‹ L'art arabeChapitre 160 sur 161 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l’esprit. Quelques-unes sont garnies de fenêtres a vitraux nommés komarieh , représentant des bouquets de fleurs, des paons ou des arabesques; des morceaux de verre s’y adaptent, tantôt dans des meneaux de bois

Fig. IJ tj. DALLAGE DE MARBRE D ’ U N SEBIL DU XVe SIECLE.

sculpté, tantôt dans des fenêtrages de plâtre semblables à ceux des mosquées ou des tombeaux (fig. i53 et 154).

Si l’on en excepte ces deux motifs ornementaux, la maison arabe a ses façades tristes et nues. Les jours y sont rares. Aucune moulure ne les raie; tout au plus un pan coupé angulaire, racheté par des stalactites, un

cordon annelé jeté çà et là autour d’une baie en rompent la monotonie. L’Oriental cache sa vie, il réserve son luxe pour l’intérieur de sa demeure; peu lui importe la rue. Qu’on supprime les avant-soliers soutenus par de si élégantes consoles et les linteaux de marqueterie, où l’appareillage des claveaux est figurée d’une manière si fantaisiste, il ne restera qu’un mur que rien ne rattachera à l’art. Seuls, quelques monuments publics,

tels que Vokel (hôtellerie), de Kaïtbaï ont des portes monumentales (fig. 1 5 5) dont le style rappelle celui des édifices religieux.

Tout autre était la physionomie des anciennes boutiques arabes. La devanture (fig. 1 56) est presque la restitution d’une devanture copiée dans un manuscrit du xve siècle. Là, les vides l’emportent sur les pleins; les boiseries (fig. 157) laissent passer l’air et la lumière que tout au plus elles tamisent légèrement. Derrière ce grillage, on devine une vie paisible, une prospérité tranquille, celle de gens contents de leur sort et qui ne demandent qu’à en jouir aussi longtemps que faire se pourra. Il est bon, cependant, de ne pas oublier qu’à

la nuit de solides volets protégeaient ces cloisons fragiles, verrouillés, cadenassés et recouverts d’un épais blindage de fer.

Cette note apaisée, heureuse, toute en demi- teintes, paraît avoir été celle de l’art civil à l’époque des khalifes et des sultans arabes. Si l’art religieux s’est inspiré de l’immuabilité des choses et des retours périodiques des phénomènes de la nature, par contre, l’art civil, tout en conservant le fond de religiosité que ne

Fig. 162.

peut dépouiller jamais une civilisation portée au mysticisme, cherche le mouvement et la diversité.

Les mosaïques des bains et des fontaines sont claires et gaies; le thème n’en est point répété de manière à frapper l’imagination et à l’enfermer dans son dédale; le dessin n’en est point complexe, il ne change pas d’aspect à chaque instant, selon le coin de décor que le regard a embrassé. Tout est net, précis, tranché. Un polygone occupe le centre, une bordure différente l’encadre; c’est un carré inscrit dans un autre carré (fig. 1 58); les angles sont occupés par le quart d’un entrelacs décagone pris dans une ligne d’octogones. C’est un hexagone entouré d’octogones reliés et d’arcades à claveaux (fig. 159), dans lesquelles s’assemblent des triangles.

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