LIVRE VI. — CHAPITRE I
leur art à Thessalonique, à Alexandrie et dans tout le bassin de la Méditerranée. Pour ce qui est d’Alexandrie, il me sera permis, j’espère, d’en douter un peu. L’Égypte avait une école de beaucoup supérieure à celle de Constantinople; la répugnance du Copte pour l’art hellénique christianisé s’est manifestée dans l’art du verre comme dans tout le reste ; et comme dans tout le reste, ses affinités spiritualistes s’y sont fait jour. Nassiri- Khosrau nous a laissé quelques renseignements intéressants, qui montrent que la fabrication des cristaux était fort répandue en Égypte à l’époque où il la visita. « A Masr, dit-il (en Égypte, Masr signifiant à la fois l’Égypte et le Caire, et non un faubourg du Caire, ainsi que quelques auteurs l’ont cru), on fabrique un verre transparent d’une grande pureté; il ressemble à de l’émeraude. » Et plus loin: « La kaâbah delaMekkeest éclairée par des fenêtres munies de vitraux laissant passer le jour et empêchant la pluie de pénétrer à l’intérieur. » Au xive siècle, Makrîsi mentionne dans le trésor de Mostanser-b-Illah de nombreuses boîtes de cristal, des brocs et des coupes d’une transparence admirable. Quelques pièces de ce trésor sont même arrivées jusqu’à nous. C’est d’abord une buire en cristal de roche du musée du Louvre, un vase du musée de Florence, le verre de l’empereur d’Allemagne Henri II et l’aiguière du trésor de Saint-Marc. Cette dernière est décorée de deux lions accroupis, séparés par des rinceaux florescents. Au-dessous est une inscription avec le nom d’Aziz-b-Illah, fils d’El-Moëzz, fondateur de la dynastie fatimite. Je ne crois point que cette pièce soit postérieure au règne du khalife. M. Gerspach suppose
que l’inscription qui la décore peut être un souvenir, une glorification, un hommage rendu à la mémoire du souverain... C’est là une douce erreur que lui eût épargnée la connaissance de l’Orient. Le souvenir, l’hommage rendu, la glorification sont des sentiments très.., européens. En Orient, ce ne sont que des mots vides de sens. L’hommage n’est rendu qu’autant que celui auquel il s’adresse est vivant.
D’autres verreries du règne des Fatimites nous sont connues et sont même fort nombreuses en Égypte. Ce sont les monnaies fiduciaires mises en circulation par El-Hakim-b-amr-Illah, Daher-le-Aziz-din-Illah et Mostanser-b-Illah. Ces monnaies consistent en petits disques de verre transparent, ambre, violet, vert ou rouge. Les uns portent une inscription; les autres des ornements tels que le sceau de Salomon ou la rosace. Pourquoi ces formes? Je ne m’attarderai pas à le chercher. Je me bornerai à rappeler en passant que ce sont là autant de formes coptes. A chaque instant on les retrouve sur les coins qui servaient à frapper les hosties au 11e siècle de l’ère de Dioclétien (fig. 119).
Au xme siècle, les verreries émaillées nous fournissent enfin des documents d’une valeur incontestable. De quelles fabriques sont-elles sorties? Du temps des Fatimites, Mansourah avait, au dire deplusieurs auteurs, la spécialité des lampes de mosquée ornées d’inscriptions et d’arabesques d’émail sur fond doré. Au xme siècle, ces renseignements nous manquent. De certains passages des historiens du Caire, il semble pourtant ressortir que Fostat avait détrôné Mansourah.
Le vase de la collection André reproduit dans Y Art