LIVRE PREMIER
Byzance; il adopte Parc brisé aigu ou en ogive et s’applique à dissimuler l’extrados de ses voûtes et à ramener le plus qu’il peut l’extérieur du monument à l’horizontale des temples anciens. Si même il emploie ainsi l’arc, c’est que le bois est rare en Egypte, qu’il ne peut établir des charpentes, et que l’état de décadence de son pays ne lui permet plus de recourir aux poutres de pierre de l’architecture des pharaons. Cet arc est pour lui une poutre de briques. Souvent, il jette sur elle quelques troncs d’arbres et retourne à la plate-bande; sinon, il emploie le berceau elliptique et la voûte pénétrée en arc de cloître, mais jamais la coupole byzantine, et toujours il veut que le monument se profile en terrasse sur le ciel.
En Syrie, l’Islam avait trouvé le byzantin triomphant et les coupoles constellées de mosaïques. Mais, sous leurs courbes enveloppantes, toujours semblables à elles-mêmes, où pas un point ne s’ouvre à l’élan de l’âme, il s’était senti étouffer de même que le christianisme des ascètes : en Égypte, une communauté de sentiments le poussa vers l’école d’Alexandrie; il en accepta la donnée et ce fut elle qui bâtit la mosquée d’Amrou.
Musulmans ou chrétiens, tous les auteurs arabes sont d’accord pour reconnaître que l’architecte du lieutenant d’Omar fut un Copte nouvellement converti à la religion du Prophète. Le grand historien du Caire, Makrîsi, le relate dans sa Topographie et ajoute : « La mosquée d’Amrou-ibn-el-Aâs fut plusieurs fois rebâtie et agrandie, mais son ordonnance première se conserva au milieu de tous les remaniements. » Rien de plus
simple que cette ordonnance (fig. y). La porte de la gama — mosquée — franchie, on pénètre dans une cour carrée — sahn — bordée sur ses quatre côtés de portiques — liwan — à plusieurs rangées de colonnes. Ce sont là les deux parties essentielles du temple. Elles décrivent deux zones concentriques que plus tard on séparera plus ou moins ostensiblement. La première, c’est le parvis des gentils, la partie non consacrée de la mosquée; la seconde, la partie sainte, qu’aucun contact impur ne doit souiller. Elle est ordinairement exhaussée d’un ou deux degrés au-dessus du sahn . Le livvan oriental, plus grand que les trois autres, forme le sanctuaire et s’étend en profondeur sur six rangées de colonnes, semblable à une salle hypostyle sur l’axe de laquelle s’ouvre, au mur de fond, une sorte de niche ou de fausse porte, — le mirhab , — qui donne au fidèle la direction — kiblà — de la kaâbah de la Mekke. A droite du mirhab est la chaire, — mimber, — où monte Yiman — le prêtre — pour la lecture de la khotba — prière — ou du prône. En face, est une tribune — dekké — supportée par des colonnettes. C’est là que se tiennent les mouballighim — chantres — qui font parvenir la prière de l’iman à la foule en la répétant mot à mot après lui. Au milieu du sahn est la fontaine des ablutions — maïdâah ; — à l’angle sud-ouest du sanctuaire, un puits qu’un préjugé religieux prétend être en communication avec la fontaine Zem-Zem de la Mekke.
Aucun minaret ne s’élevait à l’origine au-dessus des portiques. Le muezzin du Prophète avait chanté à l’intérieur de la mosquée l’appel à la prière; après lui, ce fut du seuil du sanctuaire que cet appel fut fait, jus-