L'art byzantin
L'art byzantin a été tour à tour fort attaqué et fort prôné. Pendant longtemps on ne s'en est guère occupé que pour lui prodiguer des épithètes désobligeantes; le mot même de byzantin, qu'il s'agît de peinture ou de politique, éveillait
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aussitôt des idées fâcheuses. Il était établi qu'on désignait par là un art qui n'avait créé que des types laids et disgracieux et qui, condamné à l'immobilité dès sa naissance, n'avait su ni progresser ni se transformer.
Plus tard, ceux-là même qui ont voulu défendre ce client malheureux, lui ont souvent fait tort par l'excès de leur zèle. Avant qu'on eût encore défini bien clairement ce qu'il fallait entendre par l'art byzantin, ces panégyristes trop actifs prétendaient en reconnaître l'influence à peu près dans tous les pays et sur tous les monuments de l'Occident. Cessant d'être un qualificatif méprisant, le terme de byzantin devenait très vague et surtout très élastique; chacun se croyait le droit de l'employer à sa fantaisie. Aussi l'accolait-on à la moitié des œuvres du moyen âge, et, quant aux autres, on tâchait tout au moins d'y reconnaître l'enseignement des maîtres grecs; on les conquérait ainsi par assimilation et on les déclarait vassales de Byzance.
Ces allures envahissantes provoquèrent des résistances. En France, en Italie, en Allemagne, les historiens de l'art affirmèrent que, même avant le XII* ou le xiir siècle, l'Occident avait eu des écoles indigènes dont il ne fallait point méconnaître l'existence. Cette nouvelle réaction a été vive, parfois excessive. En Italie, on rencontre des savants qui ne veulent plus voir d'influence byzantine nulle part; quelques-uns même, peu familiers avec l'his-
toire et les monuments de l'Orient, attribuent aux Italiens le mérite d'y avoir porté, au iv* siècle, les principes d'art qui s'y développèrent. Dans leurs travaux, souvent fort utiles, il est aisé heureusement de distinguer entre les recherches solides et ces exagérations qui n'ont rien de scientifique.
Un point est digne de remarque : détracteurs et apologistes ont souvent suivi même méthode; avant de parler des rapports de l'art byzantin avec les autres arts, beaucoup ne se donnent point la peine de l'étudier chez lui et dans ses œuvres. C'est à cette tâche que sera consacré ce livre, où les controverses dangereuses tiendront peu de place : on s'y occupera surtout de ce qui s'est passé en Orient. S'il était difficile de laisser de côté l'histoire des influences qui, de là, s'exercèrent en Occident, les faits cités dans les derniers chapitres sont ceux dont le témoignage n'est guère récusable. Peut-être eûtil mieux valu écarter ce mot de byzantin, qui n'est pas exact et dont on a tant abusé, parler plutôt de l'art néo-hellénique ou de l'art grec du moyen âge; mais il m'a paru inutile d'aller contre l'usage, les mots valant surtout par la signification qu'on leur donne.
Pour certaines époques, les monuments qui nous sont parvenus abondent (ivoires, manuscrits à miniatures, émaux, etc.). J'ai dû foire un choix fort restreint et me contenter dans chaque série de quelques exemples. Ceux de mes lecteurs qui connais-
sent toutes les richesses des collections publiques et privées voudront bien considérer que, pour donner une idée générale de l'art byzantin , il fallait avant tout ne point fatiguer l'esprit par de trop longues énumérations.
Si l'art byzantin a souvent fourni un thème aux discussions partiales, pourtant, depuis un demi-siècle, il a été l'objet de travaux de fort grande valeur. Parmi les ouvrages généraux dont j'ai tiré le plus de renseignements, sans toujours en admettre les conclusions, je citerai ceux de Labarte, de Didron, de M. de Vogué, etc., en France; ceux de Schnaase, d'Unger, de Salzenberg, en Allemagne. Quatre années de séjour en Orient et en Italie m'ont en outre permis des recherches personnelles dont j'ai résumé ici les résultats ^
1. Cette nouvelle édition (octobre 1892) tient compte des principaux travaux parus depuis la première édition.