LIVRE VI. — CHAPITRE I
taire de Mostanser montre à quel degré avait été poussé l’art du tissu. La tente du khalife Daher, sortie des ateliers de Tennis, avaitcoûté 14,000 dynars (200,000 fr.) et était tissue d’or pur1. Des descriptions faites par Makrîsi de ces tentes et de ces tapis, il ressort clairement que leurs dessins n’étaient autres que ceux des broderies et des tapisseries coptes de la même époque, « des figures d’hommes, d’éléphants, de lions, de chevaux, de paons et d’oiseaux de toutes espèces ». Parmi les tapis, les uns représentent la suite des diverses dynasties arabes, avec les « portraits » des khalifes; les autres, les pays connus des Arabes, comme une carte géographique. En un mot, la décoration est formée de figures animées, mais irréelles, mais idéalisées, qui représentent une sensation et non des muscles inertes.
Mieux que toutes les descriptions, divers fragments de ces tapisseries nous donnent l’idée de ce qu’elles furent : une soie brochée, actuellement au musée de Nuremberg (fig. 88), et une étoffe tissée soie et lin, conservée au musée de Nancy (fig. 125). Toutes deux sont fatimites. Des lions s’y affrontent ou s’y adossent dans un médaillon. Ces derniers surtout sont caractéristiques. Leur modelé s’est rigidifié, le détail s’est fondu en un agencement géométral composite; la crinière s’est hérissée en rangées d’octogones imbriqués, mélangés de triangles isocèles; l’articulation des membres s’est marquée par un octogone ornemané et le palmier placé entre eux a un triangle fleuri pour cime.
1. Pour les tissus d’or, voir V. Kremer, Ciilturgeschichte der Orient.
Entre chaque médaillon courent des animaux apocalyptiques, dont le pelage est fait de trèfles, et il n’est pas jusqu’aux branches d’arabesques dont les rinceaux ne soient disposés selon un rythme correspondant à un ordre d’idées donné.
Au Moghreb, l’industrie textile avait été florissante aussi dès le temps d’Haroun-er-Reschîd. A Touneh, en Tunisie, on tissait quelquefois les étoffes destinées à la kaâbah. « J’ai vu, dit l’historien Sakehy, un tapis de Touneh donné par Haroun-er-Reschîd ; il était d’étoffe appelée kabaty. On y lit ces mots : « Au « nom d’Allah, que la bénédiction d’Allah soit sur le « khalife Reschîd-Abd-Allah-Haroun, prince des fidèles. « Qu’Allah reporte sur lui ses faveurs. »
En Espagne, les étoffes d’Alméria avaient acquis une réputation universelle, et la Sicile avait, elle aussi, des fabriques à ce point renommées que Addah, fille d’El-Moëzz, possédait dans son trésor une grande quantité de soies siciliennes. D’autres encore étaient célèbres à Baghdad, à Alep et à Damas.