I. ÉTAT DU KHALIFAT AU IXe SIECLE
DE L’HÉGIRE (x Ve SIÈCLE).
Une révolution, identique à celle qui, au xme siècle, avait porté au pouvoir les Baharites, les en précipite, en 1387, au bénéfice d’une dynastie nouvelle. Sans cesse à la merci de leurs émirs et de leur garde, les successeurs du sultan Hassan avaient espéré affermir leur autorité
en s’entourant de troupes étrangères, recrutées au Caucase parmi les Tcherkess; et, comme autrefois les Baharites, celles-ci avaient bientôt prétendu disposer à elles seules du pouvoir. A la mort d’El-Melek-el- Achraf III, assassiné en 776 (1376), leur turbulence n’avait plus connu de bornes ; et, peu de temps après, l’un de leurs chefs, Barkoûk, nommé régent d’El-Melek-es-Saleh, fils d’El-Achraf, faisait déposer son pupille et fondait un règne nouveau, celui de sultans bordjites 1, en qui s’éteignit l’empire des khalifes.
Les grands drames qui à cet instant se déroulèrent en Orient en précipitèrent la décadence. Dès le règne de Barkoûk, les hordes de Timour-Lenk envahissent l’est de l’Asie et menacent les frontières de Syrie, tandis que Bayazîd (Bajazet) se taille un empire dans les ruines de l’empire de Constantin. L’un ou l’autre des deux périls était grave pour l’Égypte. Le sultan crut choisir le moindre en embrassant le parti de Bayazîd, à l’instant où celui-ci essaya de disputer l’Asie à Timour- Lenk. Bayazîd défait à Ankorah, il ne restait plus à Farag-Zeyn-ed-dîn, son fils, qu’à reconnaître la suzeraineté du conquérant tartare et à se déclarer son vassal. Délivrée des Tartares par la mort de Timour, l’Égypte se relève une heure sous Barsébaï. Elle entreprend des expéditions contre les Francs, s’empare de Chypre et s’allie au sultan Moûrad (Amurah II). C’était là le dernier reflet d’une grandeur qui allait s’éteindre. Sous le règne débonnaire du pieux Kaïtbaï (872-901 ;
1. Bordjites vient de bordj, tour, fortification, château fort. La garde tcherkess avait reçu ce nom de bordjite, parce que les sultans baharites la chargèrent de la défense des forts.