LIVRE VI. — CHAPITRE I
de la verrerie (fïg. 120) date de la seconde moitié du xme siècle. Il porte sur la panse le lion passant du sultan Beïbars-el-Bondoukdary, lequel régna de 658 à 676 (1 260-1 2 77). Ici encore, M. Gerspach suppose que quelque bon musulman apu commander ce vase longtemps après la mort de Beïbars, « en témoignage de reconnaissance de l’Islam envers le vainqueur des croisés ». J’ai trop étudié la psychologie de l’Orient pour me bercer de suppositions semblables. Pour moi, le vase de la collection André est contemporain du règne de Beïbars; et s’il ne fut point commandé par le sultan, il ne l’aura été que par quelqu’un qui attendait de lui une faveur.
Fig. 120.
SE BLASONNÉ AUX ARMES DU SULTA BEIBARS-EL-BONDOUKDARY.
(Collection E. André.)
Quoi qu’il en soit, ce vase est de tous points intéressant, tant par le galbe de sa forme que par les dispositions de son ornementation. Des lignes d’inscription le partagent en zones horizontales, soulignant chacune de ses inflexions. La panse est brodée d’un fleuron flamboyant, qui rattache la bande principale à celle de la naissance du goulot et en fait valoir la masse, tandis que le piédouche, dérobé en partie par la perspective, reste nu.
Les plus anciennes lampes de mosquée que nous possédions datent du règne de Kalaoûn. Le profil en est à la fois ample et svelte ; leur surface divisée en nimbes d’inscriptions, de rosaces, d’arabesques d’émail blanches, bleues, rouges, jaunes et vertes, serties d’or sur fond doré (fig. 121). L’esquisse est généralement tracée en émail rouge. Tantôt l’émail forme le fond, tantôt l’ornement, et presque toujours cette inscription s’enroule autour du col, toujours la même : « Allah est la lumière des cieux et de la terre; cette lumière ressemble à une flamme placée dans un cristal pareil à une étoile brillante. » (Koran, sourate 35, chap. xxiv.) Sur la bande de la panse est la dédicace de la lampe, avec la date de la consécration et la signature du verrier ; six anses permettent d’installer les chaînettes ou les cordons de soie par lesquels doit être suspendue la lampe. Des médaillons les cernent et se prêtent à des compositions variées à l’infini; tantôt un médaillon pareil se répète sur la bande du col; tantôt les armes du sultan ou de l’émir s’y écartèlent sur fond d’or, coupant chaque face de l’inscription parle milieu. D’autres fois, la panse de la lampe sera tapissée d’arabesques,