‹ L'art byzantinChapitre 9 sur 151 · LIVRE I. — CHAPITRE I. si · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE I. si

qui lui parût digne d'elle par ses dimensions et sa richesse. L'emplacement seul en était déjà merveilleux. Si, d^un côté, le palais s'ouvrait sur l'Augustoeon, de l'autre, il était situé sur le bord de la mer, à l'entrée même du Bosphore. Des salles, toutes resplendissantes d'or et de mosaïques, l'empereur voyait entrer et sortir les flottes guerrières qui portaient ses armées en Italie, en Asie, en Afrique, et aussi ces vaisseaux marchands, chargés de riches denrées, qui mettaient Byzance en rapport avec les peuples les plus éloignés, et qui assuraient sa prospérité.

Auprès du palais, communiquant avec lui, se trouvait un autre édifice qui devait jouer un grand rôle dans la société byzantine, et devenir en quelque sorte le centre de la vie populaire : c'était l'Hippodrome, construit sur le modèle des cirques romains. « L'Hippodrome était le véritable foyer de la vie publique, telle qu'elle pouvait subsister dans l'empire d'Orient. C'est là que se sont passés les plus grands faits de l'histoire byzantine; c'est là que Justinien, à propos d'une question de cochers, vit s'élever la tempête qui aurait renversé son trône et sa dynastie sans le courage de cette pantomime dont il avait fait une impératrice... C'est là que Justinien II, fait prisonnier par des révoltés, eut le nez et les oreilles coupés, et c'est là que plus tard, rentré victorieux de l'exil dans sa capitale, il put fouler de son brodequin de pourpre, avant de les envoyer à la mort, la tête de ses ennemis vaincus, tandis que le peuple inconstant chantait : « Tu marcheras sur l'aspic et le basilic! »... Pour les Byzantins du v'' et du x" siècle, l'Hippodrome était l'asile de leurs dernières libertés, le

lieu d'exercice de leurs derniers droits. S'ils n'élisaient plus ni consuls, ni tribuns, ni censeurs, ils choisissaient du moins les cochers dont ils voulaient favoriser le triomphe 1. »

C'était encore sur ce Forum que s'élevait l'église principale, la grande basilique de Sainte-Sophie, qui brûla deux fois jusqu'au temps où Justinien la reconstruisit sur un plan tout nouveau et en fit le type par excellence de l'architecture byzantine. A peine avonsnous jeté un regard rapide sur les plus beaux quartiers de la ville, mais partout, dans les autres régions, on retrouvait les mêmes recherches de grandeur et de luxe. Les édifices religieux surtout étaient nombreux et splendides. S'il faut en croire un chroniqueur byzantin, Constantin et sa mère, en sept ans environ, n'auraient pas élevé moins de vingt et une églises, et celle des Saints- Apôtres, qui devait servir de sépulture à la famille impériale, ne le cédait guère en magnificence à Sainte-Sophie.

Pour orner sa capitale, Constantin dépouilla de leurs chefs-d'œuvre les villes les plus belles du monde grec*. Les Pères des premiers siècles avaient dirigé contre les merveilles de l'art païen toutes leurs malédictions; cependant, loin de les détruire, le premier empereur chrétien les recueille et en décore Constantinople. Dans cette ville consacrée par les évêques, on ne pouvait faire un pas sans se heurter aux images des divinités de

1 . Rambaud, L'Hippodrome à Constantinople. {Revue des Deux Mondes, i5 août 187 1.)

2. Allard, L'Art païen sous les empereurs chrétiens, 1879, p. 173 et suiv., a réuni sut ce point les principaux témoignages.

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