LIVRE IV. — CHAPITRE III
courbes; il les a mêlées à des formes animales, à des feuillages, à des arabesques fantastiques, selon que, poussé par ses affinités symboliques, il en a voulu l’ombre sans tenir compte des invraisemblances ou des contresens de pareils accouplements. Il est et demeure un art monophysite, de même qu’avait été l’art de l’Égypte antique ou celui de l’Égypte copte, quand le schisme du concile de Chalcédoine fut devenu pour elle un dogme et qu’elle se fut séparée du reste de l’Orient chrétien pour toujours.
Cet atavisme, dont tant d’historiens d’art ont fait bon marché, c’est lui qu’on retrouve à chaque pas dans l’art arabe. Aux temps antiques, les dieux apparaissent incarnés sous forme humaine ou animale, mais conventionnelle, rigide et hiératique; rien alors ne les rattache à l’humanité. Par contre, l’homme se dessine et se meut avec une vérité toute naturaliste, en tant toutefois qu’il n’est pas encore momie, c’est-à-dire qu’il ne s’est pas encore confondu avec la divinité. Chez le Copte, cette inclination arrive à son paroxysme. Cette loi de l’Évangile qui veut que la société soit basée sur l’amour, amour de Dieu et amour du prochain, mène l’ascète à la contemplation. La divinité incréée n’a pour lui aucun contour déterminé, c’est l’infini avec le calme immuable que la nature imprime à l’Égypte, l’inéluctabilité des choses dont j’ai parlé plus haut et qui avait déjà éveillé dans l’âme du paganisme l’idée des recommencements éternels. Aussi le premier soin du Copte est d’en chercher le symbole dans les formes abstraites, dans les images qui ne parlent qu’à l’âme. Après lui l’Arabe hérite de toutes ses croyances
et, devenu par la géométrie maître du maniement des figures polygonales, trouve dans le dédale de la philosophie des lignes cette impression de l’immuable et de l’invisible, obvient, par la superposition de l’entrelacs, se greffer l’idée de l’évolution des choses tournant dans un cercle inflexible dont elle ne s’écarte jamais.
Guidé par cette pensée, l’artiste oublie la forme humaine et, à force de la négliger, il finit par ne plus savoir l’interpréter. S’il veut la rendre, la dualité de ThommePembarrasse, de même qu’elle avait embarrassé le Copte monophysite. Représentera-t-il l’être pensant ou l’animal qui sert de support à cet être pensant? Il préfère s’adonner à l’arabesque. Quand cependant il s’attaque à la figure animée, qu’il sculpte un lion ou un oiseau, ses qualités natives reparaissent et son œuvre redevient ce qu’elle était à l’époque des vieux Pharaons.
Fig. 91. — MOSQ.DÉE de k a i t b a i (mosaïque de marbre).