LIVRE III. — CHAPITRE I
Tobscurité même de la nuit^ Là s'établirent, au siècle suivant, quelques-uns des empereurs latins de Constantinople.
Le vieux palais devenu désert disparut peu à peu et se transforma en une carrière où Ton venait chercher des matériaux pour les constructions nouvelles. Déjà, avant la prise de Constantinople par les Turcs, rien n'en restait que les ruines de l'Hippodrome. Ainsi cette demeure, où s'épanouit un luxe artistique qui confond l'esprit, a laissé moins de traces que les antiques palais des Sargon.
Au point de vue de l'histoire de l'architecture et de la décoration byzantines, on remarquera quelles analogies se rencontrent entre cet édifice et les églises de la même époque. L'architecture civile et l'architecture religieuse sont soumises aux mêmes principes, elles offrent les mêmes combinaisons. Sans cesse dans les dispositions du palais, qu'il s'agisse de salles, d'atriums, de péristyles même, se retrouvent la forme circulaire, la coupole et l'abside. Le Chrysotriclinium offre le plan d'une église. Ces faits prouvent avec quelle unité l'architecture byzantine s'est affirmée simultanément dans des édifices fort divers : or c'est là un des caractères d'un art vraiment original. Qu'on étudie les œuvres des anciens architectes grecs ou des architectes français du xiii* siècle, on reconnaîtra qu'eux aussi obéissent à ce principe, qu'ils reproduisent sans cesse les mêmes types essentiels, tout en les accommodant à la destination diverse des
I. Benjamin de Tudèle, Itinéraire, trad. fr., p. 24. Sur le palais des Blachernes et ses ruines, voy. Paspati, ouvr. cité, p. 83 et suiv.
monuments. Au contraire, à d'autres époques, cette unité disparaît, et les édifices ne sont qu'une compilation plus ou moins heureuse de toutes les formes et de tous les styles. De cette comparaison n'est-on pas en droit de conclure que l'art byzantin n'est pas un accident, le résultat fortuit de fantaisies individuelles et d'éléments étrangers mal combinés, mais qu'au contraire il est bien organisé, vivant, et qu'il répond au génie propre d'un peuple?
Ce n'est point contredire cette assertion qu'indiquer l'influence qu'exerçait toujours l'Orient. Au ix« siècle, l'empereur Théophile avait envoyé à Bagdad son précepteur, Jean le Syncelle, lui recommandant de frapper l'esprit des Arabes par son faste et ses largesses. De retour à Constantînople, Jean conseilla à l'empereur de construire un palais sur le modèle de ceux qu'il avait vus en Syrie. Théophile l'écouta, et nous savons que celui qui fut chargé de diriger les travaux du palais Bryos s'appelait Patricès^ On pourrait ne voir là qu'une fantaisie isolée, mais, d'autre part, on sait que l'art arabe avait fait des emprunts à l'art byzantin et que tous deux d'ailleurs s'étaient inspirés des anciennes traditions orientales.
Si de l'architecture du grand palais on passe à la décoration, ces analogies entre l'art civil et l'art religieux se manifestent encore. Les mosaïques qui décoraient la chambre à coucher impériale rappellent tout à fait celles qui se trouvaient dans les églises. C'est la même disposition d'après laquelle on range, aux