‹ L'art arabeChapitre 37 sur 161 · LIVRE III. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE I

« Il y avait douze pavillons de forme carrée. Quand on entrait dans un, on le trouvait plus beau que celui qu’on venait de quitter. Chacun d’eux avait une superficie de cent ârech carrés, à l’exception d’un seul qui n’en avait que soixante. Dans ce dernier était dressé un trône occupant toute la largeur de la salle. Il avait quatre gue% de haut et autant de large. Trois de ses faces étaient en or et représentaient des scènes de chasse, des cavaliers faisant courir des chevaux, et d’autres sujets. Au milieu d’eux se détachaient des inscriptions tracées en très beaux caractères. Les tapis et les tentures de cette salle étaient en satin et en bougalemoun (étoffe à reflets changeants) tissés expressément sur la mesure de la place où ils devaient être posés. Une balustrade en treillage d’or entourait le trône, dont la beauté dépassait toute description. Ce trône était si merveilleux, qu’un volume tout entier ne suffirait pas à en décrire tous les détails... »

Le désir du khalife s’était accompli, le luxe de Baghdad était surpassé.

Rien n’est resté de ce palais, et tout au plus peut-on en retrouver la place. Certains pans de mur, certaines salles existent encore, perdus au milieu de masures sordides adossées à leurs pieds. Il est regrettable que jamais archéologue n’ait entrepris de rechercher tout au moins le plan de ce groupe d’édifices et qu’aucun travail sérieux ne lui ait été consacré.

Le temple de la ville nouvelle rivalisait de grandeur et d’opulence avec le palais. Ce temple, c’est Gama-el~A\har , — la mosquée fleurie, — nommé ainsi par allusion au surnom de Zarah. — fleur, — donné

à Fatimeh, la fille du Prophète, dontEl-Moëzz se prétendait le descendant.

Ses dispositions générales sont encore celles de la mosquée primitive. Mais, moins scrupuleux que Touloûn, Djauhar n’hésita pas à dépouiller les églises coptes au profit de son monument. Trois cent quatrevingts colonnes de marbre, de granit et de porphyre, arrachées à leurs nefs, vinrent prendre rang dans son sanctuaire et ses liwans. Cette spoliation ne contribuait pas peu à donner à l’architecture d’El-Azhar un caractère marqué d’élancement qui, dans la mosquée de Touloûn, n’est qu’à l’état embryonnaire; car, en même temps que le support se faisait plus frêle, l’arc devenait plus aigu et les baies percées dans l’axe des colonnes dépassaient la hauteur des tympans, pour monter jusqu’au faîte que crénelait une rangée de merlons à cinq ressauts.

Ce style allait être celui de toute l’architecture fatimite. En 386 (996), El-Hakim-b-amr-Illah, petit-fils d’El-Moëzz, arrive au trône et jette au nord du palais les fondations de Gama-n-Noureh — la mosquée lumineuse. Comme El-Azhar, elle a pour plan le plan de la mosquée d’Amrou et de Touloûn, et se rapproche de celle-ci d’une manière frappante. Comme elle, elle a ses portiques et son sanctuaire divisés en arcades ogivales soutenues par des pieds-droits; mais l’arc s’est fait svelte et la frise s’est évidée comme une guipure (fig. 19). Puis, successivement, la mosquée El-Ahmar (495 — ii5o), la mosquée de l’émir Thélaï-abou-Rézik (535 — 1160) et la mosquée khalifale de Ghous en haute Egypte reprennent la donnée de

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