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TABATIÈRE DE VERRE

(Collection de M. L. Gonse.)

LE VERRE

M. le vicomie de Semallé en possède quelques spécimens.

Tous les procédés employés en Occident pour le travail du verre ont été pratiqués dans l'Empire du Milieu : le soufflage, le coulage et le moulage y ont toujours été usités; mais c'est par la taille, et surtout par la ciselure profonde des verres à plusieurs couches colorées, que les verriers chinois ont créé leurs œuvres les plus originales.

Dans ce genre de travail, ils ont atteint à une sûreté de main, à une délicatesse de goût, à une fermeté de style, que la maîtrise des ouvriers de Bohême du xvi" siècle n^a certes pas dépassées.

Les verres chinois sont le plus souvent de petite dimension et de formes peu variées : ce sont des coupes ou des tabatières. Les coupes sont formulées en ove, en calice de nelumbium ou de magnolia : elles sont décorées, sur le pourtour, d'un dragon, d'un phénix, d'une branche de lotus, de quelque figure symbolique du bouddhisme ou du taoïsme, etc. Les tabatières ont des décors plus variés : la fantaisie de l'artiste y a

TABATIERE DE VERRE A DEUX COUCHES TEINTEES.

(Collection de M. le vicomte de Semallé.''^

gravé des fleurs, des animaux, des sujets familiers, etc. Souvent, ces tabatières sont ornées d'un décor colorié à la main. Dans ce cas, Tapplication de la couleur est faite à Tintérieur même de l'objet : ce n'est que par des prodiges d^habileté et de patience que Touvrier peut arriver à manier son pinceau à travers Tétroit goulot et à tracer son décor sur la paroi interne du verre.

Les objets de verrerie ancienne sont en Chine d^ne rareté excessive. La mode des tabatières, très répandue actuellement, ne date guère que du règne de Khang-hi (1662-1723), et nous n'en avons point vu, à Pékin, qui fussent antérieures au xviir siècle. On trouve assez fréquemment des coupes, dont la décoration sobre, ferme et large, présente tous les caractères du style des Min?.

LES EMAUX

LES EMAUX CHAMPLEVES ET CLOISONNES

Dans leur recherche de tout ce qui pouvait contribuer à rehausser les bronzes, les Chinois ont été amenés à les décorer d'' émaux champlevés et dC émaux cloisonnés.

On sait en quoi consistent ces deux procédés de décoration. Dans le premier cas, on creuse dans le bronze même, et d'après un contour donné, une concavité où Ton dépose un émail, c'est-à-dire une composition d'oxydes métalliques que Ton vitrifie en soumettant au feu la pièce ainsi préparée. Dans le second cas, on applique de champ, sur le métal destiné à servir de fond, des rubans de cuivre, d'argent ou d'or qui, suivant le tracé d'un dessin, divisent la surface en autant de compartiments ou cloisons qu'il y a de parties diversement teintées. Ces cloisons font de la surface à décorer un réseau métallique, un treillis de cellules dans lesquelles on introduit ensuite l'émail en poudre mêlée d'un peu d'essence. On passe enfin au four qui

fixe les couleurs sur le fond sans détruire les cloisons.

C'est rOccident qui a importé en Chine le procédé du cloisonné, qu'elle a ensuite poussé à un si haut point de perfection.

Cette origine nous paraît indiquée d''abord par le nom chinois de Témail cloisonné, /a-lan, dont le sens littéral est « émail franc ». Ce mot désignait autrefois en Chine tout ce qui était de provenance occidentale. En enveloppant ainsi sous la rubrique générale de « Francs « l'ensemble des peuples situés à l'ouest de TAsie, les Chinois ne tirent qu'adopter l'expression par laquelle les Orientaux, à la suite de la prédominance de l'influence française dans le Levant, ont désigné, jusqu'en notre siècle, la masse des pays chrétiens, sans distinction de nationalité. Le sens du mot était général et ne s'appliquait pas encore exclusivement aux Français.

A l'appui de cette interprétation, nous trouvons dans un ouvrage officiel chinois que « la 8* année Kiatsing (en i529, sous les Ming), on fabriqua des p'ao ou canons que Ton nomma canons francs (fa-lang-ki-

p'ao) Fa-lang-ki est un nom de royaume (Koue

ming y e). A la fin de la période Tching-te (vers i52i) les vaisseaux de ce royaume étant arrivés à Canton, on obtint d'eux un modèle de leurs canons et on en fabriqua de pareils en cuivre ^ )< Il n'est pas vraisemblable qu'un vaisseau français se soit rendu à Canton en i52i; mais il est très probable qu'un des navires de Magel-

1. Hoang-tchdo-li-ki tliou-tchi, « Modèles des objets rituels ». (Section des instruments de guerre.)

LES EMAUX. 2JI

lan, qui prcciscmeiit avait franclii en i52o le dciroit qu'il a baptisé de son nom, et qui dans cette année avait découvert les Philippines, ait été reconnaître la côte voisine de Chine et visiter Canton. Cet exemple suffit à démontrer qu'au commencement du xvi" siècle les Chinois désignaient confusément sous le nom de « francs « tous les pays d'Europe, et que le nom de fa-lan donné aux cloisonnés témoigne bien d'une origine occidentale.

