‹ L'art arabeChapitre 36 sur 161 · LIVRE III. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE I

la résidence khalifale, prit le nom de rue entre les deux palais, beïn-el-kasreïn. Vers son extrémité, une place, la place de la Fête, se développait sur une étendue de 19 hectares. Dix kousour — palais — s’y réunissaient en un corps de bâtiment gigantesque. C’étaient le Kasred-Dahab , le Kasr-el-Rahr } le Kasr-eyZ oumourroud , le Kasr-ech-Chauk, le Kasr-n-nafii , le Kasr-n nassim, le Kasr-el-Akyal } le Kasr-el-Arim. le Kasr-ed-Dafar et le Kasr-ech-Chadjarah . A lui seul, le Kasr-e Z oumourroud — le palais de l’émeraude — couvrait plus de dix feddans — 5 hectares. Leur masse était tellement énorme, que Nassiri-Khosrau la compare dans sa description à une montagne : « Lorsque, dit-il, du dehors de la ville on regarde ce palais, on le prendrait pour une montagne à cause de ses dimensions et de la hauteurdes bâtiments dont il est formé. Mais à l’intérieur de la ville on ne peut le voir, parce que les murs ont une très grande élévation. » Et plus loin : « Les ingénieurs ont mesuré la surface occupée par ce palais et ont trouvé qu’elle était égale à l’intérieur de Meïâfarîkîn (la ville la plus considérable du Diar-Bekîr) ; les abords en sont libres, mais toutes les nuits, mille hommes sont préposés à sa garde. A partir du moment de la prière, iis sonnent de la trompette, battent du tambour et font des rondes jusqu’au lever du jour. » A un tel palais étaient attachées des dépendances proportionnelles. Les jardins couraient jusqu’au Canal des Croyants , qui, à cette époque, coupait la ville du sud au nord. Ici c’était la Sakifah — le magasin des étendards, — dans lequel étaient enfermées une partie des richesses du khalife; là, les Ecuries de la Rotonde > où prenaient place plu-

sieurs milliers de chevaux; ailleurs, la Maison de la science , qui possédait une incomparable bibliothèque; les Loges et V Hôtel du Bienheureux ; d’autres constructions innombrables encore, qui servaient d’habitation aux fonctionnaires, aux officiers, aux courtisans, aux femmes, aux esclaves et à la valetaille, ou de magasins où s’entassaient les trésors et jusqu’aux approvisionnements de tout genre nécessaires au khalife et à cette armée qui était sa cour.

A l’intérieur, le luxe tenait du conte de fée. Le Kasr-ed-Dahab avait sa salle d’or — Kaat-ed-Dahab — et sa salle d’argent — Kaat-el-Feddah. L’une était la salle du trône, l’autre la salle d’audience. L’or flamboyait sur tous les murs, le trône était d’or constellé de gemmes et exhaussé sur une estrade d’or; des palmiers d’or, chargés de fruits et de fleurs de pierreries, y figuraient des bosquets dans lesquels des oiseaux d’or, émaillés de toutes couleurs, faisaient entendre leur ramage. La salle du lotus, au Kasr-e\-Zoumourroud} avait ses poutres plaquées d’or et semées d’émeraudes... La salle des banquets était merveilleuse. Nassiri-Khosrau, qui la visita, relate dans son voyage cette impression qu’elle lui causa : « J’avais beaucoup entendu parler de la salle des festins, je désirais la voir. Le dernier jour du mois de Ramadan 440 (7 mars 1049), on avait disposé la salle dans laquelle, le lendemain, jour de la fête, devait se rendre le khalife pour assister au festin après la prière. Je franchis la porte du palais et je vis une suite de bâtiments, de terrasses et de salles dont la description, si je la tentais, grossirait beaucoup mon ouvrage.

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