CARACTERES GENERAUX ORIGINE
Appellation. — Par sa situation géographique, Byzance était le point central ott aboutissaient les grandes voies orientales venant de Perse, d’Anatolie, de Syrie ou d’Egypte; il est donc naturel de voir cette ville devenir dés le début du moyen age un des principaux foyers d’art. L’appellation d’art byzantin serait donc parfaitement exacte si Byzance n’était devenue Constantinople dés l’origine de l’art byzantin et si, dans le cours des siécles, le centre artistique ne s’était déplacé. Il semblerait, en conséquence, quel’appellation d’art chrétiend’ Orient ett été plus conformea lVhistoire et au développement de I|’art byzantin.
Durée. Evolution. — L’art byzantin se constitue aux IVe et Ve siécles en Syrie, en Egypte et en Asie Mineure ; aux V° et VI° siécles, il est constitué et il vivra jusqu’au XVI siécle avec quelques éclipses importantes. La premiére résulte de l’invasion musulmane au VII siécle ; ensuite c’est la querelle des iconoclastes aux VIII° et [X° siécles.
On sait qu’on désigne sous le nom d’iconoclastes (briseurs d’images) les empereurs qui, de 726 a 842, s’élevérent contre le culte des images qui était devenu de l’idolatrie. Ils ordonnérent la destruction de toutes
les images : statues, fresques, mosaiques, tandis que les moines, hostiles 4 ce mouvement, organisérent la résistance au couvent de Stoudion 4 Constantinople ou s’expatriérent. Dés lors, il y eut dans l’art byzantin deux tendances opposées : une tendance classique qui fut celle de l’art officiel impérial, et une tendance théologique, traditionnelle, fidéle aux images, qui fut celle de l’art populaire des moines.
Les Ve et VI° siécles avaient été le premier age d’or de l’art byzantin, le deuxiéme age d’orva du IX® au XIIe siécle avec la dynastie macédonienne et celle des Comneénes. Les principaux édifices de cette premiére renaissance sont en Gréce : Saint-Théodore, le Theotokos, Daphni, Saint-Luc ; 4 Constantinople : Pantocrator ; en Italie : Saint-Marc.
Au XIIIe siécle la prise de Constantinople par les croisés porte a l’art byzantin un coup sensible ; cependant on assiste, aux XIV° et XV¢ siecles, 4 une seconde et derniére renaissance. Le centre de l’art byzantin n’est plus Constantinople mais le mont Athos, et en méme temps on constate une expansion dans les régions avoisinantes : Serbie, Bulgarie, Valachie et jusqu’en Russie.
Dualisme. — Le probléme des origines de l’art byzantin est assez complexe ; il s’est posé pendant longtemps sous la forme suivante : Orient ou Rome ? En d’autres termes, est-ce l’art oriental ou l’art romain qui a engendré l’art byzantin ? Aujourd’hui, la réponse n’est pas douteuse : l’art byzantin doit tout ou presque tout a l’art oriental. Cependant l’apport de Vart classique n’est pas a dédaigner et durant toute histoire de l’art byzantin on assiste 4 un véritable dualisme de deux traditions opposées. Suivant le mot de Choisy, « l’art byzantin est l’esprit grec s’exercant sur des éléments emprunteés 4 I|’Asie ».
A Rome ou plus exactement a l’art hellénique d’Alexandrie, l’art byzantin doit la beauté des ordonnances, la noblesse des attitudes, l’élégance des dra-
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peries, le pittoresque, les derniéres formes de la Gréce antique. A l’Orient, c’est-a-dire a la Syrie et a la Perse, l’art byzantin doit le luxe et la couleur, les plans tréflés, les basiliques 4 coupoles, les trompes d’angle, les formes conventionnelles données aux animaux et aux fleurs. Comme l’art musulman, l’art byzantin dédaigne le relief et lui préfére le décor polychrome de marbre et de mosaique ; comme lui, il incise la matiére et remplace la sculpture en ronde bosse par une sorte de broderie a jour.
Originalité. — L’art byzantin n’est pas une simple copie de l’art oriental. Il a innové en cherchant dans la poussée des votes un nouveau principe d’équilibre. Tantoét il contrebute la coupole par deux voites en berceau ; tantot il la contrebute en surélevant les berceaux de la nef. L’art byzantin a innové en employant les contreforts toujours a l’intérieur, en imaginant la voutte sur pendentifs en triangles sphériques, en donnant au décor intérieur un éclat et une splendeur inaccoutumés. La votte romaine avait été un monolithe artificiel en agglomeéré, la voite byzantine est construite en briques dont les joints ne sont pas normaux ala courbe de la votte.