L'étude attentive des plus anciens cloisonnés nous fournit également des preuves de cette provenance européenne : ces oeuvres présentent parfois, en effet, de singulières ressemblances avec certains émaux de l'école byzantine : mélange d'émaux différents entre les parois d'une même cloison , — emploi d'incrustations d'or pour traiter les figures et les mains, etc.

Cette origine ainsi indiquée d'une façon générale, comment et à quelle époque se fit l'importation des cloisonnés en Chine? Nous ne pouvons présenter ici, en manière de solution, que deux hypothèses.

1° Les Chinois ont reçu le cloisonné par des artisans isolés, voyageant à travers toute l'Asie, et créant des ateliers dans les grandes villes qu'ils visitaient, comme firent à peu près ces petites colonies d'ouvriers syriens qui parcouraient la France à l'époque mérovingienne et y apportaient également les procédés byzantins*.

Nous avons eu déjà (voy. siiprà, p. 70) l'occasion designaler les conséquences considérables qu'entraîna

I. Cf. fiayet, l'Art by:^antiii, p. 291. (Bibl. de l'enseignement DES Beaux-Arts).

rétablissement d''une dynastie mongole en Chine dans la seconde moitié du xixr siècle, au point de vue de Pouverture de l'Asie orientale aux idées, aux connaissances scientifiques, aux procédés industriels et aux formules d'art des civilisations occidentales.

Les relations qui existaient alors entre la Chine et l'Europe par la voie de terre, c'est-à-dire par la Perse et le Turkestan ou par la Sibérie et la Mongolie, étaient moins rares qu'on ne le pense. La cour que les Grands Khans tenaient [à Karakorum était le lieu de rendez-vous d'une foule d'envoyés politiques, de religieux, de commerçants, d'aventuriers qui venaient de tous les points du monde civilisé. Beaucoup de religieux italiens, français, flamands sV rendirent, chargés d'une mission de la cour de Rome : un franciscain du royaume de Naples y passa pour se rendre à Pékin, où le pape l'avait institué évêque ^ Lorsqu'en i25i le moine Guillaume de Rubrouck y parvint, les premières personnes qu'il y rencontra furent « maître Guillaume Boucher, orfèvre parisien, qui avait demeuré sur le Grand-Pont à Paris », et « une femme de Metz en Lorraine, nommée Paquette, qui avait été faite prisonnière en Hongrie » ; ce Guillaume était orfèvre du grand khan qui allait devenir empereur de Chine-. 11 y avait encore à Karakorum des Arabes, des Syriens, des Moscovites. Il y avait aussi des marchands génois, pisans et vénitiens. Le voyage du père

I. Cf. Abel Rémusat, Second Mémoire a V Académie des Jiisc, VII, 335, et Mélanges asiatiques.

?.. Cf. Voyage de Guillaume de Rubrouck en Orient, annoté par de Backer.

LES EMAUX.

et de ronclc de Marco Polo en Tartarie (i356) n'était pas, en effet, le premier qu^eussent tente les Vénitiens pour chercher vers Textréme Orient des débouchés à

BOITE DEMAU CLOISONNE, XVl'' SIECLE.

(Collection de M. le vicomte de Semallé.)

leur commerce. Des artisans de Pologne, de Bohême et de Hongrie avaient pris également la route de la Mongolie et de Cathay : Jean du Plan Carpin, légat du Saint-Siège en Tartarie, fit le voyage avec des gens de Breslau et de Prague, et, quelques années plus tard, quand Jean de Montecorvino, religieux de TOrdre des

Frères Mineurs, partit pour la Chine, un artisan italien l'accompagnait ^

Lorsque Koubilai-khan, à la suite de ses conquêtes, établit sa cour à Pékin et assura sa domination sur

tout l'Empire du Milieu, la barrière que la Grande Muraille opposait aux influences occidentales cessa d'exister.

Tous ces étrangers, savants, religieux, commerçants, artisans, dont il aimait à s'entourer à Karakorum, le suivirent dans sa nouvelle capitale et bientôt la Chine fut ouverte — pour un temps qui ne dura guère, il est vrai — à l'action extérieure. Nous savons par les récits de Marco Polo de quel crédit les Européens jouissaient auprès de l'empereur mongol et en quelle faveur ce souverain tenait tout ce qui était d'origine étrangère. Les marchands et artisans qui faisaient route vers la Mongolie poursuivirent désormais leur chemin Jusqu'au centre même du Cathay, et le franciscain Odoric de Pordenone, composant à son retour en

I. Voy. d'autres exemples encore dans Cord[tiT,BibliothecaSinica, II, p. 884 et suiv.

.SE D 1 ; M A I L C L O I S O ,\ N h .

