‹ L'art bouddhiqueChapitre 24 sur 36 · Okakura, op. cit., p. îS · texte numérisé non relu

Okakura, op. cit., p. îS

Pendant quatre siècles (202 avant Jésus-Christ — 220 après Jésus-Christ), les Han travaillèrent avec une constance, une autorité et une largeur de vues toutes romaines sur les assises d'unité établies par les Tshin. Un fait domine leur histoire : ils rendirent la connaissance du Confucianisme obligatoire aux examens publics et, par là, le désignèrent comme la doctrine officielle. Les Tshin n'avaient pas fondé seulement, ils avaient détruit. Rencontrant de l'opposition chez les lettrés confucéens fidèles aux Tcheou, ils avaient tenté d'extirper à la fois la politique et la doctrine en anéantissant les textes. Les Han, mieux assis et mieux inspirés, firent régner au profit du Confucianisme la paix morale dans l'empire.

Leur art nous est connu par la céramique, les vases de bronze et la sculpture décorative. Les historiens chinois parlent d'une architecture monumentale, de luxueuses parures, de demeures solides, de tours de bois et de briques et surtout du formidable rempart par lequel ces Romains de l'Extrême-Orient isolèrent l'Asie mouvante de la Chine stable. Mais leur action ne fut pas claquemurée à l'intérieur de cette place d'armes. Par leur clientèle de nations nomades, elle s'étendit au loin, etjusqu aux bords du golfe Persique. Dès la seconde moitié du r^ siècle avant l'ère chrétienne , ils furent en rapports avec la Bactriane. Plus tard, ils reçurent une caravane de marchands syriens ou parthes que les annalistes présentent comme une ambassade de Marc-Aurèle. Dans le décor de leur

céramique et dans sa matière même, une poterie vernissée, d'un vert onctueux, relevé de quelques notes jaunes, Fenellosa reconnaît les thèmes et la technique de la Mésopotamie, «... des formes d'animaux ailés, quelques-uns à corps humain, des masques d'oiseaux ou de fauves, et même le Pégase ailé, l'arbre de vie (cette antique forme du décor persan), et surtout cet ornement persistant du motif courant de fleurs et de rosaces \ » Les bronzes révèlent tantôt les mêmes sources d'inspiration, tantôt un style commun à tous les riverains du Pacifique, traité avec une puissante rudesse.

De singuliers panneaux de pierre gravés décorent les chambres funéraires et les piliers qui en désignent l'accès, dans les grottes du Chan-tong (PL XIV). Les plus récents (if siècle après Jésus-Christ) montrent, associés à des scènes historiques ou légendaires, héroïques, patriarcales et pastorales, des monstres qui semblent empruntés à la mythologie taoïste. Révélation intéressante, à une époque où le Confucianisme fait tigure de doctrine d'état. C'est que l'empire est à la veille du démembrement et de l'anarchie et qu'à la faveur de ces désordres, les doctrines du sud prennent une vitalité nouvelle.

Lédifice des Han s'émiette en trois royaumes (12*20i268) , et l'unité politique qui assurait la stabilité du Confucianisme n'existe plus. L'état décentralisé pèse moins lourd sur la pensée. La philosophie individualiste et

Page 1