LES BRONZES INCRUSTÉS ET DAMASQUINES LES BRONZES DORES
Comme tous les peuples de l’Orient, les Chinois ont cherché à rehausser l’aspect de leurs bronzes par des
1. Les autres instruments qui figurent à cet observatoire ont
incrustations métalliques ou par la damasquine, et ils y ont réussi au moins autant que les Arabes et les Persans. Le cadre restreint de cet ouvrage ne nous permet que de signaler en passant l’heureux parti que les artisans de l’Empire du Milieu ont su tirer de ces procédés de surdécoration.
Il ne paraît pas que la damasquine ait été connue dans l’antiquité, et il est probable qu’elle a été importée de l’Inde au moment de la propagation du bouddhisme, ou plutôt encore des pays islamiques vers le xii* siècle de notre ère.
Quant à l 'incrustation proprement dite, c’est-à-dire l’application d’un métal ductile dans de larges creux évidés à l’aide de l’échoppe sur le bronze à rehausser, les Chinois l’ont pratiquée dans les temps les plus reculés et avec une perfection dont ils n’ont jamais livré le secret. Parfois, en effet, au lieu de simples cordons métalliques matés dans les tailles, de grandes taches d’or sont incorporées au bronze, comme si elles y avaient été fondues. Ces taches représentent tantôt des choses aux formes indécises, telles que des nuages ou des flots, tantôt même des figures aux contours plus précis, des phénix, des dragons. Certains bronzes acquièrent ainsi un charme de couleur qui semblait refusé aux surfaces métalliques et réservé aux seules œuvres de la céramique : l'éclat adouci des ors se fond harmonieusement avec les nuances sombres de la patine et les fait paraître plus riches, plus puissantes, presque
été fabriqués au xvin° siècle, sous la direction des missionnaires jésuites.
vibrantes. La lumière produit parfois sur ces pièces rares de véritables enchantements; on dirait que la matière en fusion coule encore sur le galbe du vase, et les macules d’or semblent noyées dans les colorations chaudes du bronze aux tons chatoyants.
M. Cernuschi possède un vase hou incrusté d’or, qui peut être considéré comme la pièce la plus parfaite de sa précieuse collection. Un décor de lancis orne la partie supérieure de la panse et se reproduit sur le couvercle qui est surmonté d'un lion de Fo, d’or aussi. La patine du bronze est d’un vert olive, absolument unie, onctueuse à la vue.
La délicatesse et le goût du travail d’incrustation sont certes merveilleux; mais ce qui donne à cette œuvre toute sa valeur esthétique, c’est l’admirable modelé de la surface restée nue. L’artiste s’est bien gardé, pour lui attribuer sa
S U R A H É INCRUSTÉE d’OK, H.,
(Collection de M. II. Cernuschi.)
forme, d’employer le tournage dont les produits con-
VASE HOU, INCRUSTÉ d’OR. — NIEN-HAO : SIOUAN-TF..
(i+afi-i +36). — H ,on,.37.
(Collection de M. H. Cernuschi.)
servent toujours quelque chose de raide, de trop régu-
LE BRONZE
lier; il a façonné à la main le galbe qu’il rêvait, il lui a donné une suavité de contours, une grâce souple et caressante, une douceur incomparable de lignes; on