LIVRE III. — CHAPITRE I
envahit tout le monument : les lignes simples dont l’œil embrasse l’étendue par un réseau continu dans lequel s’emboîte une arabesque. Les inflexions de celle-ci se sont faites capricieuses; elles se sont agrémentées de mille accessoires. Dans l’ensemble, elle n’est plus qu’un léger rideau de fleurs tendu dans les mailles d’une dentelle immense, ou comme une végétation
Fig. 27.
entrevue à travers un grillage épais. Mais en réalisant ainsi le problème de rendre le lointain sans arrièreplan et sans perspective, l’Arabe arrive en même temps à dire la béatitude de ses extases, sa méditation errante sur tous les chemins où le mènent les hasards de ses contemplations. Par le groupement polygonal, chaque ligne se poursuit à travers le dédale d’autres lignes qui s’entre-croisent; des axes se prolongent, refendant d’un bout à l’autre la composition. Le regard s’arrête-t-il sur une partie du décor, soudain surgit de l’ensemble une forme restée jusque-là invisible; va-t-il plus loin, l’image aussitôt change et s’efface; puis une autre se
dessine plus fantastique encore. La continuité agrandit les surfaces, et comme un défilé d’ombres errantes, vingt visions passent et repassent pour s’évanouir à l’instant et reparaître aussitôt. Arabesques, épigraphie, tout contribue à exalter cette impression mystique. Les frises d’El-Hakim (fig. 27) ont les lettres de leurs inscriptions prises dans les replis d’une plante ordonnée, et c’est une ordonnance aussi que les ondulations d’une frise sur bois de même époque (fig. 28), où deux
Fig. 28. — MOSQ.UÉE d’el-azhar.
tiges semblables s’unissent et oü leurs fleurs s’épanouissent en détails incréés.
Maître de son art, le polygoniste multiplie ses assemblages ; tantôt il en allie les figures par chaînes simples, tantôt il les entrecoupe de manière que, sur leurs côtés rabattus, s’insèrent des motifs communs. Puis, du champ de ses polygones disparaît complètement l’arabesque; et, pour mieux marquer la trame de sa composition, il la grave au moyen d’une simple ligne creusée à même le bois. Divers lambris d’El-Azhar sont décorés dans ce style ; c’est un assemblage de dodécagones. Le motif central étoilé donne l’entrelacs des mailles et la rosace que complète le prolongement de ses côtés.