‹ L'art arabeChapitre 35 sur 161 · LIVRE III. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE I

en confiait le commandement à son meilleur général, un Grec converti à l’Islam, nommé Djauhar, et la lançait vers l’Égypte. Elle y pénétrait sans coup férir ;

Djauhar s’installait à Fostat et en prenait possession

au nom de Moëzz-le-dîn-Illah. L’Égypte cessait de reconnaître la suprématie des Abbassides, et bientôt l’autorité fatimite allait s’étendre en Syrie et jusqu’au Hedjaz et à la Mekke.

Si persuadé du succès de son expédition avait été le khalife que, en investissant son généralissime du commandement, il lui avait donné ordre de bâtir sur les bords du Nil une ville qui pût rivaliser avec la Baghdad des Abbassides et remis, tracé de sa main, le plan d’un palais immense, autour duquel se grouperaient les hôtels de son vizir et de ses ministres, et qu’il viendrait habiter avec sa cour et son harem.

Maître de Fostat (2 juillet 969), Djauhar se mit sans retard à l’œuvre. A l’endroit désigné par El-Moëzz, il commença par creuser, selon la coutume orientale, les fossés de la ville; puis, pour donner plus de solennité à cette fondation, il réunit toutes ses troupes (18 Ghaban — 9 juillet), assembla les astrologues et leur demanda de lui signaler l’instant où une planète de bon augure se montrerait au méridien de Fostat pour donner le signal de la pose simultanée des premières assises des remparts. « Des piquets de bois, dit Makrîsi, furent fichés sur toute la ligne d’enceinte, reliés l’un à l’autre par des cordes supportant des clochettes. Des maçons, leurs outils au poing, se tenaient prêts à agir au moindre signal. Tout à coup, un corbeau s’abattit sur l’une des cordes, les clochettes

résonnèrent et les ouvriers se mirent à l’œuvre. Les astronomes poussèrent aussitôt de grands cris, car ils venaient de reconnaître que la planète Mirikh — Mars

— montait à l’horizon, et cette coïncidence était pour eux de mauvais augure, Mars étant à leurs yeux le vainqueur du Ciel, Kahir-el-Falak. Comme il fallait tourner cet augure à l’avantage de la ville, celle-ci fut appelée la Victorieuse, el Kahîrah, du nom de la planète qui avait présidé à sa destinée. »

Avec la ville s’élève le palais du nouveau khalife; Makrîsi nous en a laissé une longue description bourrée de détails et d’anecdotes. Il occupait l’emplacement d’un ancien couvent copte, le Deïr-el-Idam , — le couvent des ossements, — ainsi nommé parce qu’au dire de la tradition il renfermait les squelettes de plusieurs disciples de Jésus. Ses dépendances englobaient les jardins de l’un des derniers émirs Ekhchidîtes, dont la superficie, d’après mes calculs, .était de i5 hectares environ. Son enceinte avait plus de 1,400 mètres de tour. Dix portes y donnaient accès : à l’ouest, la porte d’or — Bab-ed-Dahab — et la porte du fleuve — Babel-Bahr; au nord, la porte du vent, — Bab-el-Rih ; — à l’est, la porte de l’émeraude, — Bab-e\- Z oumourroud ,

— la porte de la fête, — Bab-el-Id . — et la porte du château de l’épine, — Bab-kasr-ech-Chauk ; — au sud enfin, la porte du Dailam — Bab-ed-Dailam , — la porte du tombeau de Safran, — Bab-e^-Zafaran , — et la porte des cuisines, — Bab-e\-Z ’ouhoûmah (mot à mot :

— la porte où l’on sent l’odeur des cuisines). — Une rue longeait cette enceinte, qui dans la suite, quand l’hôtel du vizirat s’éleva sous Azîz-b-Illah en face de

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