‹ L'art au théâtre;Chapitre 27 sur 69 · PARIS QUAND-MÊME · texte numérisé non relu

PARIS QUAND-MÊME

Comédie-Bouffe en trois actes.

Théâtre Cluny (30 mars)

Grospotard. A la bonne heure. Les auteurs ne nous prennent pas en traître. Du moment qu'un personnage s'appelle Grospotard, on sait tout de suite à quoi s'en tenir, et tout est pour le mieux pourvu qu'on puisse rire. Le peut-on? ma foi oui. Bigorret, jeune Limousin que Bigorret père et mère envoient à . Paris pour épouser Mlle Grospotard, fille de M. et Mme Grospotard, veut bien aller à Paris, mais ne veut pas du tout se

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marier. 11 prête son nom de Bigorrot à son ami Ravignac qui, en compagnie de Dardinois, musicien habillé en domestique pour l'amour de Mlle Grospotard, sera reçu par Grospotard père et mère, tandis que le vrai Bigorret, faux Ravignac, vivra la joyeuse vie parisienne. Joyeuse vie, en effet. Cru Ravignac, il est calotte par un ami irascible, obligé de payer trois termes, et houspillé de la belle façon par deux espèces de lutteurs forains, l'un grec, l'autre anglais, ainsi que semble l'indiquer leur accent. Mais aucune mésaventure ne le déconcerta ! Tout ça, c'est pour rire, c'est la vie de Pg^is! plus on le bafoue, plus il s'amuse. Drôlerie assez neuve, me semblet-il, et dont on s'est franchement amusé, avec raison. Vous devinez la suite et la fin. Tous les parents de tous les jeunes hommes arrivent de LimogQs. Quiproquos, ahurissements. Mlle Grospotard ne veut ni de M. Ravignac, qui passe pour Bigorret, ni de Bigorret, qui passe pour Ravignac, mais elle a deviné — ô jeu de l'amour et du hasard ! — un noble cœur sous la livrée du larbin Dardinois; et voici que sur le carré, en pleine nuit, descendent tous. les personnages, un bougeoir à la main ; et de toutes ces bougies on fera des cieri2:es pour le mariage du tendre musicien et de la petite bourgeoise amoureuse. Je crois que cette pièce aurait eu un très grand succès si le dernier acte avait été aussi drôle que les deux premiers ; toujours terrible, le troisième acte des vaudevilles, soit que les auteurs, lassés, n'y aient pu mettre de quoi nous faire rire, soit que nous-mêmes noua n!ayons plus envie de rire, à cause du remords de la vile gaieté. Et la troupe de Cluny — Veret, drôle, AUard, farce, Lureau,

burlesque, Muffat, bouffon, Rouvière, joyeux, Hamilton, fin, Mme Guinet, duègne, Mlle Norcy, jeune — a triomphé, comme d'ordinaire. Il faut louer à part, si gracieuse, encore qu'un peu maladroite, gï-acieuse à cause peut-être de cette maladresse même, Mlle Filliaux, qui chante avec une si jolie menue voix juste, et Mlle Bouffé, toute délurée, et vive, et hardie, mignonne et petite à tenir dana la main ; et, dès qu'on l'y tiendrait, on n'aurait garde de la lâcher.

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