I.E nOlS ET L'IVOlRo SCULI'TKS
CARACTERE CHEOU <C LONGEVITE )), ORNÉ DE FIGURINES d'IVOIRE.
Fragment d'un panneau décoratif provenant du Palais d'été. — xviii" siècle. (Musée de Fontainebleau.')
damment du travail d'art que Findustrie humaine lui
fait subir; ils ont eu, à cet égard, le sens trop délicat et trop raffiné pour n'avoir pas de tout temps apprécié rivoire, cette substance séduisante, tantôt ferme et claire, tantôt tendre et d'une chaude pâleur, aux transparences laiteuses ou doucement jaunâtres, aux reflets chatoyants et ambrés. Personne mieux qu'eux n'a compris comment il le fallait travailler pour en faire valoir le grain, le poli et les veines, pour donner à ce qui en constitue Pépiderme un éclat harmonieux, une douceur charmante. Seuls, les ivoiriers des xv et xvi'' siècles en Europe, et ceux du xviii" au Japon, sont arrivés à une pareille maîtrise. D'une façon générale, les ivoires chinois dénotent un travail franc, énergique, très ferme, une ciselure sans hésitation, incisive; le tissu serré de la matière est attaqué vigoureusement, fouillé avec des contours brefs, des faces nombreuses ou la lumière se glisse, s'éparpille et se reflète. Cette méthode n'exclut pas les accents souples et larges : certaines pièces doivent précisément leur séduction à ce qu'il y a de moelleux, de tendre et presque de caressant dans leur modelé. Ce qui a manqué plutôt aux sculpteurs chinois, et ce qui fait l'incontestable supériorité des Japonais, c'a été l'originalité et la sobriété du style, la verve et la fantaisie dans l'imagination, la finesse et l'esprit dans l'observation du modèle.
Les beaux ivoires chinois sont d'une excessive rareté. Nous ne traiterons pas, en effet, comme œuvres d'art, cette infinité de figurines, hâtivement confectionnées à Canton pour les besoins de l'exportation européenne, ni ces travaux bizarres et compliqués, tels que boîtes encastrées, sphères concentriques, etc., qui
LE BOIS ET L'IVOIRE SCULPTES
sont peut-être des prodiges de ciselure, des merveilles de patience et d'ingéniosité technique, mais ou rinspiration et le goût font absolument défaut.
Les statuettes bouddhiques nous offrent les plus intéressants spécimens d'ivoire sculpté. La déesse Kouan-yin, en longs vétementsaux plis enveloppants, la tête demi- voilée, s'avance, tenant à la main une tige de lotus : la physionomie est d'une grâce mélancolique, pleine d'onction, et la statuette exhale un charme tout mystique; Ta-mo, drapé dans son linceul, et prêt d'atteindre à « l'intelligence parfaite » des bouddhas, traverse le Gange sur un rameau de bambou pour rentrer dans sa patrie : l'étisie des traits, l'émaciation du
corps, le tannage de la peau sont rendus avec un réalisme saisissant; mais le visage respire un calme supérieur, une absolue sérénité ; la princesse Ouen-tcheng, déifiée après sa mort, est assise sur un lit de nymphœas, la jambe droite pendante, une fleur épanouie à la main :
STATUF. TTE D IVOIRE SCIUTTE.
(Collection de M. S. Bing.)
le corps est délicatement modelé sous les voiles qui le recouvrent; le cou, légèrement incliné, est long; les doigts qui tiennent la fleur sont effilés, — Pexpression de la figure est douce, recueillie, d\me poésie délicieuse.
On fait également en ivoire des étuis à pinceaux ou pi-tong, et surtout des sortes d'appuis-main pour soutenir Tavant-bras pendant qu'on manie le pinceau en écrivant.
Il est à remarquer que les bois et les ivoires sculptés ne portent jamais la signature de Tartiste qui les a ciselés. Aux Miva, Ikkô et Bokousai du Japon, la Chine n'a pas un nom à opposer. Une des conséquences de ce défaut de signature est de rendre fort difficile, sinon impossible, l'attribution d'une date à un objet de bois ou d'ivoire : on n'a d'autre critérium, à cet effet, que l'aspect général du décor et l'apparence de la patine.
LES PIERRES DURES
LK JADK
Le jade,^r«, est une pierre dure, pesante, translucide, d^un grain très tin, onctueuse à la vue et au toucher i, et dont les tons varient du blanc graisseux au vert olive foncé, suivant les proportions d''oxyde de fer et d'oxyde de chrome qu^il renferme-. Sa dureté est telle qu'il raye le verre et le quartz.
Les principaux gisements de jade sont dans l'ancien Turkeslan chinois, près de la ville de Khotan et de celle de Yarkandc, dans le pays appelé par les Chinois Yiithian « pays du Jade ». Dès la plus haute antiquité, les empereurs de Chine en tiraient de grandes quantités, et l'on voit fréquemment que les rois du Yu-thian en
1. Lq jade et le jaspe sont deux mine'raux absolument différents : le jade est un silicate d'alumine et de chaux, — le jaspe est un quartz.
2. Quelques auteurs citent aussi des types de jade jaune et de jade orange ; mais il n'y a là qu'un malentendu et l'on a appelé à tort du nom de jade des variétés de sardoine.
ijC L'ART CHINOIS.
expédiaient à leurs suzerains d'importants chargements à titre de présents ou de tributs ^
L'excessive dureté du jade impose à l'artisan qui le façonne des conditions particulières de travail. C'est d'abord une patience à toute épreuve; pour lui donner, en effet, outre la forme, tout le poli et tout Péclat dont il est susceptible, il faut souvent cinq ou six cents journées de main-d'œuvre.
L'ouvrier, ayant arrêté son parti après examen attentif de la pierre brute, de sa forme, des irrégularités visibles ou probables, la dégrossit en pratiquant, avec une fraise à pointe de diamant, une série de trous juxtaposés, de profondeur variable, et en faisant sauter à la bouterolle les parties restées pleines entre ces trous. Il renouvelle cette opération jusqu'à ce que l'objet qu'il se propose de fabriquer apparaisse dans ses lignes principales. Le décor est travaillé soit par la ciselure à la pointe de diamant, soit par Pusure à la pierre de jade. Le polissage est obtenu, pour le premier état, par une série de frottements sur des pierres communes à polir ; il est achevé à la poudre d'émeri et parfois à Pégrisée.
Le jade est, sans contredit, la matière à laquelle les Chinois attachent le plus de prix; ils le considèrent comme la plus belle substance où puisse s'incorporer la pensée humaine.
Les raisons de cette prédilection qui remonte aux plus hauts temps de l'histoire chinoise, sont assez délicates à indiquer. Pour des yeux européens, elle semble quel-
I. Cf. Abel Rémusat, Histoire de Khotan (traduite des livres chinois), et Stanislas Julien, Voyage des pèlerins bouddhistes,
LES PIKKRF.S DURES.
que peu exagére'e: si pur que soit le jade, il n'a en effet ni l'éclat du cristal de roche, ni les teintes diaprées de la cornaline, ni les riches colorations de la sardoine, ni