LIVRE m —CHAPITRE I
merciale correspond un nouvel épanouissement de la vie intellectuelle. Constantinople a une université : on y enseigne la philosophie, la rhétorique, les mathématiques; c'est là que Pempereur choisit ceux qu'il Juge dignes des grandes fonctions publiques. Les écoles d'Athènes se relèvent : des étudiants y viennent même de France, d'Angleterre. Et qu'on ne croie pas que l'enseignement qui se donnait alors fût toujours étroit et mesquin : le célèbre patriarche Photius, qui luttait avec Rome, connaissait toute l'antiquité profane, toute la littérature chrétienne, et il en a donné comme un résumé dans son Myriobiblion; mais c'est aussi un esprit original, souvent hardi. Il n'est point isolé dans la société de son temps; parmi les lettrés plus d'un pense et raisonne. Les tentatives des iconoclastes ont eu pour conséquence d'atîranchir bien des esprits, qui se dégagent de la tyrannie monastique pour concilier avec la foi chrétienne un retour à l'antique culture grecque. L'empire byzantin eut même ses épopées populaires, ainsi que l'a prouvé la récente découverte du poème sur Digénis Akritas, un des héros de la lutte contre les Arabes en Asie Mineure.
Cette renaissance s'étend aux arts. Les empereurs la favorisent; Basile le Macédonien donne l'exemple et un de ses descendants, Constantin Porphyrogénète, décrit complaisamment les édifices qu'il a fait élever et décorer.
Parmi les princes de cette famille, celui-ci, qui ne se distingua ni comme grand guerrier ni comme politique, fut un savant et un artiste. Ses écrits nous sont en partie parvenus; quant à son habileté comme
ii8 L'ART BYZANTIN.
peintre et comme orfèvre, les contemporains en font réloge. Il avait réparé le plafond doré d'un triclinium du grand palais, et construit pour son fils un autre palais qui excitait Padmiration ; dans une église consacrée à saint Paul il avait exécuté des peintures. « Il peignait en effet si bien, dit son biographe, que je ne pense pas qu'il y ait eu avant lui ou après lui un artiste qui Fait égalé. Il corrigeait les peintres et paraissait le maître le plus expert; il donnait des conseils aux sculpteurs, aux menuisiers, à ceux qui travaillent Tor, Pargent, le fer. Il exécuta des portes d'argent pour le chrysotriclinium, une table d'argent pour la salle des festins, et il Torna de bois et de plaques de couleurs variées et naturelles*. »
Autour de cet empereur, si expert à les guider, se groupèrent les artistes. « Ils embellirent le palais et la capitale. De la plupart on ignore même le nom ; des autres, on ne connaît le talent que de réputation. Tels furent l'architecte Théodore Bélonas, qui reconstruisit pour Constantin l'église des Saints-Apôtres et qui parvint à la dignité de patrice; le peintre André qui surpassa Apelle, Agatharque, Héraclide et Philoène de Byzance, peut-être le prêtre ou moine Théophane, qui fut aussi peintre 2. »
Parmi les monuments de cette époque, le grand palais impérial de Constantinople attire d'abord l'attention. Fondé par Constantin, il avait été embelli par Justinien; mais depuis lors bien des empereurs, notam-