — le deir bakarah } — le couvent de la poulie, — le deir abon Hennés , — le couvent de saint Jean, — les quatre couvents d’Assiout, le deir el abiad et le deir el ahmar, le couvent blanc et le couvent rouge fondés à Akhmim par saint Schenoudy, qui prit part au concile d’Éphèse à l’instant où la querelle monophysite aboutissait pour l’Egypte au schisme d’Eutychès et décidait du sort de l’église d’Alexandrie et de l’art copte ; les deïrs de Naggadah et de Salamieh, ceux de Contra-Syène, dont l’un1 se dresse en plein désert protégé de murs crénelés, pareil aux monastères fortifiés du moyen âge, d’autres encore qu’on rencontre dans le désert arabique, ou d’Assouan à l’Ouady- Halfa et qu’il serait trop long d’énumérer ici.
Deux traits saillants caractérisent à l’origine cette architecture. Le Copte rejette de parti pris l’arc en plein cintre et la coupole hémisphérique de l’école de
i. Voir Al. Gayet, le Deïr d’Assouan. Étude pour servir de notice à la restauration architecturale du deïr exposée par Vauteur au Salon de i8g2. {U Architecture, nos d’avril et mai 1892.)