‹ L'art arabeChapitre 41 sur 161 · LIVRE III. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE I

limite : « El-Hakim, dit Makrîsi, se rendait chaque nuit dans le désert du Mokattam (plateau rocheux de la chaîne arabique qui domine le Caire), prétendant y avoir des entretiens avec Allah. Il s’affilia à une secte religieuse nouvelle, s’en fit le chef, entreprit de réformer l’Islam, et finalement voulut se faire rendre le culte divin. »

C’est une bien curieuse figure à évoquer que celle du khalife-prophète : Oriental, il a toutes les intempérances de volonté propres aux Orientaux et leur rêverie mélancolique ; mais sur ce fond de tempérament venaient se greffer les passions de l’Occidental. Certains historiens l’ont dit fou; il a plutôt été un sensitif déséquilibré, un sensitif avant l’heure, un sensitif qui pouvait trop aller jusqu’au bout de ses caprices, mais à coup sûr un artiste, qui, comme Néron, auquel il ressemble par plus d’un trait, faisait mettre le feu aux quatre coins de sa capitale pour se délecter du spectacle de l’incendie, accoudé au belvédère de son palais, d’où le regard s’étendait jusqu’au Nil et avoir le plaisir de la rebâtir à son gré.

De son règne datent une foule de monuments dont il ne reste rien ou tout au plus d’informes .ruines. La plupart peuplaient le désert où chaque nuit il croyait entendre la voix d’Allah. Là, se voyaient alors la mosquée du Fanal et la mosquée de l’Observatoire. Sur la tour de l’une brillait un feu soigneusement entretenu ; sur celle de l’autre se tenaient les astronomes du khalife, et, à côté de ces mosquées perdues dans le sable, nombre de chapelles funéraires étaient venues se ranger. Ce sont elles qui les premières se couvrirent

de voûtes. Les auteurs que j’ai consultés sur ce point sont confus dans leurs récits : seul le fait est certain. Autant qu’il est possible d’en juger, l’édifice comprenait une petite nef et une salle carrée où se trouvait la tombe; celle-ci, surmontée d’une coupole, celle-là d’un berceau ogival. Sous le règne de Mostanser-b-Illah, une mosquée qui subsiste encore sur la lisière du plateau du Mokattam, Gama-el- Guéïouchî1 est déjà entièrement bâtie dans ce style. Un vestibule précède une profonde nef voûtée, et sur la droite de celle-ci une salle carrée s’ouvre, nimbée d’un dôme appuyé à quatre trompes coniques identiques à celles des monuments coptes du Fayoum ou d’Assouan. Ainsi constituée, cette architecture s’affermit : toutes les tombes des princes et des émirs marquent autant de progrès réalisés à travers lesquels se lit toujours la recherche de l’élancement. La coupole, d’abord à peine ovoïde, de même que la coupole copte s’allonge ; engendrée primitivement par une courbe elliptique, elle l’est bientôt par un arc brisé aigu. A en juger par les conséquences qu’eut cette évolution, elle fut dictée par un sentiment de mélancolie profonde : elle apparaît comme une conception de « la délectation morose » où s’abîma El- Hakim. Car si la coupole fut adoptée par l’art arabe, ce ne fut que pour servir de dais à la tombe. Elle devint rapidement l’un des éléments constructifs de la chapelle funéraire, plus tard, sous les sultans de la mosquée sépulcrale; mais encore ne repose-t-elle jamais

1. Voir, dans le Bulletin de Vinstitut du Caire, la remarquable étude consacrée à cette mosquée par M. Max van Berchem.

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