‹ L'art Byzantin: La grammaire des stylesChapitre 17 sur 26 · LA MOSAIQUE PL. VIII · texte numérisé non relu

LA MOSAIQUE PL. VIII

Photo Alinari.

Mosaiques de l’abside de la cathédrale de Monreale (Sicile), xir® siécle. En haut : buste du Christ Pantocrator. Au-dessous : la Vierge assise, accostée de deux archanges et des apotres. Plus bas : figures de saints.

tins fut de discerner le véritable rdle que la mosaique est appelée 4 jouer : un role décoratif avant tout comme la tapisserie. Ils ont innové en faisant de l’art de la mosaique un art monumental, en couvrant d’immenses surfaces avec un décor de mosaiques qu’a partir du Ve siécle ils font commencer au-dessus d’un haut soubassement de marbre. A l’époque de I’art byzantin, la lumiére pénétrait dans les édifices 4 travers les fenétres obturées de minces plaques d’albatre jaune transparent ; l’effet obtenu par ces rayons sur la mosaique devait étre merveilleux. L’art chrétien a trouvé un nouveau moyen d’expression dans le décor en mosaique. Bien que les visages ne soient pas idéalisés et souvent trés réalistes, il se dégage des mosaiques une impression de gravité solennelle trés particuliére.

Le premier age d’or (V° et VI° siécles). — Le symbolisme naif, qui occupait une si grande place au début de l’art chrétien, a tendance a disparaitre pour faire place au style historique. D’autre part, le dualisme de l’art byzantin est manifeste dans les mosaiques du premier age d’or. Ni Rome, ni I’Orient ne l’emportent tout a fait, mais lVinfluence orientale semble prépondérante ; elle se manifeste par le réalisme des visages et le luxe des vétements. Des le Ve siécle les caractéres de la mosaique byzantine s’affirment avec le mausolée de Galla Placidia et avec le baptistére des Orthodoxes. Dans ces deux édifices, l’}harmonie est bleu et or ; les compositions indiquent la tendance vers un art solennel, majestueux et grave. Au baptistére de Soter,a Naples, l’influence orientale se traduit par les frises d’animaux affrontés, par les animaux symboliques a six ailes représentant les évangélistes.

Les plus belles mosaiques du VI° siécle sont a Ravenne : la basilique de Saint-A pollinaire-Neuf contient un des ensembles les plus importants. Sur trois zones superposées d’une harmonieuse richesse, les frises se déroulent, représentant les épisodes de la vie

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du Christ. A Saint-Vital de Ravenne, les mosaiques du cheeur et de l’abside sont les plus somptueuses du premier age d’or. Les deux tableaux d’histoire représentant Justinien et Théodora sont célébres ; les per-

Fig. 31. — Saint Démétrius entre l’évéque et le préfet Eglise de Saint-Démétrius, a Salonique (vite siécle).

sonnages sont alignés d’une facon conventionnelle, mais les visages dénotent une observation aigué.

On considére les mosaiques de l’église Safnmt-Démétrius a Salonique comme les plus originales et les plus belles du premier 4ge d’or. Le symbolisme y est remplacé par le style historique : le panneau représentant saint Démétrius entre deux personnages (fig. 31) mérite l’attention, il est d’un réalisme intense.

Le deuxiéme Age d’or (IX° au XII° siécle). — La tendance a individualiser les visages s’accentue au deuxiéme Age d’or. Les types sont différents de ceux du premier Age d’or ; on rencontre souvent le profil du nez busqué avec barbe et longs cheveux. Les regards qui, durant le premier age d’or, étaient toujours droits et fixes (fig. 31), sont généralement obliques (fig. 32) durant le deuxieme 4ge d’or.

L’innovation capitale consiste dans l’ordonnance de la décoration murale. Au premier age d’or, les artistes n’avaient observé aucune régle pour placer leurs mosaiques ;a4 partir du IX® siécle, la décoration en mosaique prend un caractére liturgique, dogmatique et, pour chaque partie de I|’édifice, on réserve le méme sujet ou la méme figure. Au sommet de la coupole, c’est le buste du Christ Pantocrator (embrassant le monde de son regard ) en général grave et sévére ;

Figs ear tnrcone te il est entouré de plusieurs Eglise de Daphni. archanges (PI.IX), ainsi que des Apotres ou des propheé -

tes. Sur les 4 pendentifs, ce sont les 4 évangélistes.

Dans la conque de I’abside, la Vierge est assise ou orante et souvent elle est accostée de deux archanges. Au-dessous d’elle, c’est la communion des Ap6otres. La nef et le narthex sont réservés aux saints, aux martyrs, ainsi qu’aux épisodes de la vie du Christ et de la Vierge. Telle est l’ordonnance des scénes, ordonnance qui ne variera plus guére jusqu’a la fin de l’art byzantin.

