‹ L'art arabeChapitre 53 sur 161 · LIVRE III — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III — CHAPITRE I

« Le magasin des étendards renfermait des richesses inestimables. Depuis la fondation du palais, c’està-dire depuis plus de cent ans, on avait employé chaque année, pour former cette riche collection, une somme de 80,000 dynars (1,200,000 francs, soit au total 120 millions de francs). Tout cela fut réduit en cendres par suite de l’imprudence d’un domestique.

« Parmi les objets enlevés au palais de Mostanser, on comptait encore un nombre prodigieux de tentes, de pavillons, de châteaux formés d’étoffes d’or de Dabik, de Behneseh, de velours de satin de Damas, et de soies de toutes espèces et de toutes couleurs. Les uns étaient unis, d’autres étaient couverts des plus belles peintures et représentaient des figures d’hommes, d’éléphants, de lions, de chevaux, d’animaux et d’oiseaux de toute espèce ; l’intérieur était revêtu de velours, de satins brochés d’or et de soie de Coster.

« Chaque tente était accompagnée de ses meubles et ustensiles. O11 y voyait des colonnes d’argent, des tapis dorés, des vases d’or et des cordes recouvertes de soie. Quelques-unes de ces tentes étaient si vastes qu’il fallait vingt chameaux pour les porter.

« On y distinguait une tente appelée la Grande-Rotonde soutenue par une seule colonne de soixante-cinq coudées de haut; la tente avait cinq cents coudées de circonférence et était formée de soixante-quatre pièces d’étoffe qui s’attachaient les unes aux autres par des agrafes d’or. Il fallait cent chameaux pour porter les diverses parties de cet édifice. Toutes les parois de la tente étaient couvertes de figures d’animaux et de peintures d’une grande beauté. Elles avaient été exécutées

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sous les ordres du vizir Yazoury à l’époque où il était vizir d’Égypte. Cent cinquante ouvriers y avaient travaillé pendant neuf années consécutives, et cette seule dépense s’était élevée à 3,ooo dynars (45,000 francs).

« Venait ensuite un pavillon fabriqué à Tennis pour le khalife Daher. Le tissu était d’or pur. Ce pavillon était soutenu par six colonnes d’argent, et l’on y voyait plusieurs bassins de cristal ; il avait coûté 14,000 dynars (1 10,000 francs).

« On distinguait aussi une grande tente fabriquée à Alep, vers l’an 440(1049), pour laquelleon avait dépensé 3o,ooo dynars (450,000 francs); il fallait soixante-dix chameaux pour la porter avec ses accessoires ; elle renfermait un bassin d’argent du poids de deux kantars , s^ns compter les tuyaux qui étaient du même métal. Elle ressemblait à la tente qu’avait fait construire le khalife Azîz-b-Illah et qu’on nommait la Tueuse — Katoul — parce qu’on ne la dressait jamais sans qu’il pérît un ou deux hommes parmi les gens chargés de la dresser. »

Il me faut couper court à cette citation déjà trop longue, d’autant plus que j’aurai occasion d’y revenir et que le fragment que j’en viens de traduire suffit à montrer de quelle auréole d’or l’artiste aimait à ceindre son œuvre. C’était un enchantement, où la perfection de l’exécution le disputait au scintillement du métal et au chatoiement des couleurs, mais un enchantement qui, évanoui, n’a laissé derrière lui que des murs nus et des châssis vides où, par un effort d’imagination, nous sommes obligés de l’évoquer.

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