III. — LA TECHNIQUE CONSTRUCTIVE
Cette rénovation avait eu pour contre-coup d’amener l’architecte de la mosquée à s’adonner tout spécialement à la technique de son art. Ce n’étaient plus seulement des impressions qu’il s’agissait de faire naître , l’architectonie entrée en jeu réclamait impérieusement son attention.
La pierre avait insensiblement remplacé la brique; la voûte, la terrasse; l’encorbellement en stalactites, la console. Autant de difficultés en étaient nées. Ce fut encore par la géométrie qu’il entreprit de les tourner.
Pourtant, si l’on en croit Abd-el-Latif et sa Relation d’Egypte : l’architecte était peu habitué à dresser à l’avance ce que nous nommons le projet d’un édifice. « Quand, dit-il, on veut bâtir un palais, un hôtel ou un monument quelconque, on fait venir un architecte. Il se rend sur le terrain, le divise dans son esprit et dispose toutes les parties du plan suivant la nature de l’édifice qu’on lui demande; après quoi, il entreprend successivement les diverses parties et les termine l’une après l’autre, en sorte qu’on peut faire usage de chacune d’elles et l’habiter à mesure qu’elle est finie, sans
attendre que tout soit terminé. Une partie achevée, il en entreprend une autre et ainsi de suite, jusqu’à ce que le monument se trouve fini en entier par la réunion de toutes les parties, sans qu’il y ait aucun défaut
d’ensemble, aucun vide ni omission auxquels il faille remédier après coup. »
Un peu plus loin, l’auteur cite ce fait caractéristique : « L’architecte trace sur le sol à l’aide d’un sac de plâtre l’enceinte et les grandes divisions en se conformant au désir du fondateur, puis on se met à l’ouvrage. »
La science des formes constructives arabes semble donner un démenti absolu à Fis- s6- cette relation et prou-
ver que si jamais architecte fit des études préliminaires et dessina avec soin tous les profils de son édifice, ce fut assurément celui des sultans.
J’ai cherché à établir pour quelles causes morales l’art de l’Islam avait adopté l’arc en ogive; mais, si cet arc ne diffère en rien de celui des monuments gothiques
(Musée arabe du Caire.)
quant à la courbe, sa technique en fait un type à part. Un claveau passe par son sommet formant clef, ainsi que dans Parc en plein cintre, alors qu’en Occident le sommet de l’ogive est le point de séparation des deux arcs brisés.
Ce détail peut paraître à première vue de piètre importance. Cependant il prouve que les croisés n’ont pas pris cette arcature à l’Orient, ainsi qu’on a cherché à l’établir; en outre, cette disposition s’est prêtée à tout un système d’appareillage dans lequel les Arabes ont excellé.
Accoutumés à la cohésion parfaite de la brique qui, des édifices antiques, avait fait des blocs compacts et comme moulés d’un jet, iis avaient de suite songé à augmenter par tous les moyens possibles l’adhérence des murailles, et même à y suppléer, là où la pierre ne se soutient que par la coupe et tend à se désagréger. Aussi, les voit-on de bonne heure tourmenter le plus possible la taille des claveaux des plates-bandes ou des voussoirs des arcades; ils les réunissent par des joints à crossettes et à timons dentelés et ondulés de mille manières capricieuses (fig. 55). Au lieu de les parer selon des faces planes et inclinées, ils les dressent en zigzags mêlés de portions cylindriques dont la génératrice est horizontale, de manière que le profil reste toujours perpendiculaire et présente une suite de découpures en sens opposés. Ce moyen a l’avantage d’éviter l’emploi des claveaux en tas de charge. De la sorte, les plates-bandes et les archivoltes portent directement sur les pieds-droits sans exercer de poussées au vide; et les pierres emboîtées ne forment qu’une masse