CHAPITRE IV
LA QUERELLE DES ICONOCLASTES ET SON INFLUENCE SUR LE DÉVELOPPEMENT DES ARTS.
Depuis la mort de Justinien jusqu^au commencement du viii" siècle, l'empire eut à subir bien des désastres. Les conquêtes des Arabes lui enlevèrent en Asie quelques-unes de ses plus riches provinces, tandis qu'au nord les invasions slaves étendaient leurs ravages sur les pays compris entre le Danube et la mer. A Tintérieur, la transmission mal assurée du pouvoir impérial était une cause incessante de troubles et de désordres ; dans les lettres, dans les mœurs, apparaissaient des signes de décadence et de ruine. Cependant, grâce à la domination de l'Église, l'art religieux continuait à se développer quand éclata une révolution qui en menaça l'existence. Excités et soutenus par des empereurs énergiques, les iconoclastes ou briseurs d'images s'attaquèrent avec fureur à des œuvres qu'ils considéraient comme un souvenir de Tancienne idolâtrie.
A vrai dire, ce ne fut point seulement le sort des images qui s'agita dans cette lutte célèbre. Bien que les iconoclastes nous soient surtout connus par le témoi-
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gnage de leurs adversaires, des recherches récentes ont prouvé qu'ils avaient eu de vastes projets et qu'ils avaient rêvé une réorganisation générale de l'Etat ^ Depuis quatre siècles déjà, l'empire byzantin souffrait de l'incessante confusion des affaires politiques et des affaires religieuses : l'empereur gouvernait l'Eglise, mais en retour l'Eglise envahissait TÉtat; les moindres controverses théologiques, enfiévrant les passions populaires, troublaient Constantinople et les provinces, souvent même excitaient de terribles révolutions. Remédier à ces désordres, limiter la toute-puissance du monachisme, tel fut le but des iconoclastes; malgré les accusations que leur ont prodiguées leurs ennemis triomphants, on voit que les empereurs qui dirigèrent ce mouvement ne manquèrent point de mérite, et qu'ils eurent des auxiliaires, même dans la partie la plus éclairée du clergé.
S'ils s'attaquèrent à l'art religieux, c'est que les moines y avaient trouvé un de leurs moyens d'action les plus puissants. Entre leurs mains le christianisme s'était transformé; ils en avaient fait une religion matérielle, fille du paganisme, et qui ne parlait plus au vulgaire que par ses formes extérieures. Depuis le iv« siècle, ces tendances dangereuses n'avaient cessé de se développer; dans les chroniqueurs et les hagiographes il n'est plus question que des saintes images et des reliques, de la puissance des miracles qu'on leur attribue; on ne se contente plus de les vénérer, on les adore comme de véritables divinités. Déjà bien des esprits