FIG. 93. ^- CHAPELLE SEPULCRALE A ANI
Placés ainsi à Textrème frontière du monde chrétien,
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disputés entre des civilisation opposées, ces pays subirent les influences les plus diverses. Cependant les populations qui les habitaient étaient chrétiennes, et, quand elles voulurent construire des éditices sacrés, ce fut du côté de Tempire grec qu'elles tournèrent leurs regards. Les églises de l'Arménie sont byzantines, mais les architectes qui les ont bâties, isolés de Tempire, ne se sont point astreints à une reproduction scrupuleuse des types qui y dominaient. Leur indépendance se manifeste surtout dans Pornementation, et les motifs géométriques qu'ils se plaisent à répéter rappellent bien plutôt le style persan et le style arabe.
On peut suivre, sur des monuments datés, les transformations de l'architecture arménienne. Une première période est représentée par le cloître d'Etschmiadzin, par l'église de Sainte-Ripsime,à Wagarschabad, qui fut construite au vn« siècle, et par d'autres édifices du vni* et du x' siècle à Achpat et à Kharni. A une seconde période, où le style byzantin est plus profondément modifié, appartiennent la cathédrale de Kutais, dans riméreth (bâtie de ioo3 à 1009), celle d'Ani (terminée en loio). A partir de la fin du xi* siècle, la conquête turque, et plus tard l'invasion mongole, arrêtèrent le développement de cette architecture qui, par certains côtés, avait pris une physionomie particulière.
a Cependant, écrit un des savants qui ont le mieux étudié ces édifices, on ne reconnaît pas chez lés Arméniens cette marche naturelle d'un génie original qui se trouve chez les Byzantins. Empire toujours vassal de quelque peuple, il se soumet, sans s'en douter, à l'influence de ses voisins et adopte leurs arts comme leur
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littérature '. » Ce jugement paraîtra peut-être trop sévère si l'on considère Paspect souvent si pittoresque et si élégant des églises de ce pays.
Le système de décoration ne différait point de celui qu'avaient alors adopté les Grecs. Dans une des églises d'Ani existaient encore, il y a quarante ans, des fresques anciennes (xii= ou xni» siècle) qui présentaient une suite assez complète de scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament. Les artistes, peintres, sculpteurs ou orfèvres, acceptaient les modèles byzantins, bien que, sur certains monuments (fig. g5), les types aient un caractère local qui frappe le regard. Quelques monastères de ce pays sont encore riches en pièces d'orfèvrerie qui mériteraient d'être étudiées à ce point de vue. J'en donne comme exemples trois images sacrées de style différent ^.
Ce n'est point seulement chez les peuples chrétiens d'Orient que se retrouve la trace de l'art byzantin ; à leur tour, les ennemis les plus acharnés du christianisme et de l'empire grec lui ont fait des emprunts. Sans doute l'art arabe a pris de bonne heure une physionomie originale, mais tout d'abord ce n'est pas en lui-même qu'il a trouvé les éléments dont il s'est formé. Quand les Arabes entreprirent les conquêtes qui devaient étendre leur domination de l'Asie Mineure aux Pyrénées, l'art
1. Texier, Description de V Arménie, de la Perse et de la Mésopotamie, 1842, t. l^"", p. iio. V. en outre Mourier, VArt religieux au Caucase; Bernoville, la Souanétie libre, i885.
2. Je dois ces reproductions à M. Chantre, qui, lors de ses belles explorations ethnologiques dans ces contre'es, a réuni des collections de photographies fort intéressantes pour l'histoire de l'art. Ces images portent souvent des inscriptions dont le déchiffrement donnerait sans doute des dates.