‹ L'art arabeChapitre 131 sur 161 · LIVRE VI. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE I

dans la nécessité d’adopter ce style, comme se rapprochant davantage de ce qu’ils avaient constamment sous les yeux et comme étant le seul que l’homme pût se permettre en face du Dieu unique, dont les œuvres ne devaient pas être imitées par la créature. »

Ce raisonnement n’a pas plus de fond que celui d’Owen Jones; une chose lui manque :

la connaissance, si rudimentaire fûtelle, de l’Orient. A l’époque de la conquête, l’Arabe n’avait pas « d’étoffes précieuses », pas plus qu’il n’avait « d’armes de luxe », et les formes de tel ou tel art lui étaient parfaitement indifférentes, pour cette excel- Fig. 124 bis.

lente raison qu’il tapisserie arabe du xive siècle. n’avait aucune esthétique à lui. Il demandait aux vaincus ses monuments, et pas besoin n’était à lui d’imposer à l’artiste pour condition d’éviter toute représentation animée; du jour où, délivré du joug mesquin de l’esprit hellénique, l’Orient était redevenu son maître, il y avait renoncé pour toujours. Et c’était bien l’école d’Alexandrie qui imposait son style à l’Arabe et non l’Arabe qui imposait le sien à l’école d’Alexandrie. Elle avait pris la tête

de ce mouvement curieux qui devait aboutir forcément à la tapisserie (fig. 124 bis) ; où, selon l’expression de M. Müntz, « la régularité et la symétrie l’emportent sur la recherche du mouvement ; où l’on ne rencontre plus qu’animaux et fleurs traités dans un style conventionnel : inscriptions, motifs géométriques, griffons affrontés, léopards inscrits dans des cercles, aigles fixés sur leurs proies, alors toutefois que l’artiste ne s’est pas borné à parsemer le champ de sa tapisserie de rosaces ou d’entrelacs ». Seulement, dans ce style, la sculpture fournit ses modèles à la tapisserie et non la tapisserie à la pierre. L’étude des monuments coptes eût sans doute édifié Viollet-le-Duc : par malheur, l’illustre architecte les ignorait à ce point qu’il n’a pas hésité à écrire cette phrase que j’ai d’ailleurs déjà citée : « Il ne reste rien des monuments de l’Egypte du temps de l’école d’Alexandrie ; les armées d’Omar détruisirent les monuments de la rive du Nil aussi bien que les bibliothèques. »

Non, encore une fois non, les armées d’Omar ne détruisirent pas les monuments coptes d’Egypte ; plus de cent églises ou couvents contemporains de l’époque de la conquête sont encore aujourd’hui reconnaissables. Les sculptures, les peintures, les boiseries, les étoffes, les bronzes, les ivoires et les verreries coptes suffiraient à former vingt musées; et l’analyse de ce style méconnu qui fut le style alexandrin permet d’affirmer hautement que le Copte fut le maître de l’école

1. Müntz, la Tapisserie (Bibliothèque de l’enseignement des Beaux-Arts, Quantin, éditeur).

Fig. 125. — étoffe fatimite ( Musée de Nancy) .

arabe et que celle-ci ne fit que s’emparer de ses thèmes

constructifs et ornementaux, sans lui imposer l’esprit de ses dogmes et sans l’influencer en quoi que ce fût.

L’origine copte des tapisseries arabes est d’ailleurs généralement admise. Je n’ai donc pas à plaider cette cause davantage. Le musée des Gobelins renferme une collection de broderies et de tapisseries coptes des plus complètes; ce sont les suaires des Coptes d’Akhmim ou de Salamieh (fig. 124). Longtemps les fabriques d’Alexandrie fournirent à l’Occident ces étoffes précieuses que l’on voit figurer au trésor des églises sous le nom de veta Alexandriœ.

Les auteurs arabes ne font point difficulté non plus pour le reconnaître. Les villes citées par eux comme centres de fabrication de leurs tapisseries sont des villes coptes par excellence : Behneseh, Damiette, Tennis et Dabik. Makrîsi, parlant de Behneseh, dit :

« Cette ville est située à l’occident du Nil. On y fabrique des tapisseries qui portent le nom de Behnesaïah, des robes brodées, des étoffes royales et de grandes tentes. On y fait des tapis dont un seul a trente coudées de long et dont une couple se vend 200 milkals d’or. Lorsqu’on y fabrique une robe de laine ou de coton, un tapis, un manteau, on ne manque pas d’écrire dessus le nom de celui auquel il est destiné. »

Une preuve irrécusable de la supériorité reconnue par tout l’Orient aux tapisseries égyptiennes est que, dès le règne d’Abd-Allah, l’Égypte a fourni le voile tendu aux murs de la kaâbah de la Mekke. L’an (157) (776), le poids des tapis ainsi suspendus menaçait la solidité du sanctuaire. Depuis, l’éclat de cette décoration ne fit que s’accroître encore et, à l’époque fatimite, l’inven-

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