‹ L'art chinois (volume 2)Chapitre 18 sur 107 · I. Cf. Edkias, Chinese Buddhism, ch. xiv · texte numérisé non relu

I. Cf. Edkias, Chinese Buddhism, ch. xiv

LE BRONZE

Sî

ascète en méditation de la collection Cernuschi. Sa physionomie et son attitude expriment une sorte de résignation douloureuse; mais sa maigreur n'est pas seulement physique, maladive. Ce que le sculpteur chinois a rendu par ces traits émaciés, ces muscles décharnés, ces os saillants sous la peau, c'est une idée plus profonde et vraiment artistique, — la déformation du corps par les passions de Tâme.

L'influence indienne s'est fait puissamment sentir sur les formes et les décors que le bouddhisme a empruntés à Part archaïque et dont il a fait usage dans les objets de son culte.

Un autel bouddhi-

A s C E r E EN MEDITATION.

(Collection lie M. H. Ceriiusclii.)

que se compose, en

dehors de la statue de

Fo devant laquelle il est dressé, de cinq pièces : un

brûle-parfums, deux vases et deux chandeliers. Ces

pièces sont gcncralement de bronze, quelquefois de porcelaine, rarement de jade.

L''usage de brûler des parfums devant les divinités est dû probablement au bouddhisme et les autres religions de la Chine Pont adopté après lui. Les plus beaux spécimens de brûle-parfums appartiennent en tout cas au culte de Fo et en portent les emblèmes. Sur ces bronzes, comme sur ceux de Fart primitif, on voit aussi des dragons et des animaux fabuleux; mais quelle différence d'inspiration et d'exécution ! Avec quel sentiment de la vie est rendue cette animalité fantastique et contournée! Les parties tour à tour lisses et rugueuses, saillantes et rentrantes, les fines cassures des plis de la peau, les striures de Tépiderme, le brillant humide. des écailles, tous les moindres détails du corps sont aussi bien observés que traités : l'artiste sait désormais animer son œuvre d'une sorte de souffle frémissant et donner au métal quelque chose de la palpitation des chairs. 11 n'est pas jusqu'à la patine qui ne contribue à revêtir le bronze des tons chauds et colorés de la vie.

Les fleurs et les branchages qui ornent les objets d'autels et serpentent sur la panse des vases, sur la tige des flambeaux ou les flancs des cassolettes sont reproduits dans le même esprit : la sève végétale circule dans la pulpe des feuilles, dans les fibres des tiges, dans les lobes épanouis des lotus. On ne saurait trop le répéter, c'est le bouddhisme qui a appris aux Chinois à voir et à comprendre la nature.

Vers le milieu du xi« siècle, une réforme du bouddhisme s'opéra au Thibet : l'athéisme du culte primitif

LE BRONZE. SS

se changea en théisme par la création d'un Adibouddha ou Bouddha suprême; des rites nouveaux, offrant une ressemblance singulière, mais probablement fortuite avec ceux du catholicisme, furent en outre introduits et modifièrent assez la religion ancienne pour former à côté d'elle un culte séparé, le lamaïsme.

La réforme lamaïque, partie du Thibet, où elle a encore son grand chef spirituel, le Dalai-lama, s'est étendue peu à peu sur toute la Chine (xiv" siècle), et elle a ses prêtres, ses temples et ses offices à côté de ceux du bouddhisme ^

Au point de vue de Tart, le seul qui doive nous occuper ici, le lamaïsme, s'il n'a pas créé des types iconiques nouveaux, a parfois modifié les types anciens, et il a marqué de symboles spéciaux les objets de son culte.

L'écriture thibétainc a été introduite comme motit d'ornementation, et la souplesse de ses traits, l'élégance allongée de ses pleins et de ses déliés ont fourni souvent

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