XVl*^ SIÈCLE.

(Collection de M. L. Gouse.)

LLS EMAUX.

Europe la relation de son voyage en Chine ei de son séjour à Hang-tcheou qu'il avait visité en i325, put écrire ces lignes : « La cité de Cansay est la plus

^Ct-C-r <

VASE d'Émail cloisonné.

XVl" SIÈCLE.

(Collection de M. L. Gonse.)

grande ville du monde; j'ose à peine donner cette indication; car il y a tant de gens à Venise qui y ont été ^ »

I. Cansay, la Quinsay de Marco Polo, la Khanzai d'ibn-batoutali, est Hang-tcheou-fou, autrefois King-sse, l'ancienne capitale des Soung. Cf. Yule, Cathay and the way tliither, l, p. ii3.

Si Ton accorde que les voyages dont le souvenir nous a été ainsi conservé ne sont qu'en petit nombre à côté de tous ceux qui furent entrepris par des marchands ou des artisans demeurés plus obscurs, on reconnaîtra que certains procédés de l'industrie occidentale, ceux de Témaillerie en particulier, avaient pu passer en Chine, à travers toute TAsie, vers la fin du xiii" siècle.

2° Les navigateurs arabes ont éié les importateurs du cloisonné. Nous avons parlé déjà (voir p. 70) du commerce établi entre la Chine méridionale et le monde islamique. L'importance que ce commerce prit, vers le xiv siècle, donnerait à penser que les émaux des « pays francs » ont été introduits plutôt par la voie de mer que par la longue route de terre. Nous devons cependant signaler un passage du Ko-koii-yao-loiin, ouvrage publié au début du xv° siècle, où il est fait mention de vases arabes de cuivre émaillé « semblables aux bronzes fa-lan » : cette distinction tend à faire croire que les fa-lan, aux yeux des Chinois de cette époque, n'étaient pas de provenance arabe, et que, des deux hypothèses que nous venons de présenter, la première est la plus admissible.

Les émaux dont on se servait et qu'on emploie encore en Chine sont d'une grande variété de nuances : le bleu est obtenu par Toxyde de cobalt, le rouge par Toxyde de cuivre et le sulfate d'argent, le vert par l'oxyde de chrome, le violet par l'oxyde de manganèse, le jaune par le chlorure d'argent, le blanc d'opale par Toxyde d'étain, le blanc vif par les oxydes d'étain et de plomb, le noir par un mélange des oxydes donnant

BRULE-PARFUMS d'ÉMAIL CLOISONNE, PROVENANT DU PALAIS

d'Été (nien-hao : kien-long, 1736-1796). H., i'",6s.

(Musée Je Fontainebleau.)

2jJ L'ART CHINOIS.

dans leurs valeurs les plus intenses le bleu, le vert et le violet. Ces émaux prennent au feu une certaine translucidité qui leur donne Téclat chatoyant des pierres précieuses. Pour les rendre opaques, il suffit de mêler à leur fondant un peu d'émail blanc; alors, ils absorbent la lumière, éteignent leurs tons et prennent Taspect plus doux de la turquoise, du lapis-lazuli, de Pivoire, etc.

Les Chinois n'ont pas disposé, dès le début, d'une si riche palette. Au commencement de la dynastie des Ming, c'est-à-dire dès les premières années du xv^ siècle, les cloisonnés sont de couleur très foncée : on y trouve surtout des bleus sombres, des jaunes profonds, du violet pensée, des blancs troubles et mats. Il y a aussi parfois des parties de fond laissées nues ou revêtues d'or. La qualité de la poudre d'émail, quand elle ne se compose pas de pierres fines pulvérisées (améthyste, turquoise, grenat), est souvent imparfaite; elle se comporte mal au feu et se pique d'une infinité de petits trous. Vers le milieu du xv siècle, sous l'empereur King-t'aï, la technique du cloisonné réalise des progrès sérieux : le cloisonnage est moins grossier et permet un décor plus savant ; les émaux sont d'une qualité plus fine et de nuances plus délicates.

Sous l'empereur Khang-hi, des Thsing (1662-1723), Part de l'émaillerie atteint à la perfection ; c'est un art robuste et délicat à la fois, créant des œuvres d'un style simple et large, d'un coloris opulent, d'une exécution forte et originale. Il reste ainsi à son apogée jusque vers la fin du règne de Kien-long (1736-1796). A cette époque, il est capable encore de produire des chefs-d'œuvre de forme élégante et hardie, de coloration

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