Frise de Bouddhas et Assistants (Musée de Lahore
Art G réco- Bouddhique [Inde).
Atlante (Musée de Calcutta).
Cl. Foucher.
du Mahayana, ont décuplé le Bouddha dans les trois directions du temps. Çakya-Mouni n'est qu'une personnalité transitoire, entre les Bouddhas passés et le Bouddha futur, le Bouddha glorieux, l'inspiré du parfait amour, iMaitreiya. Et tous les Bouddhas ne sont eux-mêmes que l'émanation, l'incarnation terrestre des Dhyani-Bouddhas, ou Bouddhas de contemplation, absorbés dans l'éternité. Vairochana, le premier d'entre eux, est l'être universel, impersonnel, en qui se résout, se confond et trouve sa fin toute la fantasmagorie des mondes. C'est à Vairochana, sous le nom de Daï-nitsi, qu'au Japon les sectes Singon et Tendaï vouèrent principalement leur cuite. Amitabha, en Japonais Amida, personnifie la charité. Il règne sur le paradis funéraire de Touest, il est le Dhyani-Bouddha d'Avalokiteçvara, l'océan de miséricorde, le dieu sauveur, le plus fameux de tous les Bodhisattvas célestes. Car, de même qu'à côté des Bouddhas terrestres il faut placer les aspirants à la Bodhi, les Bodhisattvas, de même les Dhyani-Bodhisattvas, ou Bodhisattvas de contemplation, jouent un rôle d'intermédiaires entre le monde et les Dhyani-Bouddhas. Ces derniers sont en dehors de l'espace et du temps. Insensibles, inactifs, impassibles, ils ne créent ni ne modifient. Les Dhyani-Bodhisattvas, leurs agents, se présentent comme les véritables « dieux » du Mahayana, dieux de sagesse, d'intelligence et de pitié. Avalokiteçvara est représenté fréquemment portant l'image d'Amitabha incrustée dans sa coiffure en mitre. Il tient de la
main gauche (ou laisse passer sous son bras) la lige d'un lotus rose et, quand il a plus de deux mains, le rosaire, le livre et le flacon. En Chine, sous le nom de Kwan-yin, il prend parfois une forme féminine : il est alors la « donneuse d'enfants », et ses images le représentent assis sur une sorte de cathèdre, tenant un petit sur ses genoux, dans l'attitude de nos Vierges de Majesté du xif siècle. Les Japonais l'appellent Kwannon, et son rôle dans la mystique et dans Fart est très important. Tl faudrait citer encore bien des personnages divins, — Manjuçri, dieu de la science et de la sagesse, peut-être d'origine chinoise, représenté assis sur un lion et tenant la fleur du lotus bleu ; Vajrapani, dieu de la foudre, et dont la foudre [vajra) est l'emblème ; les divinités féminines, Tara, tantôt bienfaisante, tantôt terrible, sœur d'Avalokiteçvara ; enfin, à côté des dieux mômes et s'accouplant à eux (surtout au Thibet et en Chine), leur principe féminin, leur caktL
Les Bodhisattvas ou, si Ton veut, les saints par excellence sont très nombreux. Hommes ou femmes, ils vécurent sur la terre, où brillèrent leur savoir et leurs vertus. Ils confinent à la suprême sagesse, sans la posséder pleinement. L'église du nord range dans leur nombre ses grands docteurs : Nagarjuna, son fondateur, qui, au temps même où l'école gandharienne produisait ses chefs-d'œuvre, essaya de concilier les sectes et de systématiser la doctrine, Nagarjuna, que Grunwedel appelle le Faust bouddhique et dont la vie
légendaire est une extraordinaire merveille ; ses disciples Aryadeva, Asanga, propagateur du Tantrisme magique (le maître qui s'est libéré de l'illusion est capable de produire l'illusion par des charmes), enfin Vasubandhu, qui, d'abord adepte de THyuayana, se convertit à la doctrine du nord.
Viennent ensuite les arhats^ dont les dix-huit premiers sont les grands apôtres du Bouddhisme : leur chef est Ananda, disciple bien-aimé de Çakya-Mouni, et, parmi eux, il faut faire une place à part à Ho-chang, le Bonze au sac de chanvre, le seul arhat proprement chinois et le seul aussi qui, par ses mérites, ait gagné le rang de Bodhisattva : au Japon, c'est le bon Ho-teï, en Occident, c'est le poussah^ contraction chinoise de Bodhisattva (Pou-taï). Suivent les saints patriarches, les saints ermites, les saints pèlerins : le grand Bodhi- Dharma, après avoir évangélisé la Chine, regagne sa patrie et traverse les mers, porté par un roseau. A côté de ces hommes divins se tiennent les bêtes divines : les gazelles du bois Tsipadana, attentives à la prédication du Sage, l'éléphant qui le menait aux plaisirs de sa jeunesse, les nagas qui lui firent hommage, les lions qui veillent sur ses méditations. Le lotus s'épanouit, fleur divine, au-dessus de la boue et des eaux, comme le Maître s'est épanoui au-dessus du monde. Divin est le figuier qui l'ombragea ; divin le santal des statuettes et des chapelets. Les pierres dans lesquelles sont taillées les très anciennes statues du Bouddha ont gagné le rang de Boddhisattva. Chaque génération enrichit
ce paradis étrange. Chaque folk-lore a fait entrer de biais dans la religion bouddhique ses génies protecteurs et ses divinités populaires.
Ainsi le Bouddha se trouve multiplié selon les divers plans du monde et de l'activité spirituelle. Ainsi les exigences des dévotions locales lui annexent un polythéisme touffu, sur lequel il répand d'ailleurs la monotonie de ses formules iconographiques et l'unité de ses songes. Mais de ces formules mêmes, les élites extrême-orientales, maintenant la pureté de la leçon gréco-indienne, dégagent une plastique puissante. Et, d'autre part, contemplant l'univers et peignant des paysages baignés de ces songes, elles y discernent un infini caché.