STATUETTE DE BOIS SCULPTE
(Collection de M. S. Bing.)
tique de cette branche de l'art chinois. Cependant quelques pièces attestent une telle perfection de travail, un style si caractérisé, qu'on est obligé de croire à la con-
tinuité d'une tradition, à une suite d'œuvres dont quelques spécimens seuls ont survécu.
Telle est, par exemple, la statuette qui est figurée ci-contre (p. 147). C'est un personnage glabre, tête nue, vêtu d'une robe large et sans ornements : il est assis dans une pose négligée et tient un rouleau de papier dans sa main. L'attitude et la physionomie sont d'un naturel parfait, d'une étonnante réalité; la statuette a la sincérité d'un portrait. On songe, en la regardant, au scribe égyptien du Musée du Louvre, au Cheik-el-béled du Musée de Boulaq. On y trouve le même caractère de vérité, on est saisi par le même accent dévie; l'exécution est d'une largeur, d'une sûreté, d'une décision magistrales.
A quelle époque faut-il attribuer cette statuette ? Un détail — la tête rasée du personnage — donnerait lieu de croire qu'elle date de la dynastie actuelle, par qui cet usage fut imposé (1644), Mais le style est d'une fermeté et d'une sobriété qu'on ne retrouve plus guère après les Ming.
Les bois employés par les Chinois pour la sculpture sont le bambou, les bois de tek, de cèdre et de camphrier, le bois de santal et de rose, le bois de fer et le bois dur.
Le bambou est commun dans tout l'extrême Orient. On en travaille soit la tige, qui est lisse et droite, soit les racines, qui sont noueuses, contournées et à fibre compacte. La nature même de ce bois, dont l'intérieur est creux, ne permet pas d'attribuer aux objets qu'on en fabrique une grande variété de formes. On en fait principalement des pi-tong^ « étuis à pinceaux », et des
LE BOIS ET L'IVOIRE SCULPTKS
appuis-maiii pour écrire. Ces pi-tong sont des sortes
de cylindres formés par la section
normale de la tige du bambou, à
douze centimètres au-dessus et à
un ou deux centimètres au-dessous
d'un nœud ; le nœud sert ainsi de
fond. Dans la partie ferme du bois,
qui atteint parfois cinq ou six centimètres d'épaisseur, on sculpte le
décor. Tantôt de simples fleurs se déroulent sur la paroi du cylindre, tantôt des dragons ou des phénix ; le plus souvent, ce sont des personnages illustres dans l'histoire littéraire et philosophique de la Chine.
Les bois de cèdre, de tek et de camphrier servent à de plus importants travaux. Le sculpteur y représente généralement des dragons ou quelque autre animal fantastique qu'il traite avec une énergie un peu rude et non sans grandeur, où l'on aimerait peut-être un faire plus gras et plus souple. Mais le '^. ^'«-TITr plus souvent il compose des sujets pi-tong de bois entiers, des scènes tirées de l'his- (Coiiec.ionrM^c vicomte toire religieuse ou politique, des '^^ Semaiié.
romans célèbres, etc. Dans ce cas, ce ne sont plus des bas-reliefs proprement dits qu'il cisèle, c'est-à-dire des sculptures à peine détachées du fond et ayant chacune
une saillie à peu près e'galc : ce sont de véritables tableaux de bois, avec des plans différents, des objets diminués dans leurs proportions en raison de leur éloignement dans la perspective, la représentation pittoresque de tout un paysage, le développement de toute une action. Tel est, par exemple, un bois sculpté de la collection Thiers, au Louvre, où trois cavaliers chevauchent à travers une nature accidentée, dans un ravin planté d'arbres. Suivant une pratique habituelle aux artistes de Textrême Orient, le sculpteur a placé son point de vue très haut; il a rendu les effets de la perspective par une superposition des plans.
Le bois de 7'ose est apprécié particulièrement à cause de la belle patine rousse, rouge châtaigne, qu'il est susceptible de prendre avec le temps. On le réserve pour faire des coffrets, des cabinets, des boîtes à pinceaux et on le décore de nacre et d'ivoire.
Le bois de fer sert généralement de fond aux incrustations d'ivoire, de jade, de lapis, de corail, etc. — Cependant, malgré sa compacité, on le trouve parfois sculpté en statuettes, en animaux marins, crustacés et poissons, avec tout le fini d'un bronze ciselé. Il en est de même du bois dur [seciirineg-a des Indes) : on le décore également de nacre, de jade, de corail, de malachite d'or et d'argent.
l'ivoire sculpté
Les Chinois ont toujours été amateurs trop passionnés des différents aspects de la matière, indépen-