LIVRE IV. — CHAPITRE I
à une immense dentelle (fig. 35), où seraient brodés en caractères titanesques les versets du Koran. Chaque lettre est enveloppée dans la volute d’un rinceau de délicieuses arabesques or, azur, vertes, rouges, blanches et jaune pâle, et dans le mur de fond deux grandes portes s’ouvrent, ciselées et damasquinées, pour donner accès au tombeau du sultan.
Tel est, dans ses grandes lignes, l’ensemble de cette mosquée qui, plus qu’El-Azhar, mériterait le nom de « mosquée splendide». Je n’ai pu entrer dans assez de détails pour qu’il soit possible, d’aprèscette description, de se faire une idée de sa magnificence.
Encore aujourd’hui, quoique fort déchue, elle est de tous les monuments arabes celui qui laisse la plus forte empreinte sur l’esprit et qui s’impose à l’histoire de l’art comme le modèle parfait en qui vécut le sentiment d’une race. Elle s’est imposée d’ailleurs à la pensée de ses contemporains, de même qu’elle s’impose à la nôtre. Les artistes de l’école arabe du xive siècle l’ont tous imitée, ceux du xve l’ont prise pour thème, sans toutefois se
ravaler à la copier servilement, ainsi qu’avaient fait les architectes de Touloûn et d’El-Moëzz, qui, tous, ne nous ont laissé que des copies de copies de la mosquée d’Amrou. Un tassement moral s’est fait, qui permet
Fig. 35. MOSQUÉE DU SULTAN HASSAN.
aux artistes de ne suivre que leur propre impulsion et de n’écouter que leurs tendances; et si un air de proche parenté unit leurs œuvres, c’est qu’une communauté de pensées à travers elle se fait jour. Tout leur effort se reporte alors vers l’emploi des voûtes, et c’est dans leurs combinaisons et dans l’encorbellement en stalactites qu’ils cherchent des effets nouveaux. Désormais, le