LIVRE III. — CHAPITRE I
« Un jardin dont le sol était d’argent ciselé et doré, et la terre d’ambre jaune. On y voyait des arbres d’argent d’où pendaient des fruits de pierreries.
K Une cange grandeur naturelle avec son pavillon et ses tapis; elle avait été fabriquée, l’an 486 ( 1 025), sur les ordres du vizir Ahmed-el-Djardjaraî. On avait employé 167,700 derhems d’argent et payé aux orfèvres, pour la main-d’œuvre, 2,900 dynars (43,5oo francs).
« La cange d’argent, ainsi nommée à cause des ornements qui brillaient tout autour d’elle.
« Trente-six autres canges qui servaient aux promenades que le khalife faisait sur le Nil.
« Plusieurs coffres contenant un grand nombre de vases de la forme de ceux où l’on met la bière encore aujourd’hui en Orient, tous du cristal le plus pur, uni ou ciselé.
« Deux coffres remplis de vases précieux de différentes matières.
« Un bassin et une aiguière en cristal ; un carafon et un bocal de cristal d’une transparence parfaite et d’un travail merveilleux, sur chacun desquels était gravé le nom d’Azîz-b-lllah : dix-huit mille vases de cristal dont quelques-uns valaient jusqu’à 1,000 dynars (i5,ooo francs.).
« Trente-six mille autres pièces de cristal parmi lesquelles une boîte ornée de figures en relief du poids de dix-sept roks.
« Parmi une foule de tapis de soie tissus d’or de toutes grandeurs et de toutes nuances, on en distinguait près de mille qui représentaient la suite des différentes dynasties avec les portraits des rois et des
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hommes célèbres. Au-dessus de chaque figure étaient écrits les noms des personnages et le temps qu’ils avaient vécu.
« Un émir eut en partage une large pièce d’étoffe de soie de Coster; le fond était bleu nuancé des couleurs les plus vives et tissu d’or : elle avait été faite l’an 353 (964) par ordre d’El-Moëzz et représentait les différents pays de la terre, ses montagnes, ses mers, ses fleuves, ses villes, ses chemins comme une carte géographique. La Mekke et Médine étaient parfaitement reconnaissables. Au-dessus de chaque province, de chaque ville, de chaque mer, de chaque montagne, se trouvait le nom brodé d’or, d’argent ou de soie. Elle avait coûté 22,000 dynars (33o,ooo francs).
« LTn autre émir eut, entre autres objets précieux, une tente de satin rouge tissu d’or qui avait été faite pour le khalife Motaouakkel et qui était d’une valeur inestimable.
« Le palais renfermait un nombre prodigieux d’armes de toute espèce. La fameuse épée Dhoul-Fikar tomba en partage à l’un des généraux; un autre eut pour sa part l’épée d’Amrou ; celle d’Abd-Allah, celles de Djafîr, d’El-Moëzz et du père du khalife; il y avait une infinité de coffres remplis de poignards dont les manches étaient garnis de pierres précieuses.
« Parmi les armures qui devinrent la proie des factieux , on distinguait la cuirasse d’El-Moëzz estimée 1,000 dynars (i5,ooo francs); l’épée de Hossein fils de Ali, le bouclier de Hamzah; des casques, des cuirasses, des caparaçons enrichis d’or et d’argent; tous ces objets réunis formaient un total de 200,000 pièces d’armes.