Cependant il y eut quelques variantes, notamment

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Photo Brogi.

Christ Pantocrator entouré d’archanges. Chapelle Palatine, a Palerme.

dans les églises de la Sicile. A Cefalu, a2 Monreale (Pl. VIII), le sommet de la conque de 1l’abside est occupé par le Christ Pantocrator.

Dans le vaste domaine de l’iconographie byzantine, il-y a lieu d’attirer l’attention sur deux scénes d’un caractére particulier et que l’on rencontre dans la plupart des églises du deuxiéme age d’or. Ces deux scénes sont l’hétimasie qui représente le tréne vide ou viendra s’asseoir le Christ au Jugement dernier et l’anastasis quiest la descente du Christ aux limbes.

Les principaux ensembles de mosaiques du deuxiéme Age d’or se trouvent dans les églises de Saint-Luc, en Phocide, de Saint-Marc, a Venise, de Sainte- Sophie, a Kie}ff (Russie), de Daphni, en Gréce, et dans celles de Sicile.

Les mosaiques de Saint-Luc ont un coloris d’un éclat magnifique ; mais les compositions sont monotones et le dessin plein de sécheresse. On est d’accord pour considérer les mosaiques de Daphni comme les plus parfaites du deuxiéme Age d’or ; elles sont de la fin du XIe siécle. Le dessin en est élégant et souple ; les compositions sont harmonieuses et n’observent plus la symétrie rigoureuse du premier age d’or ot les personnages étaient alignés (fig. 31). Ainsi dans la scéne de la Crucifixion (Pl. X), une des plus belles de Daphni, les deux figures de chaque cété du Christ donnent l’impression de se mouvoir librement et n’ont plus l’aspect guindé et monotone des figures du premier Age d’or. Les mé€mes progrés se constatent dans la couleur ; les chairs qui, dans la période précédente, étaient modelées en brun, sont modelées avec des ombres grises ou vertes. Le dualisme de l’art byzantin éclate une fois de plus dans maintes scénes de Daphni, principalement dans la Crucifixion (Pl. X). L’art oriental est sensible dans le réalisme des expressions, dans le souci des détails, dans l’observation vraie ; l’influence de l’art antique hellénistique est manifeste dans le port des draperies, dans la noblesse des attitudes, dans la clarté et l’équilibre de la composition.

LA MOSAIQUE PL. X

La Crucifixion. Mosaique de Daphni (Gréce). Fin du xt® siecle. Exemple du dualisme de l’art byzantin : l’élégance des draperies, la noblesse des attitudes, la clarté de la composition dénotent Vinfluence de V’art antique hellénistique. L’influence orientale se manifeste par le réalisme des expressions et le souci du détail.

Les mosaiques de Saint-Marc sont d’époques assez différentes ; les plus anciennes (du XI° siécle) sont celles de la coupole du sanctuaire, celles de la coupole centrale, celles des voites en berceau contrebutant les coupoles ainsi que celles de la partie supérieure des murs goutterots. Elles sont l’ceuvre d’artistes grecs et s’apparentent au style des mosaiques de Daphni, avec plus de fougue et d’agitation dans les gestes et ies draperies. La basilique de Torcello dont la construction est antérieure 4 celle de Saint-Marc de Venise, est décorée d’un ensemble de mosaiques qui mérite l’attention. Pour la premiére fois dans l’art byzantin, on y rencontre une vaste composition 4 cing registres représentant le Jugement dernier.

Les églises siculo-normandes de Sicile occupent une place importante dans Il’histoire de la mosaique, malgré leurs restaurations successives. Elles sont de valeur inégale : celles qui sont accompagnées d’inscriptions grecques sont l’ceuvre d’artistes grecs byzantins et sont supérieures, en général, aux mosaiques accompagneées d’inscriptions latines qui sont l’ceuvre d’artistes italiens, éléves des maitres grecs.

Les mosaiques de Cefalu, comme celles de la Martorana, a Palerme, sont les moins restaurées et les plus belles au double point de vue du coloris et du dessin. L’église de Monreale (P1. VIII), comme celle de Cefalu, a le sommet de son abside occupé par le buste colossal du Christ Pantocrator qui fait le geste de bénir. Au-dessous du Christ, la Vierge est assise, tenant sur ses Senoux l’enfant Jésus (a Cefalu elle est représentée en orante). De chaque cété de la Vierge un archange et une rangée d’apdtres surmontent le registre inférieur, occupé par une rangée de saints.

D’une facon générale, l’ensemble des mosaiques de Monreale est inférieur a celui de la Chapelle Palatine de Palerme, notamment a celles de la coupole (PI. IX) ; et celles de la conque de l’abside présentent les mémes thémes iconographiques qu’a Cefalu et 4 Monreale.

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