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ARSEIH^tUSE, par Rude Cliché Girniidon]
les rejoindre ; car tout ce qui possède quelque vigueur doit marcher au combat. Un autre vieillard accablé d'années suit de ses vœux les soldats, et le geste de sa main semble répéter les conseils que leur donna son expérience.
Quatrième phase. Un archer ploie son dos musculeux pour bander son arme. Un clairon jette aux troupes une sonnerie frénétique. Le vent fait claquer les étendards ; les lances toutes ensemble se couchent en avant. Le signal est donné et déjà la lutte commence.
Ainsi, là encore, c'est une véritable composition dramatique qui vient d'être jouée devant nous. Mais tandis que VEmbûrtjLiement pour Cythère évoquait les délicates comédies de Marivaux, la Marseillaise est une large tragédie cornélienne. Je ne sais d'ailleurs laquelle des deux œuvres je préfère : car il V a autant de génie 'dans l'une que dans l'autre.
Et me regardant avec une nuance de défi malicieux :
— Vous ne direz plus, je pense, que la sculpture et la peinture sont incapables de rivaliser avec le théâtre ?
— Assurément non !
A ce moment j'aperçus dans le carton, ou il reclassait la reproduction de la Marseillaise, une photographie de ses admirables Bourgeois de Calais.
— Pour vous prouver, repris-je, que j'ai profité de votre enseignement, laissez-moi en faire l'application à Pune de vos plus belles œuvres : car les principes que vous venez de me révéler, je vois bien que vous-même les avez mis en pratique.
Dans vos Bourgeois de Calais que voici, Von reconnaît une succession scénique toute semblable à celle que vous avez notée dans les chefs-d'œuvre de Watt eau et de Rude.
Celui de vos personnages qui occupe la place du milieu attire d'abord les regards. C'est, à n'en pas douter, Eustache de Saint-Pierre. Il incline sa tête grave aux longs cheveux vénérables. Il n'a nulle hésitation, nulle crainte. Il avance posément, les yeux tournés en dedans, sur son âme. S'il vacille un peu, c'est à cause des privations qu'il a endurées pendant un long siège. C'est lui qui inspire les autres: c'est lui qui s'est offert le premier pour faire partie des six notables dont la mort, selon la condition du vainqueur, doit sauver leurs concitoyens du massacre.
EUSTACHE DE SAINT-PIERRE, par A. Rodin [Cliché Bullo^).
UN DES BOURGEOIS DE CALAlS,par A. Rodin (Cliché Bultos^).
t'A' DES BOURGEOIS DE CALAIS, par A. Rodin (Cliché Bullo^).
UN DES BOURGEOIS DE CALAIS, par A. Rodin {Cliché Bullo^).
UN DES BOURGEOIS DE CALAIS, par A . Rodin {Cliché Bullo^).
Le bourgeois qui est à côté de lui n'est pas moins vaillant. Mais s'il ne se lamente pas sur lui-même, la capitulation de sa cite lui cause une affreuse douleur. Tenant en main la clé qu'il va remettre aux Anglais, il raidit tout son corps pour trouver la force de supporter rhumiliation inévitable.
Sur le même plan qu'eux, à gauche, l'on voit un homme qui est moins courageux; car il marche presque trop vite et l'on dirait qu'ayant pris sa résolution, il cherche à abréger le plus possible le temps qui le sépare du supplice.
Et par derrière ceux-ci vient un bourgeois qui, serrant son crâne dans ses deux mains, s'abandonne à un violent désespoir. Peut-être songe-t-il à sa femme, à ses enfants, à ceux qui lui sont chers, a ceux qu'il va laisser sans appui dans l'existence.
Un cinquième notable passe sa main devant ses yeux comme pour dissiper un cauchemar effrayant. Et il trébuche, tant la mort l'épouvante.
Enfin voici un sixième bourgeois plus jeune que les autres. Il paraît encore indécis. Un souci terrible contracte son visage. Est-ce l'image de son amante qui occupe sa pensée f'... Mais ses compagnons marchent : il les rejoint et il allonge le cou comme pour le tendre à la hache du Sort.
D\ùUaivs, bien que ces trois Calaisicns soient moifis braves que les trois premiers, ils ne méritent pas moins cf admiration. Car leur dévouement est d'autant plus méritoire quil leur coûte davantage.
Ainsi, à travers toute la série de vos Bourgeois, Ion suit Faction plus ou moins prompte que l'autorité et r exemple d'Eustache de Saint-Pierre exercent sur eux selon la trempe de leur âme. On les voit qui, gagnés de proche en proche par son influence^ se décident successivement à marcher.
Et cest là, sans conteste, la meilleure confirmation de }'os idées sur la l'aleur scénique de Fart.
— Si votre bienveillance pour mon œuvre n'était excessive, je conviendrais, mon cher Gsell, que vous avez parfaitement discerné mes intentions.
Vous avez surtout très bien remarqué l'échelonnement de mes Bourgeois d'après leur degré d'héroïsme.' Pour accuser plus encore cet effet, je voulais, vous le savez sans doute, faire sceller mes statues, les unes derrière les autres devant THôtel de Ville de Calais, à même les dalles de la place, comme un vivant chapelet de souffrance et de sacrifice.
Mes personnages auraient ainsi paru se diriger de la Maison municipale vers le camp d'Edouard III; et les Calaisiens d'aujourd'hui qui les auraient
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