‹ L'art au théâtre (volume 2)Chapitre 1 sur 20 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Du temps que j'étais écolier, cancre invétéré de rhétorique en ce petit collée de Meaux que déjà le poète Jacques Madeleine émerveillait de ses sonnets, si on était venu me dire qu'un jour je présenterais au public un livre de Catulle Mendôs, j'eusse haussé les épaules et répondu « Vous me faites rire », sans l'ombre d'une hésitation. Je devais pourtant connaître cet honneur. C'est à l'humble auteur de Lîdoîre, que l'auteur de Panteleia, des Mères ennemies^ et et de tant d'autres chefs-d'œuvre absolus en leur perfection, a daigné confier la préface du très beau livre que voici, et si je m'étonne modérément, à ce témoignage nouveau d'une amitié capable de tout, je sens défaillir au fond de moi, de stupéfaction et d'orgueil, le rhétoricien de jadis.

J'allais écrire «de naguère », Dieu me pardonne I... tant il est vrai que notre àpreté à la vie nous cramponne aux passés défunts, garde en nous le souvenir éternellement frais de nos pauvres et chères jeunesses. Pour moi, je crois parler d'hier quand j'évoque la salle d'étude, ses hautes croisées découpées en petites vitres sur les pesants ciels noirs de neige, ses murs nus où l'humidité bleuit en plaques de lèpre, et leurs soubassements chocolat qu'ont écorchés les coll^iens du bout ferré de leurs galoches. Des lampes à gaz pendent du plafond, coiffées de chapeaux plats et cirés comme les femmes des gardes-barrières, et dans le recueillement du travail, où le poêle ronfle sous sa cloche, je me vois, le coude au Quicherat qui

Page 1