‹ L'art byzantinChapitre 53 sur 151 · LIVRE III. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE I

ment Théophile, le dernier des princes iconoclastes, puis Basile le Macédonien, Pavaient agrandi et comme transformé. Au X* siècle, il était dans tout son éclat et s'étendait sur un immense emplacement, aux environs de Sainte-Sophie. Le sort ne Va point épargné et depuis longtemps ses ruines même ont disparu. Mais les écrivains byzantins en ont si souvent parlé, ils ont donné des détails si nombreux et souvent si minutieux sur les parties qui le composaient, qu'un savant français, Labarte, a pu, en rapprochant ces textes, tenter une restauration de l'ensemble ^ C'est d'après ce remarquable travail que je décrirai cet édifice, où tous les arts s'étaient unis pour exalter et glorifier la puissance impériale. Quand, avec l'auteur, on parcourt ces salles immenses, tout éclatantes d'or et de mosaïques, qui se succèdent comme indéfiniment les unes aux autres, on se croirait transporté dans quelque palais fantastique des Mille et une Nuits. La grandeur, la richesse de cette demeure, la destination de plusieurs des salles répondaient à des idées que l'imagination historique peut seule nous faire comprendre. L'empereur était comme un dieu terrestre ; tout était calculé pour donner aux moindres actes de sa vie publique un caractère de puissance et d'éclat merveilleux. La salle où il accordait audience, le trône sur lequel il siégeait, ses vêtements, le cortège qui l'entourait, tout enfin devait produire sur les esprits une impression de majesté et de respect qui tenait, non point à la valeur même de l'homme, mais aux dehors matériels de cette représentation offi-

I. Le Palais impérial de Constantinople. Paris, 186 1. V. aussi PaspatijTà BuîJavTtva àvàxTopa xaî Ta Ttepl aÙTtôv îôpO(j.aTa, i885.

cielle. Ces réceptions, cette existence de l'empereur formaient un spectacle combiné d'avance dans les moindres détails, où le décor était tout, les acteurs presque rien. Que Pempereur fût un homme de talent ou un grossier parvenu, qu'il fût aimé ou détesté. Tordre de la pièce ne changeait point; la teneur même des acclamations dont le peuple devait le saluer était invariablement réglée. Jamais la passion de l'étiquette n'a été poussée plus loin, et nous pouvons en bien juger, car Constantin Porphyrogénète a lui-même rédigé le code des cérémonies de la cour de Byzance. Quelque étranges que puissent nous paraître de telles institutions, l'historien de l'art y trouve son intérêt, car c'était aux arts qu'on s'adressait pour la mise en scène de ces féeries impériales.

Le palais se divisait en trois parties principales : 1° la Chalcé; 2° Daphné; 3° le Palais sacré.

La Chalcé comprenait toute une série de pièces où se tenaient les gardes, des oratoires, des galeries et une salle de réception qu'on appelait le grand consistoire. On y entrait par trois portes d'ivoire; au fond, sur une estrade, était le trône, ou plutôt l'un des trônes de l'empereur. En résumé, la Chalcé formait comme l'entrée du palais et la partie la plus accessible au public. Entre la Chalcé et Daphné se trouvait le tricliniiim, ou salle à manger des dix-neuf lits. Là se donnaient les grands banquets d'apparat. Liutprand, évêque de Crémone, qui assista à un de ces festins en 949, en trace une description qui fera connaître déjà le luxe d'orfèvrerie de la cour byzantine, a On y mange à demi couchés, dit-il, et on s'y sert non point de vaisselle d'ar-

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