Naissance (IV° siécle). — L’Asie Mineure, notamment la Cilicie et l’Anatolie, a été le berceau de art byzantin. Lorsque l’empereur Justinien voudra édifier la grande église Sainte-Sophie de Constantinople, c’est 4 deux architectes d’Anatolie qu’il aura recours. L’Asie Mineure était particuli¢rement bien placée pour subir la double influence de l’antiquité et de l’Orient : elle possédait sur ses cétes des villes Srecques telles que Smyrne, Ephése et Milet et par sa situation géographique elle était 4 proximité de |’Iran et de la Perse qui furent les créateurs de l’architecture voutée. On rencontre en Asie Mineure plusieurs types d’édifices dont s’est inspiré l’art byzantin : les édifices 4 plan central surmontés d’une coupole, les édifices a plan tréflé, ceux a plan cruciforme. Le type le
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plus fréquent est la basilique 4 coupole, longue nef en berceau coupée par une coupole.
Spalato. — Le palais que l’empereur Dioclétien se fit élever au début du IV® siécle 4 Spalato en Dalmatie, occupe une place importante dans l’histoire de l’art. Il est en effet le trait d’union entre |’Orient et l’Occident ; il offre un des premiers exemples de l’alliance de l’architecture classique avec la décoration et la construction orientales. A l’Orient, le palais de Spalato
Fig. 1. — Péristyle du palais de Dioclétien a Spalato.
emprunte la suppression de larchitrave : les arcs reposent directement sur les colonnes (fig. 1 et 2) et lV’entablement gréco-romain est interrompu par unarc plein cintre. A l’Orient également il emprunte la sculpture au trépan (chapiteaux) et la mosaique de cubes de verre dont la coupole du vestibule est un des plus anciens exemples.
Ce palais était, en réalité, une cité fortifiée et comprenait deux temples, des bains, un palais et des habitations (fig. 3). La facade sur la mer nous est parvenue intacte (fig. 1 et 2). Elle consiste en une vaste galerie sur un haut soubassement et la monotonie de la colonnade est rompue par des avant-corps.
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Fig. 2. — Palais de Dioclétien a Spalato. Facade sur la mer.
Fig. 3. — Palais de Dioclétien a Spalato. Vue d’ensemble. Restitution d’F. Hébrard.
L’art chrétien primitif. — On oublie souvent tout ce que l’art byzantin doit a l’art chrétien primitif. Celui-ci est né au IIe siécle dans les Catacombes et jusqu’au IVe siécle il resta un art uniquement funéraire, décorant de fresques les galeries des Catacombes de Rome, Naples, Syracuse, etc. Ces peintures, en général d’un art inférieur, ne représentérent d’abord que des symboles mystiques tels que l’orante (personnage debout levant les bras), la colombe image de la paix céleste, l’agneau, le poisson, etc.
Au IVe siécle, un grand mouvement d’art chrétien se produit avec l’empereur Constantin ; c’est alors qu’on distingue trois centres artistiques, trois foyers d’art : Antioche en Syrie, Ephése en Anatolie, Alexandrie en Egypte. En méme temps s’élévent de nombreuses basiliques inspirées de la basilique romaine dont elles adoptent l’atrium, les trois nefs séparées par des arcades et l’abside ot trénera l’évéque. Les seules basiliques qui nous soient parvenues sont a Rome : Saint-Paul-hors-les-murs, Sainte-Marie-Majeure, Saint-Pierre-aux-liens, Sainte-Pudentienne, Saint-Laurent et Sainte-Agnés-hors-les-murs. La seule basilique qui n’ait pas été trop altérée par des restaurations successives est Sainte -Marie-Majeure.
On adopte aussi le plan central, notamment pour les baptistéres qu’on édifie sur plan circulaire ou octogonal. L’innovation capitale de l’art chrétien primitif est l'emploi généralisé de la mosaique qui remplace la fresque a partir du IV° siécle. Peu 4 peu le symbolisme primitif s’atténue, puis disparait, et c’est alors le style historique dont les magistrales compositions de Sainte-Pudentienne 4 Rome sont considérées a juste raison comme le chef-d’ceuvre. II] n’est pas douteux que cet ensemble de mosaiques (de méme que celui de l’arc triomphal de Sainte-Marie-Majeure) a exercé sur les mosaiques byzantines une influence profonde. Les seuls témoins de la sculpture de l’art chrétien primitif sont les sarcophages dont il nous est parvenu un nombre assez important.