LIVRE V. — CHAPITRE II
sont pas variés, il est vrai; c’est toujours le cyprès et le bouquet de fleurs symboliques; mais les châssis sont sculptés en plein plâtre, et quelques-uns sont de vrais bas-reliefs, où la polychromie des verres met une arabesque lumineuse, changeante avec chaque heure du jour.
En première ligne, il faut citer les verrières de Barsébaï et de Kaïtbaï. Celles-ci, surtout, sont remar-
Fig. ni bis.
quables. Quelques-unes, entièrement garnies de vitraux d’une seule teinte vert pâle, jettent un jour livide dans la salle de la tombe. Sous les gouverneurs turcs, cet art ne cesse pas un instant de poursuivre sa route; et il y a peu d’années encore, la mosquée de Saida- Zeïnab possédait deux ou trois panneaux qui ne le cédaient en rien à ceux de Kaïtbaï.
Ainsi, jusqu’au dernier jour, l’architecture religieuse de l’Islam a conservé son unité et tout entière en a réfléchi les sentiments, les aspirations, les triomphes ou les tristesses. Tous les arts mis en œuvre par elle l’ont soutenue, proclamée, défendue. A l’invasion ottomane, des influences persanes triomphent d’elle;
mais quelques-uns de ses derniers défenseurs lui survivent encore. Art fier et sensitif, Part arabe a été Tune des expressions les plus parfaites de la pensée humaine; il est arrivé par la rigidité de ses lignes géométrales à dire les ondoiements les plus fuyants de Pâme, les dualités du cœur et les aspirations vagues qui dorment dans ses plus profonds replis. Quand l’idée qui l’avait engendré disparut, il disparut sans laisser de traces. Imitatif, il se serait fait le valet de n’importe qui.