‹ L'art bouddhiqueChapitre 25 sur 36 · Fenellosa, Lart en Chine et au Japon, Irad. fr., p · texte numérisé non relu

Fenellosa, Lart en Chine et au Japon, Irad. fr., p

naturaliste reprend le dessus. Les sages, par dédain du formalisme bureaucratique et de l'étiquette, apprennent un métier manuel ou se retirent dans les bois pour méditer et pour contempler. Les continuateurs de Lao-tseu fondent toute la vie morale sur la liberté, et, pendant l'époque dite des Trois Royaumes et celle des Six Dynasties (208-618), les poètes laissent chanter avec passion dans leurs œuvres la voix secrète des choses et les harmonies de la nature, « le chrysanthème ployé sous la rosée, la grâce délicate des bambous ondulants, la sérénité des pins verts murmurant au vent leur secrète douleur et le narcisse sacré cachant son âme altière dans les ravins profonds ou cherchant le printemps dans un rayon de soleil )). Depuis 420, les Tartares étaient maîtres des provinces du nord, et les princes de race pure avaient transporté leur cour dans le sud. La vallée du Yang-tseu conservait l'écho des chants de Khyu Yuen. Les paysages qui avaient inspiré les philosophes et les poètes devaient un jour inspirer les peintres : l'invention du papier et du pinceau, ce fait capital dans l'histoire des arts de l'Asie, plus important encore que la chimie des résines et des vernis propagée par les ateliers flamands du xv^ siècle, leur permettait de traduire des émotions plus subtiles, plus ondoyantes et plus suggestives que la terrible gravure linéaire des Han. L'exaltation de la calligraphie n'est pas un sec enthousiasme, une délectation de bureaucrate dilettante. La ligne a un sens, elle est dépositaire de vie, elle peut dégager un

contenu profond. Le maître qui, au v^ siècle, définit l'art (( la vie de l'esprit par le rythme des choses » résume d'avance, dans une formule incomparable, tout le développement ultérieur de la peinture bouddhique. Ainsi le recul du Confucianisme Han, le renouveau de la philosophie laoïste, le déplacement vers le sud du centre d'influence, la découverte de procédés techniques infiniment plus souples que le ciseau du lapicide, la libre expansion du lyrisme naturaliste enfin, tous ces faits, tous ces éléments préparaient la Chine à une transformation. Dès à présent, de l'histoire de l'art chinois primitif on peut dégager deux tendances. L'art de la Chine pré-bouddhique est d'abord caractérisé par une aptitude décorative qui domine exclusivement jusqu'à la fin des Han et qui, en profond accord avec le génie confucéen, travaille sur plusieurs séries de thèmes, — des thèmes occidentaux, surtout mésopotamiens; les vieux motifs chers aux peuples du Pacifique, mis en lumière par Fenellosa, débris d'une plastique totémiste en usage de la Nouvelle-Zélande à l'Alaska, le poisson, le crapaud, la frégate (plus tard schématisée en un souple bandeau d'ornement). D'autre part, une aptitude proprement esthétique se fait jour peu à peu dans le vieil art chinois : elle est d'essence méridionale, elle a été exercée par la philosophie de Lao-lseu et par la lyrique de ses disciples; elle dote d'un sens ésotérique les vieilles figurations totémistes (le Dragon, par exemple, né des nuages et de la mer, symbole du changement éternel) ;

de la technique calligraphique, elle dégage le principe que l'art est une expression dela\ie et une puissance de suggestion. C'est à cet ensemble, déjà si riche, si divers, de formes et d'idées que le Bouddhisme se superposa.

IL — LE BOUDDHISME DANS LE TURKESTAN ORIENTAL. UARl GRÉCO-BOUDDHIQUE SOUS LES WEI DU NORD ET SOUS LES THANG. SON RAYONNEMENT EN CORÉE El AU JAPON.

D'après des récits traditionnels, sans doute très suspects, il aurait été introduit à la cour des Han entre l'an 60 et l'an 70 de notre ère \ En réalité il ne commence à compter qu'à partir du ni*^ siècle". Son cheminement dut être lent, obscur et difficile à travers une société installée sur près de huit siècles de Confucianisme et, si l'on en juge d'après l'opposition sourde ou avouée que les mandarins ne cessèrent de lui montrer par la suite, ses commencements furent hérissés d'obstacles. La question qui se pose pour nous est de savoir si l'art de la religion nouvelle, véhiculant avec elle ses icônes, se rattache dès son origine à l'art gréco-bouddhique du Gandhara, ou bien s'il n'est qu'une branche de l'art indien primitif, traité à la chinoise.

Fenellosa semble adopter cette deuxième hypothèse

1. Un sage chinois, nommé Saian (?), aurait joué à cette époque un rôle important dans la propagation du Bouddhisme. D'un voyage dans rinde, entrepris en 67, il serait revenu avec des images bouddhiques et deux moines, Horan et Matanja. Ce dernier aurait peint à Lo yang, sur les murailles d'un palais qui devint temple un stupa entouré de figures, chars et cavaliers.

2. La traduction de l'Amida-Sutra en chinois date de cette période.

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et, sur ce point, on doit reconnaître que l'exposé de ses belles recherches ne manque pas de confusion. 11 y aurait sans doute quelque chose d'harmonieux dans la succession de deux vagues d'influence répétant en Chine l'évolution de l'art dans l'Inde, — influence perso-indienne d'abord, influence grécobouddhique ensuite. Mais cette hypothèse paraît peu historique. Elle nous mènerait à commencer l'étude de Fart bouddhique par la Chine du sud, pour faire en second lieu de la Chine du nord l'aire d'expansion de l'art gréco-bouddhique postérieur. 11 est incontestable, je Tai montré, que la Chine du sud fut, dès l'origine, un terrain particulièrement favorable au développement de la pensée indienne : son grand sentiment plastique, sa sévérité pleine de poésie devaient marquer d'un accent spécial les œuvres de l'école méridionale. On doit tenir compte aussi de la route maritime qui menait du golfe du Bengale à l'embouchure du Fleuve Bleu par Ceylan, voie naturelle des légations et des missions. Mais les pèlerins nomades s'infiltraient par le Turkestan. C'est le nord-ouest de l'Inde qui sert de charnière, en quelque sorte, entre les civilisations indienne et chinoise. C'est le Bouddhisme du nord-ouest, propagé à travers des éléments ethniques jeunes et vigoureux, qui se répandit avec le plus d'activité, apportant avec lui ses images et son art, ses bannières peintes, âpres de dessin, saturées de couleur, et aussi les types et quelques-unes des pratiques de l'école gandharien ne. Comment en aurait-

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" - Cl. Foucher.

L'Art Gréco-Bouddhique et ta Vieilte École Indienne.

1. La Donation dl^ Jetavana (Collection des Guides, à Mardan).

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