TASSES DE JADE, PROVENANT DU PALAIS DETK
(Musée de Fontainebleau.)
existence où l'action personnelle et la passion forte n'avaient plus de place, où chacun avait conscience de l'inutilité définitive de sa tâche, où l'on cherchait dans le charme du rêve, dans l'agrément de la conversation et de la culture littéraires, daas une sorte de voluptueuse insouciance, dans la douce ivresse de l'eau-devie de riz, l'oubli des misères humaines.
Les poètes de la grande dynastie des Thang, Litaï-pe, Thou-fou et tant d'autres, nous ont dépeint cet état des âmes, et leurs œuvres sont un appel constant à
l'insouciance, à la volupté, à Tivresse qui fait songeri. On se réunissait ainsi pour boire et pour converser, dans des pavillons ornés d'objets précieux qui étaient
peu nombreux, mais de qualité rare. La tasse à la main, on y composait de courtes poésies, on y parlait une langue choisie et ornée; le pinceau et le cahier de papier, posés près de la main des causeurs, leur permettaient, à tout instant, de donner à leur pensée, par récriture, une forme plus délicate, plus nuancée. C'était une fête douce des sens autant que de Tintelligence, une discussion conciliante, un peu cérémonieuse, ou l'on cherchait moins à se convaincre qu'à être aimable ou à briller. La porcelaine n'étant pas encore connue à cette époque, c'était dans des coupes et des vases de jade que se faisaient les libations. On y mêlait des fleurs au vin de riz, comme dans la gracieuse « Improvisation » du poète Tsin-tsan : « . . . Le parfum de ces pauvres fleurs pénètre jusque dans les coupes de jade et le vin d'automne en est embaumé. »