CHAPITRE PREMIER
l'art chrétien primitif en orient.
LA fondation de const antinople et l'art
constantinien.
Au commencement de l'ère chrétienne, dans les pays d'Orient où dominait la civilisation grecque, Tart était depuis longtemps en décadence. Cependant, quand les Romains en avaient fait la conquête, les écoles artistiques y étaient encore nombreuses et célèbres: Rome s'enrichit alors des chefs-d'œuvre qui peuplaient les villes de la Grèce, et parmi les artistes beaucoup prirent le chemin de l'Italie. On s'y disputa leurs ouvrages et ils y formèrent des élèves; dans les arts comme dans les lettres, l'influence de la culture grecque s'exerça sur l'esprit encore grossier du peuple conquérant. De ce mélange d'éléments divers se forma un style nouveau, auquel on a
,o L'ART BYZANTIN.
donné le nom de gréco-romain et qui, pendant plusieurs siècles, couvrit de ses monuments Pimmense étendue de Tempire. En Orient même, le goût des arts était encore vif, et si les artistes n^avaient plus que des conceptions médiocres et un talent secondaire, souvent ils se distinguaient par leurs qualités d^exécution. Malgré les spoliations qui avaient accompagné la conquête romaine, les grandes cités helléniques étaient encore comme de riches musées où les oeuvres nombreuses, mais imparfaites, des siècles récents se mêlaient aux monuments d'un art plus ancien et plus pur.
Ce fut alors, au milieu de ce développement d^une civilisation brillante et facile, qu'apparut le christianisme. Née chez un peuple qui proscrivait les images, la religion nouvelle devait se détourner avec horreur de ces arts qui s"'étaient attachés à reproduire les dieux de rOlympe sous les formes les plus attrayantes et les plus sensuelles. Tel fut le premier sentiment des chrétiens. Saint Paul, préchant le Christ à Athènes, s'indigne à la vue de ces admirables statues qui, de toutes parts, s'offrent à ses regards. Parmi les pères de la primitive Église, les plus éclairés condamnent avec horreur la sculpture et la peinture antiques; ils n'y voient que des instruments de perversion et ne parlent de Phidias luimême qu'avec mépris. Quelques-uns poussèrent si loin la haine de la beauté corporelle qu'ils enseignaient que le Christ avait voulu se montrer aux hommes sous une forme laide et chétive. Cependant l'art triompha de ces condamnations, et peu à peu s'introduisit au sein du christianisme. Les traditions étaient trop fortes : l'imagination populaire, habituée aux images, voulait